Article publié dans l'édition du Lundi 24 mai 2004 «J'ai eu la chance et l'honneur d'aller le voir à deux reprises pendant qu'il était hospitalisé. Mais, la deuxième fois que je suis allé le voir, je me suis rendu compte qu'il était très malade et très affaibli. C'est une perte immense non seulement pour la communauté chrétienne mais pour tout le Sénégal. C'était un homme extrêmement ouvert, un homme qui toute sa vie n'a fait qu'essayer de tisser des liens d'amitié, de fraternité entre les communautés musulmane et chrétienne.» «Heureusement qu'il était là parce qu'à un moment donné s'il n'était pas là, entre les chrétiens et les musulmans, on aurait commencé à faire des choses qui n'avaient pas leur place. Mais grâce à sa collaboration avec les chefs religieux et traditionnels, il a su faire en sorte que jusqu'à présent, il n'y a jamais eu de problèmes entre musulmans et chrétiens. Il a réalisé l'amitié, la paix et la stabilité entre les deux religions.» «Le cardinal Thiandoum, c'est mon ami, mon frère. Il me faisait toujours des honneurs. Il ne m'a jamais reçu à l'archevêché. Il m'a toujours reçu chez lui, à son domicile. Lors de son jubilé, j'ai été à la Cathédrale et à Popenguine. Et, le jour de mon investiture comme Grand Serigne de Dakar, il était présent à la cérémonie. Ce jour-là, vraiment, j'ai dit aux gens que c'est un exemple qu'il faut méditer. C'est pourquoi, j'ai été à ses côtés pour recevoir le Pape ici (Ndlr : au Sénégal). C'est pourquoi également quand le Pape avait décidé de le mettre à la retraite, je lui ai écris pour lui demander de le laisser à Dakar. Nous avions donné la lettre au Nonce apostolique du St Père qui était là avec la communauté léboue. Et, le Pape nous a fait l'honneur de le laisser ici avec nous». «Je connais le cardinal depuis des années. Mais je l'ai approché au moment où on m'avait désigné Grand Serigne de Dakar, chef supérieur de la collectivité léboue. Etant le cardinal, il a approché tous les chefs, il m'a approché et nous avons noué des relations amicales jusqu'à sa mort. En dehors de la religion…(hésitations). On a des relations intimes. J'allais souvent chez lui et il venait chez moi.» «Le plus beau souvenir que je garde de lui , c'est le jour de son jubilé à la Cathédrale de Dakar. J'étais là-bas avec les chefs traditionnels et les chefs religieux. Et, nous avons poursuivi la fête jusqu'à Popenguine. Vraiment ce jour-là est un beau souvenir. Le deuxième, c'est notre rencontre, grâce à lui, avec le Pape.» «A travers ce journal (Ndlr : Le Quotidien), je lance un appel à tout le peuple sénégalais, à tous les musulmans et tous les chrétiens, pour aller à ses obsèques, à côté de la communauté chrétienne, le jour de son inhumation et de lui rendre un dernier hommage. Gilles Arsène NTCHEDJI
Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004 1-Me Wade signe le livre de condoléances. 2 - Le président Wade accompagné de Mgr Théodore Adrien Sarr. 3 - Le président de la République présente se condoléanes au peuple sénégélais et au clergé catholique. 4 - L'Abbé Patrice Coly et ses confrères prêtres font entrer le cercueil du cardinal Thiandoum dans le corbillard à l'arrivée. 5 - Les prêtres diocésain installent le cercueil dans le cordillard. 6 - Le clergé catholique transporte le cercueil dans la villa des Badamiers Fann Résidence.
Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004 Me Abdoulaye Wade, président de la République : «Pour lui je n'étais pas l'opposant pestiféré qu'il fallait fuir» «Je suis venu ici comme tous les Sénégalais, accompagné de mon épouse et des membres du gouvernement, pour m'incliner devant la dépouille du Cardinal Thiandoum. Mgr Thiandoum est l'un des fils du Sénégal, les plus connus, les plus valeureux du Sénégal que le destin a arraché à notre affection. Je suis venu m'incliner en mon nom mais aussi au nom de la République. Je connais le Cardinal Thiandoum depuis près de trente ans. J'étais dans l'opposition et nous avions maintenu les mêmes relations, lorsque je suis rentré dans le gouvernement que lorsque j'en suis sorti et même lorsque je suis devenu président de la République. Chaque fois que je le rencontrais à une manifestation publique, à la Présidence ou ailleurs, dès qu'il m'apercevait, ostensiblement il venait vers moi. Devant tout le monde, pour que tout le monde sache. Car pour lui je n'étais pas l'opposant pestiféré qu'il fallait fuir. Et cela il le faisait quand certains durant ces manifestations, lorsque nos regards allaient se croiser prenaient la tengeante. Donc cet homme était au-dessus des considérations partisanes. Je rappelle souvent à mes frères du Pds que si je suis connu en Afrique c'est grâce à l'église catholique qui a publié mon premier article retentissant en 1958… Nous vivons un bel exemple du dialogue islamo-chrétien ici au Sénégal. Et Mgr Thiandoum en est le chantre. Voilà pourquoi le Pape Jean-Paul II a béni cette conférence sur le dialogue islamo-chrétien que nous allons tenir ici même à Dakar.» Moustapha Niasse, secrétaire générale de l'Afp : «Mgr Thiandoum, un homme de lumière» «Je suis profondément ému dans cette résidence des badamiers à cette heure ou le corps du Cardinal est ici. Il y a quelques mois, j'étais avec lui dans ce bureau (Il pointe du doigt une concession).Il y a quelques mois, nous l'avons inauguré. J'étais avec lui quand il a été hospitalisé ici à Dakar et j'étais allé le voir quand il était hospitalisé à Paris. C'était en présence de deux chrétiens laïcs qui veillaient sur lui. Mgr Thiandoum a consacré toute sa vie au sacerdoce divin, mais il était aussi un citoyen conscient, qui suivait l'évolution de son pays et se désolait de certains évènements et il priait pour que les Sénégalais conservent l'union sacrée du dialogue malgré les divergences qui les opposaient. Il était très intéressé par l'issue positive du conflit Casamançais. Mgr ne faisait jamais la politique, mais il avait des idées en tant que citoyen et des inquiétudes en tant que homme de Dieu. Nous avons perdu un grand Sénégalais. Nous avons perdu un homme de Dieu. C'est pourquoi j'ai écrit sur le livre d'or ouvert à cette occasion : «Mourir, c'est souffrir disait Lamartine. Mais mourir c'est aussi cessé de vivre sur terre pour l'autre vie, la vraie qui est la vie éternelle. Et c'est pourquoi Birago Diop a dit que les morts ne sont pas morts. Mgr Thiandoum était l'homme de l'unité nationale, l'homme de la lumière parmi les autorités religieuses de notre pays. Il a été une synthèse pour le Sénégal tout entier et nous prierons pour que dieu l'accueille en son paradis.» Djibo Leity Kâ, ministre de l'Economie maritime : «Thiandoum incarnait l'humilité, la foi…» «Je rends grâce à Dieu en ce jour. La nation Sénégalaise a perdu un sage parmi les sages. Un sage vers qui, pendant les épreuves, les moments durs nous nous tournions tous. Il incarnait l'humilité, la foi et un attachement profond à la paix et à la cohésion dans le pays. Il était l'ami de tous, musulmans, chrétiens, protestants et même des Sénégalais libres-penseurs. Au-delà de nos frontières, le cardinal défunt s'est fait identifié à ce que le Sénégal avait de plus beau, de plus riche et de plus fécond. Nous prions pour que le Seigneur l'accueille en son paradis.» Habib Thiam, ancien Premier ministre