vers la page de garde

Santuaire Notre Dame de Popenguine

Hyacinthe Cardinal Thiandoum

1921-2004

POPONGUINE - SÉNÉGAL

"Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme enveloppée de soleil" Ap 12-1
 

 

Le Cardinal Thiandoum et le Père Marie Dominique Philippe

2 février 1921 : Le village marial de Poponguine accueille un nouvel enfant chez François et Anna. «Si c'est un garçon, il s'appellera Hyacinthe parce qu'il faut un remplaçant à Monseigneur Hyacinthe Jalabert» (mort dans le naufrage du paquebot «l'Afrique» ). Hyacinthe est le 12" enfant dans une famille de 14.

10 février 1921 : Hyacinthe, par le baptême rentre dans la famille de Dieu.

Noë1 1935 : « Si tu veux suis-moi » : entrée au petit séminaire de Poponguine.

17 mai 1948 : (Lundi de la Pentecôte) : il est ordonné sous-diacre à Poponguine.

18 avril 1949 : « Prêtre pour l'Eternité » : ordination en la Cathédrale de Dakar par Monseigneur LEFEBVRE en même temps que l' Abbé François DIONE, futur Evêque de Thiès.

Archive du sanctuaire1954-1955 : prêtre étudiant à Rome.

Oct. 1955-Sept. 1960 : Directeur de la Centrale des Œuvres catholiques et du Centre Daniel Brottier.

Sept. 1960-Avri11962 : Curé-Doyen de la Cathédrale de Dakar. En mai 1961, Vicaire général de l'Archidiocèse de Dakar.

4 avril 1962 : annonce officielle de la nomination à l'Episcopat. « Être nommé Archevêque de Dakar est une charge délicate et difficile que je n'aurais certainement pas recherchée. Mais puisque le Seigneur en a décidé ainsi: Que sa volonté soit faite! Je ne doute pas que dans ces lourdes fonctions qui me sont confiées, je rencontrerai autour de moi, de la part de tous, une collaboration profonde et loyale telle qu'elle a existé avec mes prédécesseurs ».

20 mai 1962 : ordination épiscopale par Monseigneur Maury. « La tâche qui vous est confiée... doit être plus que jamais marquée d'une double fidélité: fidélité à Jésus- Christ et fidélité à l'Afrique ».

Lundi de la Pentecôte 1963 : Consécration de la Chrétienté du Sénégal à Notre-Dame de Poponguine.

11 Octobre 1962- 8 Décembre 1965 : Participation aux sessions conciliaires de Vatican Il.

Ascension 1969 : Erection du Diocèse de Thiès sur l'initiative de Monseigneur THIANDOUM Nomination de Monseigneur François DIONE 1er Evêque de THIES.

1971/1977: Membre élu au Conseil du Secrétariat général du Synode Episcopal Mondial aux côtés du Cardinal Wojtyla (futur Pape Jean Paul Il).

27 avril 1976 : Annonce à Dakar de la nomination de Monseigneur THIANDOUM au Cardinalat.

24 mai 1976 : Au consistoire du 24 mai Monseigneur THIANDOUM est créé Cardinal par sa Sainteté le Pape Paul VI « Mon souhait est que le peuple sénégalais observe le 1er commandement. Tout est là dans l'amour de Dieu et de ses frères. Il faut s'aimer tous, qu'on soit chrétien, musulman ou de religion traditionnelle. Seul l'amour entre nous comme des frères, peut nous sauver ». Attribution de la Basilique « Sainte-Marie du Peuple » à Rome.

27 mai 1976 : Ascension du Seigneur: Remise de la barrette et de l'anneau cardinalices par sa Sainteté le Pape Paul VI. « Le Cardinalat n'est pas pour moi un honneur mais une invitation pressante au travail » (3 juin 76).

Lundi de la Pentecôte 1977 : Consécration du pays à Notre-Dame de Poponguine.

Octobre 1977 : Nomination par Paul VI Président délégué au Synode sur la Catéchèse.

1962-1987 : Président élu de la Conférence épiscopale du Sénégal et de la Mauritanie.

20 mai 1987 : 25 ans d’Episcopat.

8 décembre 1989 : solennité de clôture du Centenaire du Pèlerinage de Poponguine.

Archive du sanctuaire24 mai 1990-19 juin 1993 : troisième Synode de l'Archidiocèse de Dakar: «pour une Eglise diocésaine signe de Jésus-Christ et témoin de son Evangile dans le Sénégal d'aujourd'hui».

23 novembre 1991 : décret de concession du titre de Basilique Mineure à l'église Notre-Dame de Poponguine sous vocable de «Notre Dame de la Délivrande de Poponguine».

19-23 février 1992 : visite de sa Sainteté le Pape Jean-Paul II au Sénégal.

1994 : Rapporteur général de l'assemblée spécial pour le synode des évêques d'Afrique.

16 juin 2000: Il devient archevêque émérite de Dakar

18 mai 2004: décède à Marseille en France.

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S.C.A.A.

   
 

     
 
HOMMAGE AU CARDINAL THIANDOUM

 

 

- Disparition de Mgr Thiandoum : Il incarnait les vertus de la tolérance et du respect des autres …

- Ardentes prières à la cathédrale de Dakar …

- Prières à Tambacounda aussi

- Le témoignage du PERE ROGER DE BENOIT … «Mgr Thiandoum a eu trois mérites»

- DECES DU CARDINAL THIANDOUM :  Un des derniers «gardiens du temple»

- RAPPEL A DIEU DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM

- CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM : Il a élevé très haut le niveau de l'Eglise sénégalaise

- Le Président de la République : Me Abdoulaye Wade,

"La disparition de Monseigneur Thiandoum est une immense perte pour la nation ".

- Communiqué de la Raddho : "Un homme de qualité exceptionnelle "

- TOLERANCE RELIGIEUSE : Mgr Thiandoum ou l'incarnation de l'exception sénégalaise

- Fête de l'Ascension : Deuil dans la foi et l'espérance

-FUNERAILLES DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM : La dépouille mortelle attendue cet après-midi

- ACCUEIL DE LA DEPOUILLE DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM

- Les Condoléances du chef de l'Etat

- FUNERAILLES DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM : Il sera inhumé dans la cathédrale

- Les Condoléances de Abdou Diouf

- TEMOIGNAGE - Me Babacar Niang :

«Hyacinthe Thiandoum était intervenu en 1966 pour que Moustapha Lô ne soit pas exécuté»

- Le Chef de l'Etat a présenté ses condoléances aux Badamiers : “Le Sénégal perd un de ses plus valeureux fils”

- Témoignage - Grand Serigne de Dakar, Bassirou Diagne : «Un exemple à méditer»

- OBSEQUES de Hyacinthe le Cardinal Thiandoum

- OBSEQUES de Hyacinthe le Cardinal Thiandoum - Temoignages

- La dépouille du Cardinal Thiandoum à Dakar : Compassion, symbiose et espoir pour les Sénégalais

- Hommage à Hyacinthe Cardinal Thiandoum : L'apôtre du dialogue Islamo-chrétien célébré


Disparition de Mgr Thiandoum : Il incarnait les vertus de la tolérance et du respect des autres …

Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004

Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Ancien Archevêque de Dakar décédé mardi à Aix-en-provence incarne, on ne peut mieux l'exception sénégalaise, s'agissant de la tolérance religieuse qui existe au Sénégal entre musulmans (plus de 80 % de la population) et chrétiens (quelque 10 %). Son autorité morale s'étend au-delà de la seule communauté chrétienne et il a, par exemple, entretenu d'excellents rapports avec le marabout Thierno Saïdou Nourou Tall qu'il appelait ‘'mon père''. Outre le fait que son enfance s'est passée dans un milieu composé de beaucoup de musulmans, un de ses frères est musulman et a eu des fils qui sont devenus imams. Né à Popenguine le 2 février 1921, Mgr Thiandoum va devenir Archevêque de Dakar le 2 avril 1962, après des études au séminaire de Ngazobil. Il sera maintenu à ce poste par le Pape Jean Paul II, après en avoir démissionné en février 1996, atteint par la limite d'âge. La carrière de Mgr Thiandoum dans les ordres a été comme le fruit d'une certaine prédestination. Son prénom, en effet, lui vient du souvenir de Mgr Hyacinthe Gallabert, évêque de la Sénégambie, bien avant les indépendances. Après sa formation scolaire et théologique entre Popenguine et Ngazobil, Mgr Thiandoum va poursuivre ses études à l'Université pontificale de Rome et sera nommé, à son retour au Sénégal, responsable des œuvres de l'archevêché. Il deviendra chef de l'église catholique (le 20 mai 1962) et douze ans plus tard (le 24 mai 1974), Cardinal. Excellent musicien, le fils de François Ndiémé (un pêcheur qui cultivait le mil et l'arachide pendant l'hivernage) et d'Anna Ndiémé Sène a exercé ses talents de maître de cœur partout où il est passé. Décédé à Aix-en-Provence (France) à 83 ans et à la suite d'une maladie, Mgr Hyacinthe Thiandoum s'était retiré depuis quelques années dans sa grande maison située à Fann Résidence.