du Sénégal : «Thiandoum est un grand Sénégalais» «Je conduis une délégation comprenant les ministres Robert Sagna, Jacques Baudin, et nos épouses pour représenter le président Abdou Diouf à ces obsèques. C'est un moment de tristesse mais c'est aussi un moment d'espérance car nous sommes des hommes de foi et nous prions pour que Dieu accorde son paradis à son éminence le cardinal Thiandoum qui est un grand Sénégalais.» Serigne Thierno Daha Tall : «Cardinal Thiandoum est un saint homme» «Mgr Thiandoum avant sa mort a demandé au président de la République de tout mettre en œuvre pour qu'on fournisse un passeport diplomatique à son ami Mountaga Tall afin que ce dernier aille saluer le Pape Jean-Paul II, mais aussi pour qu'il puisse aller se faire soigner à l'extérieur. Car Mountaga Tall a perdu la vue. Cependant il a tenu à faire le déplacement pour rendre hommage à son acolyte du combat pour le dialogue islamo-chrétien. Voici son témoignage : «Je rends grâce à Dieu qui nous a doté de ce saint homme. Le cardinal faisait partie des saints hommes. Notre compagnonnage a été très long sur le chemin de la foi. C'était un homme d'une grande humilité qui était très attaché aux valeurs humaines et à la paix sociale. Nous prions le bon Dieu pour qu'il l'accueille dans son plus haut paradis. Il avait des qualités qui doivent inspirer tout être humain : la foi, la générosité. Il est le précurseur du dialogue inter religieux. C'est aussi un exemple à suivre par la jeunesse Catholique, par toute la communauté chrétienne que dirige aujourd'hui Mgr Adrien Sarr et par les musulmans.» Joseph Pinto, Nonce Apostolique du Pape au Sénégal : «Le Cardinal reste pour toujours» «J'ai le sentiment en ce jour d'avoir perdu un grand ami. Je vois en la venue de la dépouille du Cardinal, le retour d'un grand ami. J'ai eu le grand honneur de bénéficier de son amitié, de ses conseils, de son expérience, de ses réflexions. Il m'a toujours soutenu depuis le début de ma mission diplomatique, de représentant du Pape ici au Sénégal. Il a été pour moi un père. C'est pourquoi je partage avec tout le peuple sénégalais ces moments d'émotion et de prières.» Ahmed Khalifa Niasse, secrétaire général du Fap : «Il sera éternel par son enseignement» «Mes sentiments en ce jour sont des sentiments de tristesse. Mgr Hyacinthe Thiandoum était un fils authentique du Sénégal, bien aimé et ses actes étaient des actes d'amour, d'amitié, de paix, de sincérité surtout. Il était en relation avec tous les chefs religieux musulmans du Sénégal. Il était proche de leur position et de leur parole. Il était de leur génération. Par lui, j'ai été très lié par une amitié de longue date à sa sainteté le Pape Jean-Paul II qui m'invite très souvent en Italie. Et il diffuse mes écrits, sur la paix et sur le dialogue islamo-chrétien dans le journal le Monde. Hier seulement, une radio américaine m'a contacté au sujet d'un de mes écrits récents que le Pape à parapher et à fait diffuser en anglais. C'est donc pour moi le lieu de saluer le lien par lequel j'ai pu avoir cette notoriété, en la personne du cardinal Thiandoum. Je sens sa disparition comme un tremblement de terre et je souhaite que la terre lui soit légère. Je pense qu'il restera immortel si son enseignement demeure. Cet enseignement que je résume ainsi : fraternité entre tous les Sénégalais de toute religion, amour entre tous les Sénégalais et une paix éternelle pour le Sénégal