(APS)


Ardentes prières à la cathédrale de Dakar …

Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004

Les fidèles chrétiens ont vécu, hier à la Cathédrale de Dakar, l'Ascension dans un véritable dilemme. Ils ont été à la fois joyeux et tristes, la solennité de l'événement se mêlant à la gravité du moment. Cet événement marque, selon abbé Michel Kama, le retour à la normalité divine, la reprise de la place de Jésus à la divinité. Le christ flagellé, torturé, crucifié pour nos péchés venait d'être rappelé pour aller retrouver sa “ station ” normale. Jésus était rétabli dans son trône de prince, un siège glorieusement installé à la droite du père Tout-Puissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts.

L'Ascension est donc un fait majeur, un motif de garantie supplémentaire pour les chrétiens de croire en Dieu et en leur prophète mort, ressuscité, puis monté au ciel. C'est aussi une garantie de l'amour de Dieu pour l'humanité à qui il a donné son fils unique Jésus-Christ dont la mort devait racheter les péchés des hommes, avant sa glorification. Cet événement ne peut donc être célébré que dans la réjouissance, dans une joie incommensurable.

Mais hier, les fidèles chrétiens massés à la Cathédrale ont été dans le même temps envahis par des vagues de tristesse. Une mélancolie due à la disparition de leur guide spirituel, le cardinal Hyacinthe Thiandoum qui a maintes fois célébré avec eux la fête de l'Ascension, qui les a vaillamment conduits aux praires de la confiance en soi en tant que chrétiens enracinés dans l'évangile, mais aussi ouverts et tolérants envers les autres. Comme on pouvait donc s'y attendre, l'ombre du défunt ecclésiaste a plané durant toute la cérémonie religieuse. Une minute de silence a été observée avant le démarrage de l'Homélie. De même, l'essentiel de la prière universelle lui a été dédié. En gros, les fidèles chrétiens rassemblés hier à la Cathédrale de Dakar ont ardemment prié pour le repos de l'âme du cardinal Thiandoum arraché à leur affection dans la nuit du mardi passé.

À la sortie de la messe, les témoignages ont également fusé de partout. “ La disparition du Cardinal Thiandoum nous a plongés dans un gouffre sans fond. Je me demande même si nous aurons un autre guide religieux comme lui ”, a confié Mme Hélène Sarr, étreinte par l'émotion. Pour le sieur Barthélemy Ndiaye, la mine grave, Mgr Thiandoum était un homme de bien, aussi bien aux yeux de ses coreligionnaires que des frères musulmans. “ Nous continuons de prier pour lui ”, a-t-il indiqué.

La date exacte des obsèques du défunt cardinal n'est pas encore connue. Mgr Hyacinthe Thiandoum devrait normalement être enterré dans la cathédrale à moins qu'il n'ait émis le souhait d'être inhumé ailleurs. Mais le testament à même d'édifier l'opinion attend encore le retour de l'archevêque de Dakar Mgr Théodore Adrien Sarr. Une série de prières en faveur du défunt cardinal devait démarrer hier. Ces prières auront lieu à la Cathédrale tous les soirs à partir de 19 heures et cela jusqu'aux obsèques, selon le père Roger de Benoît.

JOSEPH BIRAME SENE


Prières à Tambacounda aussi

Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004

La retraite de Gouloumbou a réuni de nombreux fidèles pour un pèlerinage catholique. La célébration de l'Ascension a été mise à profit pour d'intenses prières dédiées au Cardinal Yacinthe Thiandoum, ce jeudi 20 mai. Les abondantes prières au sanctuaire mariale de Gouloumbou précéderont la messe de requiem prévue après celle de Dakar.

Le deuil qui frappe le pays a aussi été lourdement ressenti à Tambacounda. Monseigneur Jean Noël Diouf, l'Evêque de Tambacounda, retient du disparu sa maîtrise du Français, sa délicatesse envers ses prochains. Aussi note-il que “ce vieux a lutté jusqu'à deux jours de l'anniversaire de son ordination ” - le 20 mai 1962 à Dakar. L'Evêque de Tambacounda dit du Cardinal Thiandoum, “il est pour moi un père et le chantre du dialogue islamo-chrétien ” (dont le Sénégal va abriter la première rencontre).

“J'ai appris le décès le lendemain car la veille, avec la Communauté Saint Kisito, le curé de la cathédrale, les prières nous ont menés jusque tard le soir. C'est sûr, dira Mgr Diouf Jean-Noël, l'Eglise du Sénégal perd un grand homme, un père, mais le pays également perd quelqu'un de très grand”.

Le Cardinal, a-t-il ajouté, aura marqué l'église du Sénégal et le pays en 42 ans d'épiscopat. “ En 1962, j'étais en 4e : j'ai vécu la cérémonie à Dakar ” dit-il. Sa réaction en apprenant son décès, c'est de dire que le vieux a lutté jusqu'à deux jours de l'anniversaire de son ordination épiscopale à Dakar. Celui qu'il appelle affectueusement “ un père ” est celui-là même qui l'a ordonné prêtre le 3 avril 1972 à Djoine, “ dans son village ”. Ajoutant : “ il m'a aussi ordonné évêque le 12 novembre 1989 à Tambacounda ”.

“ La grâce de Dieu est passée par ses mains, puisque après 9 ans de ministère sacerdotal, il a décidé de m'envoyer poursuivre mes études supérieures à Rome pendant 5 ans. Je remercie Dieu en premier lieu, mais je crois que cette grâce est passée par ses mains”, précise Mgr Diouf. Ce qu'il retient de lui ? “C'était un homme qui avait un grand respect pour les hommes ” Et l'Evêque de donner un exemple : “ Lorsqu'il m'a convoqué dans sa maison de campagne à NGazobil pour m'annoncer qu'il avait l'intention de m'envoyer poursuivre les études à Rome, il a eu la délicatesse de me demander mon choix. En voyant que mon cœur balançait sur deux options, la vie sainte ou la philosophie, il m'a demandé de réfléchir pendant une semaine. Je suis revenu avec ma décision : “l'écriture sainte”.

“ J'avais lu cela comme une grande marque de respect même pour des jeunes. Il pouvait décider seul, mais il m'a permis de choisir. C'était un homme de Dieu très certainement et un homme des hommes. C'est ça l'idéal d'un prêtre. Il avait noué des amitiés dans toutes les couches de la population (politique, culture, etc). De partout, on allait recueillir ses conseils. Il avait une affection particulière pour les frères dans le Sacerdoce, surtout dans ses voyages à Rome. Il prenait soin de nous contacter en faisant face à ses responsabilités pour s'imprégner de nos parcours et donner des nouvelles. Il avait de grandes responsabilités au niveau du Vatican dans plusieurs commissions importantes. Enfin, c'était quelqu'un qui avait la maîtrise de la langue française. Comme il était un grand latiniste, très jeune, son style et sa manière de parler faisaient école”, dira Mgr Jean Noël Diouf.

À Tambacounda, après ses obsèques, une messe de requiem sera célébrée. Elle va regrouper tous les Chrétiens, des prêtres, les religieux et les religieuses et des prières seront dites pour ce grand homme de Dieu. Au cours de la célébration de l'Ascension, tous les Catholiques se sont donné rendez-vous pour un pèlerinage au sanctuaire mariale de Gouloumbou. Des moments mis à profit pour prier pour lui.

Pape Demba SIDIBE


Le témoignage du PERE ROGER DE BENOIT … «Mgr Thiandoum a eu trois mérites»

Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004

Le père Roger de Benoît a longtemps cheminé avec le cardinal Hyacinthe Thiandoum. En marge de la fête de l'ascension, il nous a livré son témoignage sur la vie et l'œuvre du défunt prélat. Le père Roger de Benoît lui alloue trois mérites liés à l'implication des laïcs dans son apostolat, à sa position devant la rébellion du monseigneur Lefèvre contre le Pape et à sa diligence dans l'application des décisions du Concile Vatican II.

“ On peut dire beaucoup de choses après une vie si longue surtout en épiscopat. C'est difficile de sélectionner exactement ce qu'on peut dire. Mais je voudrais souligner deux ou trois choses. La première, c'est que j'ai connu Monseigneur plutôt l'abbé Thiandoum en 1952. Il était directeur des œuvres catholiques. On a beaucoup travaillé ensemble sur l'apostolat des laïcs. La première chose que je veux dire c'est que, il a très tôt vu l'importance d'associer les laïcs à son activité apostolique. Il a beaucoup favorisé le développement des différents mouvements d'action catholique, en particulier - et je regrette que cela n'ait pas continué - l'action catholique des familles. Nous étions dans les années 1952-53 et nous avions ensemble un mouvement d'action catholique des familles.

Le deuxième point a été évoqué par Monseigneur Théodore Adrien Sarr, ce matin (hier, NDLR) sur Radio France internationale, RFI. Et c'est pour cela que j'admire le Cardinal Thiandoum. C'est qu'il était lié avec monseigneur Lefèvre par une très grande affection, un très grand respect, puisque c'est Mgr Lefèvre qui l'avait ordonné prêtre. Il lui a succédé et il l'a accompagné le plus loin possible. Il a vraiment tout fait pour éviter que Mgr Lefèvre ne rompe avec l'Eglise. Et il a l'a fait, mais au moment précis où monseigneur Lefèvre a passé un seuil. En 1978, en effet Mgr Lefèvre avait signé un accord avec le Saint-siège qui semblait mettre fin à la crise (née du fait que Mgr Lefèvre était animé par un conservatisme contraire aux mesures de souplesse prônée par le Concile Vatican II). Mgr Thiandoum a dénoncé cet accord le lendemain matin.