La dépouille mortelle du Cardinal Hyacinthe Thiandoum est au pays depuis hier. Les cérémonies de deuil ont débuté après l'accueil du corps à l'aéroport Léopold Sédar Senghor. Dans sa résidence des «Badamiers», ont vécu hier de beaux exemples du dialogue islamo-chrétien qui ont accompagné la cérémonie de vénération de la dépouille mortelle. Il était environ 15h 05 mn. L'aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar était déjà pris d'assaut par une foule innombrable. L'avion d'Air Sénégal international se pose sur l'esplanade de l'aéroport. A bord, la dépouille mortelle de Hyacinthe, le cardinal Thiandoum attendait d'être ovationnée par les centaines de fidèles, amis et compatissants qui attendaient au-dehors. Mgr Théodore Adrien Sarr, accompagné du Nonce Apostolique du pape, au Sénégal Mgr Joseph Pinto, de Mgr Jacques Sarr, Evêque de Thiès et d'une forte délégation du clergé catholique, se dirige vers la réception pour accueillir leur défunt frère et remplir les formalités usuelles. Ce fut alors qu'un long cortège composé de toutes les couches de la société Sénégalaise suivi le corps pour la résidence du défunt : «Les Badamiers» au quartier de Fann. En cours de route, l'accueil fut plutôt chaleureux que douloureux. Les Sénégalais sortaient des maisons et des rues au signal de la sirène du corbillard. Les uns ovationnaient ou plutôt acclamaient l'arrivée de la dépouille de l'apôtre de Dieu, tandis que d'autres terrassés et dépassés par les événements qui se déroulent à leurs yeux restaient ébahis, l'air confus. On dirait que ces derniers viennent de se rendre compte, sur le champ, que la nouvelle du décès du Cardinal tant annoncée était enfin effective. Le corps du défunt arrive à la résidence les «Badamiers». Tout le quartier de Fann, Résidence et alentours attendaient déjà à la devanture de la villa pour rendre hommage à celui qui, il y a quelques jours encore, faisait partie des habitants de leur localité. Les religieux, les membres de la famille Thiandoum et certains curieux se mêlèrent à l'événement pour les derniers hommages au Cardinal. Le corps fut transporté par six géants prêtres diocésains et exposé dans le grand hall extérieur de la villa du Cardinal défunt. A tour de rôle, différentes personnalités politiques et religieux passaient tirer révérence à l'illustre disparu avant de passer remplir le livre des condoléances ouvert pour la circonstance. Les familles religieuses chrétiennes, catholiques, protestantes et musulmanes se côtoyaient et se présentaient mutuellement les condoléances. De l'autre coté, les différentes classes politiques du Sénégal n'ont pas enfreint au mot d'ordre du saint homme décédé : hériger en mode de vie la culture de la paix et de l'entente fraternelle. Alors les membres de l'opposition et ceux de la mouvance présidentielle ont tous répondu présent à l'appel du Cardinal pour illustrer aux yeux de la Nation sénégalaise, l'héritage que leur a légué Hyacinthe, le Cardinal Thiandoum. En un mot, les dernières heures du Cardinal Thiandoum sur cette terre du Sénégal resteront gravées sur les pages de l'histoire, en exemple aux générations futures. D'ailleurs, pour illustrer l'envergure de la personnalité du prélat défunt, Moustapha Niasse, qui était présent à la maison mortuaire confie : «Le cardinal Hyacinthe Thiandoum est la synthèse du Sénégal et son exemple, pour nous, restera éternellement. Prions pour que Dieu l'accueille en son royaume.»
Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004 Décédé, Hyacinthe le Cardinal Thiandoum continue d'inspirer le dialogue islamo-chrétien dont il est a été de son vivant un ardent défenseur. Pour pérenniser cette œuvre, le Collectif des artistes du Sénégal (Cartis) et l'Union nationale pour la Paix (Unp) rendent un hommage à l'Archevêque émérite disparu le 18 mai dernier. Dans ce sens, un concert sera organisé le vendredi prochain au Théâtre national Daniel Sorano «pour rappeler les bienfaits du Cardinal». Dénommée «concert de la fraternité Islamo-chrétienne», la manifestation est placée «sous le signe de la paix et de l'entraide et à la mémoire de Mgr Thiandoum, chantre de la Paix et apôtre du dialogue Islamo-chrétien». Les chorales de Notre Dame du Liban, de Palmarin, de St Jean Bosco et de St Pierre de Baobabs animeront cette soirée d'hommage qui, invite Charles Foster du Cartis, «reste ouverte à tous les artistes sénégalais». Abdou Rahmane Mbengue
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