Et à ce moment-là, il a dit ceci : “Nous avons été trop impossibles. Maintenant, nous ne pouvons plus aller plus loin ”. Il a donc désavoué ce geste de Monseigneur Lefèvre et c'est ça qui a valu à son diocèse et église le fait de n'avoir pas été pollué, si j'ose dire, par ce problème d'intégrisme. Tous les Chrétiens ont suivi.

Mais comme Monseigneur Théodore Adrien Sarr l'a rappelé ce matin (hier, NDLR) sur RFI, ayant vécu pleinement comme jeune évêque le Concile Vatican II, Monseigneur Thiandoum a épousé pleinement les décisions prises et il les a appliquées tout de suite. Pour moi, ce sont les trois grands mérites du monseigneur Hyacinthe Thiandoum. C'est d'avoir très tôt fait confiance aux laïcs en les associant dans son apostolat, deuxièmement c'est d'avoir été lucide, courageux et en même temps pleinement respectueux en face de Monseigneur Lefèvre. Ce qui a vraiment évité à son diocèse et à son église un dérapage. Et en troisième lieu, c'est d'avoir beaucoup travaillé, mais surtout d'avoir très vite appliqué le Concile Vatican II. Je crois que ce sont les grands mérites de quelqu'un qui restera comme le premier archevêque africain du Sénégal qui a vraiment marqué la vie de l'Eglise

Propos recueillis par J.B. SENE


DECES DU CARDINAL THIANDOUM

 Un des derniers «gardiens du temple»

 

 

 

 

 

  

 

 

  Le Cardinal Hyacinthe Thiandom :

Les siens ont prié hier pour qu'il monte au Ciel, en compagnie du Christ.

  

Avec la disparition du cardinal Hyacinthe Thiandoum, c'est un des remparts les plus sûrs de la stabilité sociale qui s'affaisse. Et par-delà l'inquiétude que suscite cette perte, c'est un défi qui est posé quant à la grandeur qu'il y a encore dans ce pays à  transcender les contingences politiques, sociales ou religieuses.

  Le cardinal Hyacinthe Thiandoum vient de quitter ce bas monde pour l'Éternité. Cette disparition de l'homme d'Église est vécue par les Sénégalais, toutes confessions confondues, comme une immense perte. Parce que l'homme savait transcender les clivages pour se mettre au-dessus de la mêlée. Avec cette disparition, c'est peut-être, l'un des derniers remparts contre les atteintes à la cohésion nationale qui s'en est allé.

 Décrit comme un homme de conciliation et d'apaisement, sa démarche entrait en droite ligne de celle d'hommes de la dimension de Seydou Nourou Tall ou d'Elhadj Abdoul Aziz Sy. De l'ancien khalife général des tidjanes, un "témoin de notre temps" (qui a préféré garder l'anonymat) retient qu'il a joué un rôle essentiel à des moments où le pays était à un doigt de l'embrasement. Il en fut ainsi pendant les événements consacrant la rupture du premier tandem post-indépendance, entre Mamadou Dia et Senghor. Il en sera, également, ainsi pendant la grève générale de 1968. "Abdoul Aziz Sy n'intervenait que dans des cas extrêmes, au moment où la passion était élevée et que la raison devenait la chose la moins partagée", renseigne notre source. Qui poursuit que "Le vénéré homme le faisait avec le dégagement et l'humilité nécessaires pour capter l'attention". Dans une logique de comparaison, il trouve que ces vertus, Elhadj Abdoul Aziz Sy les partageait avec le cardinal Thiandoum dont il garde l'image d'un homme qui ne "voyait pas en adversaires les croyants des autres religions". Avec le degré d'incarnation qui est le sien, il "s'oubliait pour ne voir que le contenu de la réalité nationale et mondiale". Le dénominateur commun de ces hommes de Dieu est que c'était des gens dégagés de toute inféodation et "qui ne comptent sur l'appui de qui que ce soit pour vivre". Toutes choses qui en faisaient des interlocuteurs écoutés des différents régimes et des «icones» incontestées de l'exception sénégalaise qui manquent à certains États de la sous-région. Parce que, selon notre interlocuteur, "s'il y avait des gens comme ceux-là au Nigeria, c'est-à-dire ayant une conception humaniste de la religion et qui sont écoutés, tout ce à quoi nous sommes en train d'assister là-bas aurait pu être conjuré". Maintenant que le cardinal Thiandoum a rejoint, dans l'au-delà, Thierno Seydou Nourou Tall et El Hadj Abdoul Aziz Sy, le pays a de quoi s'inquiéter de la disparition, l'une après l'autre, de ces "soupapes de sécurité" pour ne pas dire de ces régulateurs sociaux. Non pas qu'ils étaient les seuls à incarner une telle dimension de sagesse et de religiosité, mais qu'ils incarnaient un engagement social qui faisaient pratiquement d'eux des «sociétés civiles» individuelles. Pour autant, notre source ne désespère pas en l'avenir. Parce qu'il existe encore des hommes de Dieu qui peuvent continuer à porter le flambeau. Il pense, particulièrement, à Thierno Mountaga Tall qui, malgré le fait qu'il ne soit "pas porté sur les choses bassement terrestres" est "un homme de Dieu, véridique". Par-delà cet homme, notre interlocuteur croit trouver en l'homo senegalensis des ressorts qui font qu'il parvient toujours à transcender les rivalités à garder les pieds sur terre. Il n'en veut pour preuve que le récent accord obtenu entre le Cpc et le président de la République. Et notre sage de souhaiter qu'"on maintienne cette tradition" léguée par nos illustres disparus.

Par : Ibrahima ANNE (Walf Fadjri)


RAPPEL A DIEU DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM

REQUIESCAT IN PACE*

L'engagement a marqué la vie entière de Monseigneur le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, cet intrépide prélat, prêtre de Jésus- Christ, et témoin engagé de la Vérité de notre histoire. Il a inscrit sa vie religieuse et citoyenne dans une fidélité absolue aux idéaux de sa jeunesse, de sa foi, de sa génération. Une fidélité tenace qui demeure l'honneur le plus authentique des hommes politiques.

1962, est dans l'histoire politique du Sénégal, l'année du " coup d'Etat ". Le rôle qu'il a joué alors entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia au cours de cet épisode avait déjà, à l'époque, mis sous les feux de la rampe, un prêtre n'ayant pas manqué de courage pour faire connaître sa position.

1962, c'est aussi, dans l'histoire de l'Eglise catholique, l'année de l'ouverture du Concile Vatican II.

En janvier, 1959, le Pape Jean XXIII, fait sensation en mettant en chantier, une réforme du droit canon. Un siècle auparavant, Vatican I n'avait réuni que des hommes d'Eglise, à majorité européenne et avait proclamé l'infaillibilité du Pape. Vatican II convoque 3000 prêtres de 93 nationalités différentes et venant de 136 pays. Il faut y ajouter 453 experts, 58 auditeurs laïcs (une nouveauté) et 101 observateurs non catholiques.

En ouvrant les portes de l'Eglise catholique, Jean XXIII voulait la rafraîchir un peu. Mais c'est un vent violent qui s'y engouffra et décoiffa l'auguste assemblée d'évêques, d'archevêques et de cardinaux. Le Concile, ouvert en 1962, est clos le 8 décembre 1965. Entre temps, Paul VI remplace Jean XIII, décédé. L'expansion missionnaire que l'Eglise catholique avait lancée au 19ème siècle s'était ralentie avec la naissance de clergés autochtones et la responsabilité grandissante des laïcs commençait à bouleverser les rapports prêtres-laïcs. L'Eglise venait d'accepter de s'interroger sur elle-même. Cette très longue période de réflexion laisse deviner que l'unanimité n'a pas pu se faire. Il y eut une majorité, sensible aux changements et à la nécessité de s'adapter, ouverte au dialogue œcuménique. La minorité, dont un des chefs de file était, Monseigneur Lefèvre, Archevêque de Dakar, était attachée à la " stabilité de l'Eglise " et très soucieuse de la " sauvegarde du dépôt intégral de la foi ". Hyacinthe Thiandoum remplace Monseigneur Lefèvre en 1962. Il est nommé à la pourpre cardinalice en 1976.

Il n'a jamais cessé de convaincre son prédécesseur, devenu symbole des traditionalistes catholiques qui ont ouvert un schisme dans l'Eglise. Ce qui leur valu d'être excommuniés par le Pape Jean Paul II, qui n'a jamais accepté aucune " désobéissance " au sein de sa hiérarchie.

Il n'est nul besoin de partager les choix du Cardinal Thiandoum pour reconnaître la sincérité, l'ardeur, le courage et parfois même un volontarisme. Sa vie a été marquée par ses relations avec les hommes politiques d'une part (de Senghor à Abdou Diouf et dans une moindre mesure avec Abdoulaye Wade), et d'autre part avec les guides musulmans du Sénégal. Mais sa position " politique " par rapport aux hommes d'Eglise était claire : "Un poste politique ne sied pas au prêtre qui doit être un rassembleur". L'allusion on ne peut plus claire, était adressé à l'abbé Diamacoune Senghor, leader du Mfdc.

Il n'a jamais cherché la facilité que lui donnait son rang, ni les astuces consistant à déplacer sur d'autres, ou sur le cours naturel des choses, la responsabilité des décisions prises et qui lui ont valu dans son propre camp religieux des critiques violentes. Le Cardinal Thiandoum a toujours été un excellent diplomate, qui a su maintenir un équilibre parfois fragile, mais toujours présent entre ses coreligionnaires, ses collègues, les politiques et ses concitoyens de confession différente. Il n'est pas étonnant, d'ailleurs, que le fait qu'il fut considéré comme " Le " chef de l'Eglise du Sénégal, par un pays tout entier, n'est contesté " officiellement " par personne

Il a été le chantre du Dialogue Islamo-Chrétien. Ses origines et son éducation " dans une famille aux deux religions ", l'ont peut-être prédestiné à cette qualité. Ce dialogue, islamo-chrétien, ce dialogue de la vie tout court, qui prend mille tonalités et sonorités selon les lieux, les moments et les langues. Il n'est significatif que par les attitudes et les comportements des personnes et des institutions qui entendent guider et représenter les croyants. Mais jusqu'à présent, on nous sert trop souvent des discours parallèles qui ne prennent que rarement en compte la recherche, les questions et les valeurs du partenaire. Trop souvent, encore, ces discours de pure forme " oublient " d'exalter les valeurs de prière, de silence et de méditation : à mieux se mettre à l'écoute de Dieu, les partenaires du dialogue réduiraient d'autant la part du politique ou même de l'agressivité de leurs interventions, en vue de mieux s'écouter les uns les autres.

Il aimait, semble t-il répéter Théodore Monod qui déclarait : "Pour moi, il y a une montagne unique, la même pour tous, que nous gravissons les uns et les autres par des sentiers différents. Les uns montent par ici, les autres par là. Mais nous avons tous, les uns et les autres, l'ambition et l'espoir de nous retrouver au sommet dans la lumière, au-dessus des nuages".

A l'heure actuelle où les religions ne sont pas tellement un facteur de stabilité mais plutôt de crise, tout le Sénégal est convié à se recueillir et à prier pour lui. Nous ne pouvons manquer à ce devoir de citoyenne reconnaissance.

*Qu'il repose en paix!

Henriette Niang Kandé (Sud Quotidien)


CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM

Il a élevé très haut le niveau de l'Eglise sénégalaise

Les Sénégalais retiennent fortement du cardinal Hyacinthe Thiandoum un chantre du dialogue islamo-chrétien, un homme de Dieu discret et modeste. Il fut aussi celui qui s'employa à élever l'Eglise sénégalaise à un niveau très haut. Tant du point de vue de l'Education que de la Santé…

 

La dépouille mortelle du Cardinal Hyacinthe Thiandoum est attendue le mardi 25 mai aux environs de 15 heures. Sauf changement de programme, elle sera exposée à la Cathédrale du Souvenir africain de Dakar toute la journée du mercredi afin de permettre aux Sénégalais de se recueillir. Ce, en attendant les funérailles prévues le jeudi 27 mai.

Dès l'annonce du décès du Cardinal Thiandoum survenu dans la soirée du mardi 18 mai à Aix-en-Provence (Marseille, France), l'éventualité de son inhumation en terre française est revenue comme un serpent de mer. Comme Cardinal, Mgr Thiandoum est citoyen de Rome, mais il n'en est pas moins Archevêque de Dakar et, comme tel, "il sera inhumé dans ce qui est sa cathédrale à moins qu'il n'ait rédigé un testament dans lequel il indique un autre lieu." Les éclaircissements de l'Abbé Patrice Coly de la cathédrale de Dakar viennent ainsi couper court aux nombreuses éventualités émises ici et là à propos du lieu d'inhumation de prédécesseur de l'Archevêque Théodore Adrien Sarr à l'Archevêché de Dakar. Par ailleurs, le décès du Cardinal Thiandoum ne saurait en rien accélérer le processus de nomination d'un nouveau cardinal comme d'aucuns ont tendance à le penser. On notera ici que dans la sous-région, nombreux sont les pays la composant qui n'ont pas de cardinal à la tête de leur Eglise. "La nomination d'un cardinal se fait sur la base de renseignements discrets et minutieusement menés. Elle relève exclusivement du pouvoir discrétionnaire du Pape. C'est dire donc qu'elle (Ndlr : la nomination d'un Cardinal) n'obéit donc en rien à une quelconque urgence."

Du Cardinal Hyacinthe Thiandoum, la conscience collective sénégalaise en particulier retient fortement qu'il fut un chantre du dialogue islamo-chrétien, un homme de Dieu discret et modeste. Mais on ajoute qu'après avoir pris le relais de Mgr Lefebvre, Mgr Thiandoum s'est employé à élever l'Eglise sénégalaise à un niveau très haut. Tant du point du point de vue de l'Education avec la multiplication des écoles privées catholiques, que de la Santé, en passant par le raffermissement du dynamisme pastoral. Sous ce rapport, on oublie souvent que le Cardinal Thiandoum a été le premier directeur des œuvres catholiques et qu'à ce titre, il encouragea et accompagna le développement des mouvements et structures catholiques.

Félix NZALE


Le Président de la République : Me Abdoulaye Wade,

"La disparition de Monseigneur Thiandoum est une immense perte pour la nation ".

APS- Le chef de l'Etat, maître Abdoulaye Wade, a qualifié de " perte immense pour la nation sénégalaise ", le décès de l'ancien Archevêque de Dakar Monseigneur Hyacinthe Thiandoum, survenu, mardi à Aix-en-provence (France), dans sa 83ème année, annonce un communiqué parvenu mercredi à l'APS.

" La disparition de Monseigneur Hyacinthe Cardinal Thiandoum, un des plus illustres fils de notre pays est une immense perte pour la nation sénégalaise ", a notamment dit le chef de l'Etat qui se trouve, depuis mardi à Taipei pour prendre part à la cérémonie d'investiture du président chinois Chen Shui-Bian, réélu récemment pour un second mandat de quatre ans.

Tout en se disant " peiné " d'apprendre depuis la République de Chine la disparition de Monseigneur Thiandoum, Me Abdoulaye Wade a qualifié ce dernier d' "homme de paix, d'ouverture et de dialogue ".

En le recevant récemment au Vatican, le Pape Jean-Paul, a-t-il rappelé, lui avait demandé des " nouvelles " de l'ancien Archevêque de Dakar.


Communiqué de la Raddho : "Un homme de qualité exceptionnelle "

APS– La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) a salué la mémoire du cardinal Hyacinthe Thiandoum, décédé mardi à Aix-en-Provence (France), estimant que le Sénégal vient de perdre " un homme de qualité exceptionnelle ".

Dans un communiqué reçu mercredi à l'APS, la RADDHO a ajouté que l'ancien archevêque était " respectueux et respectable ", qui, " à l'image de feu El Hadji Abdoul Aziz Sy ", ancien khalife général des Tidianes, " a joué un rôle considérable pour un Sénégal stable ".

Hyacinthe Thiandoum était " un fervent partisan du dialogue entre les religions ", selon la RADDHO.

Archevêque de Dakar pendant plus de 35 ans (1962-1998), le cardinal Thiandoum était malade depuis plusieurs mois.


TOLERANCE RELIGIEUSE : Mgr Thiandoum ou l'incarnation de l'exception sénégalaise

APS – Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Ancien Archevêque de Dakar décédé mardi à Aix-en-provence incarne on ne peut mieux l'exception sénégalaise, s'agissant de la tolérance religieuse qui existe au Sénégal entre musulmans (plus de 90% de la population) et chrétiens

Son autorité morale s'étend au-delà de la seule communauté chrétienne et il a, par exemple, entretenu d'excellents rapports avec le marabout Thierno Saïdou Nourou Tall qu'il appelait " mon père ". Outre le fait que son enfance s'est passée dans un milieu composé de beaucoup de musulmans, un de ses frères est musulman et a eu des fils qui sont devenus imams.

Né à Poponguine le 2 février 1921, Mgr Thiandoum va devenir Archevêque de Dakar le 2 avril 1962, après des études au séminaire de Ngazobil. Il sera maintenu à ce poste par le Pape Jean Paul II, après en avoir démissionné en février 1996, atteint par la limite d'âge.

La carrière de Mgr Thiandoum dans les ordres a été comme le fruit d'une certaine prédestination. Son prénom, en effet, lui vient du souvenir de Mgr Hyacinthe Gallabert, évêque de la Sénégambie, bien avant les indépendances.

Après sa formation scolaire et théologique entre Poponguine et Ngazobil, Mgr Thiandoum va poursuivre ses études à l'Université pontificale de Rome et sera nommé, à son retour au Sénégal, responsable des œuvres de l'archevêché. Il deviendra chef de l'église catholique (le 20 mai 1962) et douze ans plus tard (le 24 mai 1974), Cardinal.

Excellent musicien, le fils de François Ndiémé (un pêcheur qui cultivait le mil et l'arachide pendant l'hivernage) et d'Anna Ndiémé Sène a exercé ses talents de maître de cœur partout où il est passé.

Décédé à Aix-en-Provence (France) à 83 ans et à la suite d'une maladie, Mgr Hyacinthe Thiandoum s'était retiré depuis quelques années dans sa grande maison située à Fann Résidence (Dakar).


Fête de l'Ascension : Deuil dans la foi et l'espérance

Hier les Chrétiens catholiques ont célébré la fête de l'Ascension. L'occasion a été pour eux de prier pour qu'avec Jésus, Mgr Hyacinthe le cardinal Thiandoum monte au ciel pour connaître la joie éternelle en attendant la parousie.

«Le seigneur monte au ciel au milieu des chants de joie, il nous prépare une place auprès de lui au ciel. Alléluia.» C'est dans la ferveur de la fête de l'Ascension que les Chrétiens catholiques ont repris en chœur ce chant, propre aux rituels de la célébration de la montée de Jésus au ciel. Une célébration sous le signe du deuil avec le rappel à Dieu de Mgr Hyacinthe le cardinal Thiandoum. Ainsi les Chrétiens catholiques ont prié pour que l'âme de leur pasteur monte avec l'élévation de Jésus au ciel en ce jour solennel.

A la cathédrale de Dakar, le père Michel Kama, qui célébrait la messe, a invité, avant de prononcer son sermon, les fidèles croyants à quelques minutes de silence en la mémoire de leur père et pasteur décédé, Mgr Hyacinthe Thiandoum. «Nous portons le deuil et nous vivons cet événement de l'Ascension dans la douleur. Mais nous devons vivre dans la foi, dans l'espérance et dans la prière en attendant la célébration des obsèques de celui dont cette cathédrale a été pendant longtemps le siège», déclare le prélat.

Par ailleurs revenant sur le sens de la cérémonie d'hier, l'abbé Michel Kama explique que l'Ascension fêtée aujourd'hui, peut heurter le réalisme de notre 21ème siècle, surtout dans le monde chrétien où elle passe de plus en plus inaperçue. Et c'est pourquoi il notifie : «Pour beaucoup, la fête de l'ascension apparaît comme un fait extraordinaire que la raison et les lois de la nature n'expliquent pas. Et il urge de mener une réflexion beaucoup plus profonde sur le mystère de cette célébration afin que lumière soit faite.»

En outre, affirme le prélat, l'Ascension est une fête de l'Église qui rappelle que Jésus, 40 jours après la Paques, est monté dans la gloire de Dieu le Père, en corps, en âme et par sa propre puissance au ciel. «L'Ascension, c'est la présence permanente du Christ au milieu du monde et c'est aussi la conclusion de l'existence visible de Jésus sur la terre.»

Cette solennité de l'Ascension invite le croyant à espérer le retour triomphal de Jésus au jour du jugement dernier où, assis à la droite du Père, il invitera ses bons et loyaux serviteurs pour la noce éternelle. Voilà pourquoi l'abbé Michel Kama convie ses paroissiens à garder l'espérance et à prier.

Prier et vivre dans l'espérance de la parousie mais aussi prier pour le repos de l'âme de Mgr Thiandoum. Et à cet effet, l'homme d'église fait savoir que des veillés de prière ont débuté tous les soirs à la cathédrale de Dakar afin que le seigneur Jésus, en faisant son Ascension, emporte avec lui, l'âme de celui qui s'est longtemps mis au service de son église pour la proclamation de l'Evangile.

Gilles Arsène NTCHEDJI -


FUNERAILLES DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM : La dépouille mortelle attendue cet après-midi

Article publié dans l'édition du Mardi 25 mai 2004 - JEAN PIRES

La commission communication et presse pour l'organisation des funérailles du cardinal Hyacinthe Thiandoum a rencontré la presse nationale et internationale, hier, pour faire le point sur les préparatifs de l'accueil et des obsèques du défunt prélat. Sa dépouille mortelle est attendue cet après-midi à Dakar.

Le responsable de cette commission, l'Abbé Patrice Coly, vicaire à la Cathédrale, a fait une présentation de Mgr Hyacinthe Thiandoum, de son action au service de l'archidiocèse qu'il a servi en tant qu'évêque du 20 mai 1962 au 19 août 2000, date de son départ effectif à la retraite.

L'abbé Patrice Coly faisait remarquer le lien étroit qui semble réunir les faits de vie du Cardinal avec le mois de mai, qui est pour l'Eglise, le mois dédié à la Vierge Marie. C'est en effet un 17 mai 1948 que Hyacinthe Thiandoum est ordonné sous-diacre à Poponguine et déjà il prend dès lors une ferme option pour sa vocation de pasteur des hommes dans la vie, pour la construction du Royaume de Dieu.

Le 20 mai 1962 a lieu son ordination épiscopale par Mgr Maury. Il est créé Cardinal au Consistoire du 24 mai 1976, par le Pape Paul VI. Mgr Thiandoum fête son jubilé d'argent de 25 ans d'épiscopat le 20 mai 1987 ; on retiendra aussi son rappel à Dieu, survenu le 18 mai 2004 dernier. La coïncidence des actes de la vie du Cardinal Thiandoum avec le mois de Marie, cette Mère céleste, qui était son recours de toutes les situations, ne peut être une simple coïncidence. Pour l'abbé Coly “ dans l'ordre de la foi, il n'y a pas de hasard, mais certainement une main divine qui a présidé à cette destinée… ”

Les journalistes ont fait une reconnaissance du lieu où sera “ gardé ” Mgr Hyacinthe Thiandoum dans la cathédrale, à l'arrière du chœur et de l'autel central.Pour le programme d'accueil de la dépouille mortelle du Cardinal et des obsèques, les grandes lignes à retenir sont d'abord l'arrivée du corps, prévue à 15 heures à l'aéroport Léopold Sédar Senghor.

Une cérémonie officielle de présentation des condoléances par les personnalités, notamment le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, aura lieu à la Villa des Badamiers (Corniche Ouest) qui était le domicile du défunt Cardinal. Un registre de condoléances y sera ouvert en présence de Mgr Théodore Adrien Sarr, Archevêque de Dakar et des membres de la famille.

La dépouille mortelle sera ensuite transférée à la cathédrale Notre Dame des Victoires, en longeant cette corniche Ouest, pour une messe votive, à 19 heures, présidée par l'Archevêque de Dakar, Mgr Théodore Adrien Sarr.

Un temps de prière et d'hommage sera consacré à la dépouille mortelle qui sera exposée jusqu'à 24 heures avec l'ouverture d'un registre de condoléances, sous le porche de la cathédrale.

Le Mercredi 26 mai sera un autre jour de prières et d'hommage à feu le Cardinal Thiandoum avec des messes votives qui seront dites toutes les heures.

Jeudi 27 mai, jour des obsèques, tout un dispositif sera mis autour de la cathédrale, de sécurité (avec les pompiers, les gendarmes et les policiers…) pour gérer au mieux l'espace et garantir le bon déroulement de la cérémonie. Des tentes et des milliers des chaises ainsi que des écrans géants à l'intérieur et à l'extérieur de la cathédrale devront permettre à la foule de communier avec l'évènement autour des fidèles, des parents, amis et sans doute le peuple sénégalais dans sa diversité qui a toujours su apprécier la grande stature d'homme de Dieu de Mgr Thiandoum. Notons que la messe solennelle des funérailles sera présidée par le cardinal Bernardin Gantin, Délégué de Sa Sainteté le Pape Jean Paul II.


 ACCUEIL DE LA DEPOUILLE DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM

Chrétiens, musulmans… Tous sont unis dans la prière et la ferveur.

UNE26mai.jpg (15256 octets)Hier, mardi 25 mai , Chrétiens, musulmans et membres de toutes les autres confessions religieuses, ont répondu présents à l'aéroport international Léopold Sédar Senghor pour un accueil œcuménique. Le cardinal Hyacinthe Thiandoum était un apôtre du dialogue inter-religieux.

Temps clément, foule nombreuse, cosmopolite et multiconfessionnelle. Silence et recueillement. De temps en temps, les hauts-parleurs viennent rompre le calme pour rappeler les consignes à respecter pour un bon déroulement de l'événement. L'arrivée de la dépouille mortelle du cardinal Hyacinthe Thiandoum est prévue pour 15 heures, mais la foule est là depuis les premières heures de l'après-midi. Ni pleurs excessifs, ni bruit. Le recueillement est total. Chrétiens, musulmans… tous sont unis dans la prière et la ferveur. Calme aux alentours de l'aéroport, calme à l'intérieur du Salon d'honneur où on aperçoit l'Archevêque Théodore Adrien Sarr en compagnie du Nonce Apostolique Jean-Paul Goebel, des autorités religieuses musulmanes et gouvernementales. Les minutes passent, la prière se fait plus intense.15 heures tapantes, le chant des chorales Notre Dame des Anges et Saint - Christophe déchire le ciel. L'Archevêque de Dakar et sa suite sortent du salon d'honneur. Ils précèdent le cercueil porté par six prêtres, et posé quelques instants après devant la foule. Autour de la dépouille, on entame le " Notre Père " et le " Je vous Salue Marie ", prières d'intercession adressées à la Vierge Marie. Sur le cercueil recouvert d'un voile mortuaire mauve, une couronne de fleurs à dominante jaune est délicatement posée. Une couronne. Une seule. Simplement. Comme pour traduire la simplicité dont à fait montre le Cardinal Hyacinthe Thiandoum toute sa vie durant. C'est l'abbé Adolphe Faye de la cathédrale de Dakar qui le disait un jour, au détour d'une conversation : "Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum n'aimait pas les choses compliquées."

Il est 15 heures 15 minutes lorsque l'Archevêque Théodore Adrien Sarr s'adresse à la foule, la voix cassée, il confie : "Alors que j'étais encore à Rome, j'ai lu à travers la presse tout le bien que les Sénégalais, de toutes confessions religieuses, de toutes catégories et de tous rangs, ont rendu à notre cher Cardinal. C'est cela le Sénégal. Et je vous invite tous à plus de mobilisation pour lui offrir (Ndlr : le Cardinal Thiandoum) les plus belles funérailles que nous lui devons." Et l'Archevêque de conclure : "Sénégalais, Sénégalaises, faisons de ce jour celui de la gratitude envers Dieu le Tout Puissant, comme nous l'avons toujours fait." Puis le silence de Monseigneur est aussitôt suivi de la lecture, par le père Jean-Claude Angula, du livre de l'Apocalypse de Saint Jean. Un livre qu'on a l'habitude de lire lors des décès et dont le sens est chevillé autour des termes et expressions " espérance ", " victoire du Christ ".

15 heures 30 minutes, c'est la fin de l'accueil de la dépouille. Le cercueil prend la direction des badamiers la résidence dakaroise du cardinal Thiandoum située au quartier Fann-résidence. La foule suit. Dans le calme et la prière.

18 heures 25. Le cercueil arrive à la Cathédrale Notre Dame des Victoires après qu'il a quitté les Badamiers où a eu lieu une cérémonie de recueillement et de présentations des condoléances des autorités religieuses et politiques aux membres de la famille du défunt cardinal. (Lire article de Ibrahima L. Faye). Sur le hall de la cathédrale c'est Monseigneur Jacques Sarr, évêque de Thiès, qui accueille la dépouille. En ces termes, il s'adresse ainsi aux fidèles : "Ici prend fin le séjour sur terre de Hyacinthe cardinal Thiandoum. C'est ici qu'il va se reposer de tout son labeur. Recueillons-nous pour demander au Seigneur de l'accueillir dans son Paradis." Et Monseigneur Jacques Sarr de rappeler aux fidèles que "la mort n'est pas la fin de tout, mais la porte de la vie éternelle." Il bénit le cercueil et l'on fait entrer la dépouille à l'intérieur de l'église. Demain, jeudi 27 mai, aura lieu la messe que va présider le cardinal Bernardin Gantin, doyen du Collège des Cardinaux. Dans la cathédrale Notre Dame des Victoires où, à partir de septembre 1960, il posa pied, le cardinal Hyacinthe Thiandoum sera inhumé.

Félix NZALE


Les condoléances du chef de l'Etat

APS – Le président de la République, maître Abdoulaye Wade s'est rendu hier, mardi, à 16 heures 30, à la villa des Badamiers qui était le domicile du défunt Cardinal Thiandoum pour présenter ses condoléances à la famille du disparu , à l'Eglise sénégalaise et au représentant du Pape Jean Paul II.

Ce geste fait partie d'un ensemble d'actions que le chef de l'Etat a décidé de faire pour " soutenir la communauté chrétienne " du Sénégal dans l'organisation de obsèques du Cardinal Hyacinthe Thiandoum prévues jeudi à la Cathédrale Notre Dame des Victoires de Dakar.

Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar entre 1962 et 2000 est décédé le 18 mai dernier dans une clinique d'Aix-en-Provence (sud de la France).

Le président Wade a offert 10 millions de francs CFA aux populations de Poponguine, village natal de l'ancien archevêque de Dakar " pour la préparation des obsèques ", a précise une source. Une autre somme de 5 millions de francs a été dégagée pour les dépenses mortuaires. 

Par ailleurs, le président de la République a débloqué 10 millions de francs CFA " pour les jeunes marcheurs qui se rendront au pèlerinage marial de Poponguine prévu lundi prochain ".

En plus, une enveloppe d'environ 150 millions de francs a été dégagée "pour goudronner tous les axes menant à la Maison du Pèlerinage, l'Eglise, le sanctuaire et l'entrée du campement ".    


FUNERAILLES DU CARDINAL HYACINTHE THIANDOUM : Il sera inhumé dans la cathédrale

Article publié dans l'édition du Lundi 24 mai 2004

Les préparatifs des funérailles de son Eminence, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Archevêque Emérite de Dakar vont entrer dans une phase plus active, dés ce matin avec le point de presse prévu à 10h, à la cathédrale. D'ores et déjà le lieu où le cardinal Thiandoum sera inhumé est connu, ce sera dans la cathédrale qui a abrité son trône d'Archevêque pendant près de quatre décennie.

Les nombreuses interrogations sur le lieu de l'inhumation prochaine du corps du défunt Cardinal Thiandoum, ont une réponse claire depuis samedi : le premier archevêque sénégalais à accéder à la pourpre cardinalice sera mis en terre dans la cathédrale. De sources sûres, le lieu choisi pour accueillir la dépouille mortelle se trouve à l'arrière de l'autel, près de la statue de Notre Dame des Victoires, Sainte Patronne de la Cathédrale de Dakar.

La hiérarchie de l'Eglise sénégalaise n'enfreint pas la volonté du défunt, mais elle respecte surtout la tradition ecclésiale qui veut qu'un évêque soit enterré dans son église.

Mgr Thiandoum trouvera le sommeil éternel dans la quiétude de cette église cathédrale Notre Dame des Victoires dont il fut le pasteur pendant de longues années. L'histoire du Cardinal Thiandoum avec la cathédrale (baptisée pendant la colonisation Cathédrale du Souvenir Africain) commence un certain 18 avril 1949 quand Mgr Lefebvre, alors archevêque de Dakar, impose ses mains pour ordonner l'abbé Hyacinthe Thiandoum et son frère en sacerdoce, feu abbé Xavier Dione (premier évêque du diocèse de Thiès en 1969).

Après un temps à la direction des œuvres diocésaines, de 1955 à 1960, Mgr Thiandoum sera curé-doyen de la cathédrale avant d'être choisi comme vicaire général par Mgr Lefebvre.

Les années suivantes confirment la vocation de Hyacinthe Thiandoum et la destinée qui le mènera, inexorablement vers les plus hautes responsabilités dans le fonctionnement de l'Eglise Universelle. Le 4 avril 1962, le Vatican nomme Mgr Thiandoum au siége archiépiscopal de Dakar.

Le 20 mai suivant, il est ordonné évêque par Mgr Maury et sept ans plus tard, le 24 mai 1976, Thiandoum est fait Cardinal par le pape Paul VI.

On retient aujourd'hui encore les mots qu'il confia à tous ceux qui l'écoutaient : “Mon souhait est que le peuple sénégalais observe le premier Commandement. Tout est là dans l'amour de Dieu et de ses frères. Il faut s'aimer tous, qu'on soit chrétien, musulman ou de religion traditionnelle. Seul l'amour, entre nous comme des frères, peut nous sauver ”.

La commission presse, dirigée par l'Abbé Patrice Coly, va proposer, ce matin, des informations utiles pour la couverture de l'événement, entre autres une présentation du défunt Cardinal et son action dans l'archidiocèse et dans l'Eglise Universelle. Cette rencontre avec la presse sera suivie d'une autre réunion, celle des membres du comité d'organisation présidée par le Vicaire général de l'archidiocèse de Dakar, l'Abbé Adolphe Faye. Les membres du comité vont harmoniser les lignes directrices pour le bon déroulement de ces funérailles.

Les Condoléances de Abdou Diouf

Le Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a envoyé ses condoléances au Pape Jean Paul II, à l'Archevêque de Dakar Mgr Théodore Adrien Sarr et au Président Abdoulaye Wade. Dans les trois correspondances, l'ancien Président de la République du Sénégal dit l'émotion et la tristesse qui l'ont habité à l'annonce du décès de celui qu'il considère comme "un homme de foi, de culture et de générosité". Au Pape il rappelle que le défunt, qui a toujours été son conseiller avisé, avait représenté l'Afrique au Concile Vatican II où il fit entendre la voix du continent. Au Président Wade, il souligne que "c'est une grande perte pour nous tous parce que le Cardinal Thiandoum "fut tout au long de sa vie un homme qui a toujours cherché à approfondir le dialogue islamo-chrétien".

Le Secrétaire général de la Francophonie écrit aussi que le Cardinal Thiandoum a continuellement mis en valeur la richesse de la culture africaine, notamment à travers la promotion de nos langues nationales. Et inspira de ce fait les présidents Senghor et Abdou Diouf. Le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie termine en présentant ses condoléances et celles de son épouse à tous les Chrétiens et à tous nos compatriotes.

  JEAN PIRES et F. SAMBE


 TEMOIGNAGE - Me Babacar Niang : «Hyacinthe Thiandoum était intervenu en 1966 pour que Moustapha Lô ne soit pas exécuté»

Article publié dans l'édition du Mardi 25 mai 2004

«Le rappel à Dieu de Monseigneur Yacinthe Thiandoum est vivement et douloureusement ressenti par nous autres Sénégalais comme une grande perte.»

«Comme l'attestent les témoignages innombrables des Sénégalais de toutes origines, catholiques et musulmans, cet homme était un homme de bien au sens plein de l'expression. Ses qualités de cœur et d'esprit, son ouverture, ses activités multiformes dans l'intérêt de notre pays et de la communauté nationale dans son ensemble lui ont valu considération, déférence et affection de la part des Sénégalais et des Sénégalaises.»

«Personnellement, je veux porter témoignage en évoquant un de ses actes jusqu'ici ignoré par la grande majorité des Sénégalais. Lorsque Moustapha Lô, qui n'était pas seulement mon client, mais aussi mon cousin et mon ami, fut condamné à mort par le tribunal spécial, de triste mémoire à la suite de ce qu'on a appelé l'attentat de la Tabaski, lorsque tous les loups, et ils étaient majoritairement des musulmans, hurlaient à mort, Monseigneur Hyacinthe Thiandoum m'a reçu à l'archevêché, m'a écouté avec attention, je disais même compréhension, il m'a rassuré qu'il irait voir Senghor pour que Moustapha Lô ait la vie sauve.»

«Je sais qu'il est intervenu effectivement auprès du président Senghor pour lui demander de gracier le condamné. Le condamné était un musulman, la victime présumée était catholique. Qu'importe, le Cardinal a fait, non sans fermeté, ce qu'il m'avait promis. Je ne pourrais pour ma part jamais oublier cela.»

«Ai-je besoin de signaler que Serigne Falilou Mbacké m'avait assuré, lorsque je suis allé le voir en compagnie de Dieng Dinguèlère «un interpètre aujourd'hui décédé», que son secrétaire Dramé allait immédiatement rédiger une lettre à porter au président Senghor.»

«Thierno Seydou Nourou Tall accompagné de cheikh Abdoul Aziz Sy Dabakh et de mon oncle Serigne Ousmane Kane, imam ratib de Kaolack, sont allés jusqu'à Poponguine trouver Senghor pour demander que Moustapha Lô ne soit pas exécuté.»

«Moustapha Lô est tombé sous les balles d'un peloton d'exécution, sous mes yeux à l'aube d'un certain jour de malheur. Lui qui avait dit au tribunal spécial : «Je n'avais pas l'intention de tuer le président de la République, je voulais simplement lui donner un avertissement», il n'a pas eu la vie sauve, tous ses co-accusés devraient être amnistiés - et il faut s'en féliciter – quelques années plu tard.»

«Il m'est arrivé de me rendre à sa résidence de Fann pour solliciter une nouvelle fois son intervention ; il y a quelques années lorsque j'appris que l'Abbé Diamacoune avait encore été arrêté et transféré à Dakar, je me suis rendu aussitôt auprès du juge d'instruction, feu Mamadou Abdoulaye Bâ Zeund. Ce magistrat m'informa que l'Abbé avait déclenché une grève de faim et de la soif parce que la police lui avait retiré sa bible, son livre de prière et une modeste somme d'argent qu'il utilisait pour nourrir des élèves de Ziguinchor qui n'avaient ni parents ni soutien dans la ville.»

«Je me suis offert pour aller rencontrer l'Abbé et d'essayer d'obtenir qu'il accepte de s'alimenter à nouveau. Je savais qu'il était capable d'aller jusqu'au bout, jusqu'au sacrifice de sa vie. De 10 h à 13 h, j'ai développé tous les arguments rationnels qui me venaient à l'esprit. L'abbé Diamacoune conservait son sourire et ne cessait de me répondre chaque fois : «Je vais réfléchir maître», mais il ne promettait rien et je sentais qu'il n'était nullement décidé à se laisser fléchir même quand je lui ai dit : «Mais si vous disparaissez, avec qui on va discuter pour trouver une solution au conflit.» A la fin je l'ai carrément apostrophé en lui disant : «Mais Abbé, vous n'avez pas le droit de faire ce que vous faites», il m'a regardé, j'ai ajouté :«Votre vie ne vous appartient pas. Votre vie appartient à l'Eglise.» J'ai compris aussitôt que j'avais touché un point sensible, mais je n'étais pas tout à fait rassuré. J'ai couru chez Monseigneur Hyacinthe Thiandoum pour lui expliquer la situation et solliciter son intervention. En même temps, j'ai téléphoné au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, c'était à l'époque Serigne Lamine Diop, pour lui demander de faire restituer à l'Abbé ce qu'on lui avait saisi. Finalement, l'abbé Diamacoune a accepté de mettre fin à sa grève de la faim et de la «soif…»


L e Chef de l'Etat a présenté ses condoléances aux Badamiers : “Le Sénégal perd un de ses plus valeureux fils”

Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004

L'arrivée, hier, de la dépouille mortelle de Feu le Cardinal Hyacinthe Thiandoum aura été un moment d'émotion et de compassion pour les Sénégalais. En présentant ses condoléances à la Villa des Badamiers, le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, au nom de son épouse, des membres du gouvernement et du peuple sénégalais a témoigné de la grande valeur du défunt, “ l'un des fils du Sénégal, parmi plus valeureux…”, mais aussi un homme avec qui il entretenait une amitié vieille de 30 ans.

Après l'aéroport L. S.Senghor où la dépouille mortelle du Cardinal Hyacinthe Thiandoum a été accueillie par l'Archevêque de Dakar, Mgr Théodore Adrien Sarr et de nombreux Sénégalais, c'est à la villa des Badamiers, que les personnalités politiques religieuses et des membres du corps diplomatique se sont retrouvées parmi d'autres citoyens pour présenter les condoléances à l'Archevêque de Dakar Mgr Théodore Adrien Sarr, aux évêques de la Conférence épiscopale (Sénégal, Mauritanie, Cap Vert et Guinée Bissau) et aux proches parents du défunt .

Le Nonce apostolique Guisseppe Pinto, ainsi que le Cardinal Gantin, Délégué par le Pape Jean Paul II étaient parmi les personnalités présentes à cette cérémonie officielle.

Quand le cortège funèbre arrive aux Badamiers, à 16 heures, la villa est déjà pleine de monde. Des hauts parleurs diffusent des chants grégoriens. Les scouts forment une haie d'honneur et saluent au passage du cercueil porté par six prêtres de l'archidiocèse de Dakar. Dans le hall, face au salon où ont pris place des membres de la famille, un tapis rouge recouvre le sol, une étoffe également rouge et des parements blancs recouvrent un catafalque où l'on dépose le cercueil, près d'une croix du Christ et d'une statue de la Vierge Marie. Une louange au Seigneur s'élève, pathétique, chantée par un groupe de religieuses, une gerbe de fleurs est déposée par M. Victor Emmanuel Cabrita . Les membres de la famille viennent se recueillir devant le cercueil dont le couvercle a été retiré laissant voir le défunt à travers un verre. La longue file de personnalités commence alors à se recueillir devant le cercueil avant d'aller signer le registre des condoléances.

Dans le témoignage public qu'il a livré à l'assistance, Me Abdoulaye, Wade accompagné de son épouse, a compati à la douleur qui frappe tous les Sénégalais épris de paix et de justice.

Le président de la République a rappelé une amitié de 30 années qui le liait à Mgr Thiandoum, alors qu'il était opposant du régime d'alors. L'attitude de Mgr Thiandoum était celle d'un homme qui se plaçait au-dessus des considérations partisanes et “ il venait ostensiblement vers moi lorsqu'il m'apercevait dans les rencontres publiques et discutait avec moi, au lieu de me fuir comme on le ferait pour un “ opposant pestiféré ”, souligne Me Wade. Il a profité de son témoignage pour redire sa reconnaissance envers l'Eglise qui a soutenu, d'une certaine manière, le combat des intellectuels d'alors (Daniel Cabou, Christian Valentin, Joseph Ki Zerbo…) pour l'indépendance. “ L'Eglise a été la première à me permettre de publier un de mes articles engagés en 1958, dans le journal “ Afrique Nouvelle ”. Le Centre Daniel Brottier qui était alors l'un des lieux les plus courus pour les grandes conférences qui s'y déroulaient alors qu'un certain Abbé Hyacinthe Thiandoum en était le directeur diocésain, est également un souvenir que le Président a rappelé, en faisant un éloge de l'apôtre du dialogue islamo-chrétien.

Aux Badamiers on a noté la présence de l'Assemblée nationale avec son président Pape Diop, le gouvernement et le premier Ministre Macky Sall, le gouverneur de Dakar Saliou Sambou, Habib Thiam, représentant le secrétaire général de la Francophonie les chefs religieux Abdou Aziz Sy Jr, Habibou Dakha Tall, Cheikh A. Mohein El Zein et Père Salim Namours représentants religieux de la communauté d'origine libanaise, les Chevaliers de l'Ordre Souverain de Malte et leur président le Général Jean Alfred Diallo, le Grand Serigne de Dakar El Hadj Bassirou Diagne Marème Diop, M. Issam Omaïs, adjoint au maire de Dakar-plateau (absent de Dakar) entre autres personnalités.

Le classe politique, ministres et hommes d'Etat sénégalais, était largement représenté à la présentation de condoléances aux Badamiers, de Moustapha Niasse, à Abdourahim Agne, Jean Paul Diaz, Robert Sagna, Mamadou Diop Famara Ibrahima Sagna et Abdoulaye Elimane kane entre autres.

Cette cérémonie aura été marquée par les sentiments d'affection, d'attachement et de sympathie que seul un homme de grande dimension comme le Cardinal Hyacinthe Thiandoum peut susciter.

  Jean PIRES


Témoignage - Grand Serigne de Dakar, Bassirou Diagne : «Un exemple à méditer»

Article publié dans l'édition du Lundi 24 mai 2004

«J'ai eu la chance et l'honneur d'aller le voir à deux reprises pendant qu'il était hospitalisé. Mais, la deuxième fois que je suis allé le voir, je me suis rendu compte qu'il était très malade et très affaibli. C'est une perte immense non seulement pour la communauté chrétienne mais pour tout le Sénégal. C'était un homme extrêmement ouvert, un homme qui toute sa vie n'a fait qu'essayer de tisser des liens d'amitié, de fraternité entre les communautés musulmane et chrétienne.»

«Heureusement qu'il était là parce qu'à un moment donné s'il n'était pas là, entre les chrétiens et les musulmans, on aurait commencé à faire des choses qui n'avaient pas leur place. Mais grâce à sa collaboration avec les chefs religieux et traditionnels, il a su faire en sorte que jusqu'à présent, il n'y a jamais eu de problèmes entre musulmans et chrétiens. Il a réalisé l'amitié, la paix et la stabilité entre les deux religions.»

«Le cardinal Thiandoum, c'est mon ami, mon frère. Il me faisait toujours des honneurs. Il ne m'a jamais reçu à l'archevêché. Il m'a toujours reçu chez lui, à son domicile. Lors de son jubilé, j'ai été à la Cathédrale et à Popenguine. Et, le jour de mon investiture comme Grand Serigne de Dakar, il était présent à la cérémonie. Ce jour-là, vraiment, j'ai dit aux gens que c'est un exemple qu'il faut méditer. C'est pourquoi, j'ai été à ses côtés pour recevoir le Pape ici (Ndlr : au Sénégal). C'est pourquoi également quand le Pape avait décidé de le mettre à la retraite, je lui ai écris pour lui demander de le laisser à Dakar. Nous avions donné la lettre au Nonce apostolique du St Père qui était là avec la communauté léboue. Et, le Pape nous a fait l'honneur de le laisser ici avec nous».

«Je connais le cardinal depuis des années. Mais je l'ai approché au moment où on m'avait désigné Grand Serigne de Dakar, chef supérieur de la collectivité léboue. Etant le cardinal, il a approché tous les chefs, il m'a approché et nous avons noué des relations amicales jusqu'à sa mort. En dehors de la religion…(hésitations). On a des relations intimes. J'allais souvent chez lui et il venait chez moi.»

«Le plus beau souvenir que je garde de lui , c'est le jour de son jubilé à la Cathédrale de Dakar. J'étais là-bas avec les chefs traditionnels et les chefs religieux. Et, nous avons poursuivi la fête jusqu'à Popenguine. Vraiment ce jour-là est un beau souvenir. Le deuxième, c'est notre rencontre, grâce à lui, avec le Pape.»

«A travers ce journal (Ndlr : Le Quotidien), je lance un appel à tout le peuple sénégalais, à tous les musulmans et tous les chrétiens, pour aller à ses obsèques, à côté de la communauté chrétienne, le jour de son inhumation et de lui rendre un dernier hommage.

Gilles Arsène NTCHEDJI


 OBSEQUES de Hyacinthe le Cardinal Thiandoum


(Photo : Le Quotidien)

Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004

1-Me Wade signe le livre de condoléances.

2 - Le président Wade accompagné de Mgr Théodore Adrien Sarr.

3 - Le président de la République présente se condoléanes au peuple sénégélais et au clergé catholique.

4 - L'Abbé Patrice Coly et ses confrères prêtres font entrer le cercueil du cardinal Thiandoum dans le corbillard à l'arrivée.

5 - Les prêtres diocésain installent le cercueil dans le cordillard.

6 - Le clergé catholique transporte le cercueil dans la villa des Badamiers Fann Résidence.


OBSEQUES de Hyacinthe le Cardinal Thiandoum - Temoignages

Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004

Me Abdoulaye Wade, président de la République : «Pour lui je n'étais pas l'opposant pestiféré qu'il fallait fuir»

«Je suis venu ici comme tous les Sénégalais, accompagné de mon épouse et des membres du gouvernement, pour m'incliner devant la dépouille du Cardinal Thiandoum. Mgr Thiandoum est l'un des fils du Sénégal, les plus connus, les plus valeureux du Sénégal que le destin a arraché à notre affection. Je suis venu m'incliner en mon nom mais aussi au nom de la République. Je connais le Cardinal Thiandoum depuis près de trente ans. J'étais dans l'opposition et nous avions maintenu les mêmes relations, lorsque je suis rentré dans le gouvernement que lorsque j'en suis sorti et même lorsque je suis devenu président de la République. Chaque fois que je le rencontrais à une manifestation publique, à la Présidence ou ailleurs, dès qu'il m'apercevait, ostensiblement il venait vers moi. Devant tout le monde, pour que tout le monde sache. Car pour lui je n'étais pas l'opposant pestiféré qu'il fallait fuir. Et cela il le faisait quand certains durant ces manifestations, lorsque nos regards allaient se croiser prenaient la tengeante. Donc cet homme était au-dessus des considérations partisanes. Je rappelle souvent à mes frères du Pds que si je suis connu en Afrique c'est grâce à l'église catholique qui a publié mon premier article retentissant en 1958… Nous vivons un bel exemple du dialogue islamo-chrétien ici au Sénégal. Et Mgr Thiandoum en est le chantre. Voilà pourquoi le Pape Jean-Paul II a béni cette conférence sur le dialogue islamo-chrétien que nous allons tenir ici même à Dakar.»

Moustapha Niasse, secrétaire générale de l'Afp : «Mgr Thiandoum, un homme de lumière»

«Je suis profondément ému dans cette résidence des badamiers à cette heure ou le corps du Cardinal est ici. Il y a quelques mois, j'étais avec lui dans ce bureau (Il pointe du doigt une concession).Il y a quelques mois, nous l'avons inauguré. J'étais avec lui quand il a été hospitalisé ici à Dakar et j'étais allé le voir quand il était hospitalisé à Paris. C'était en présence de deux chrétiens laïcs qui veillaient sur lui. Mgr Thiandoum a consacré toute sa vie au sacerdoce divin, mais il était aussi un citoyen conscient, qui suivait l'évolution de son pays et se désolait de certains évènements et il priait pour que les Sénégalais conservent l'union sacrée du dialogue malgré les divergences qui les opposaient. Il était très intéressé par l'issue positive du conflit Casamançais. Mgr ne faisait jamais la politique, mais il avait des idées en tant que citoyen et des inquiétudes en tant que homme de Dieu. Nous avons perdu un grand Sénégalais. Nous avons perdu un homme de Dieu. C'est pourquoi j'ai écrit sur le livre d'or ouvert à cette occasion : «Mourir, c'est souffrir disait Lamartine. Mais mourir c'est aussi cessé de vivre sur terre pour l'autre vie, la vraie qui est la vie éternelle. Et c'est pourquoi Birago Diop a dit que les morts ne sont pas morts. Mgr Thiandoum était l'homme de l'unité nationale, l'homme de la lumière parmi les autorités religieuses de notre pays. Il a été une synthèse pour le Sénégal tout entier et nous prierons pour que dieu l'accueille en son paradis.»

Djibo Leity Kâ, ministre de l'Economie maritime : «Thiandoum incarnait l'humilité, la foi…»

«Je rends grâce à Dieu en ce jour. La nation Sénégalaise a perdu un sage parmi les sages. Un sage vers qui, pendant les épreuves, les moments durs nous nous tournions tous. Il incarnait l'humilité, la foi et un attachement profond à la paix et à la cohésion dans le pays. Il était l'ami de tous, musulmans, chrétiens, protestants et même des Sénégalais libres-penseurs. Au-delà de nos frontières, le cardinal défunt s'est fait identifié à ce que le Sénégal avait de plus beau, de plus riche et de plus fécond. Nous prions pour que le Seigneur l'accueille en son paradis.»

Habib Thiam, ancien Premier ministre du Sénégal : «Thiandoum est un grand Sénégalais»

«Je conduis une délégation comprenant les ministres Robert Sagna, Jacques Baudin, et nos épouses pour représenter le président Abdou Diouf à ces obsèques. C'est un moment de tristesse mais c'est aussi un moment d'espérance car nous sommes des hommes de foi et nous pr