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Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004 Les fidèles chrétiens ont vécu, hier à la Cathédrale de Dakar, l'Ascension dans un véritable dilemme. Ils ont été à la fois joyeux et tristes, la solennité de l'événement se mêlant à la gravité du moment. Cet événement marque, selon abbé Michel Kama, le retour à la normalité divine, la reprise de la place de Jésus à la divinité. Le christ flagellé, torturé, crucifié pour nos péchés venait d'être rappelé pour aller retrouver sa “ station ” normale. Jésus était rétabli dans son trône de prince, un siège glorieusement installé à la droite du père Tout-Puissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts.
L'Ascension est donc un fait majeur, un motif de garantie supplémentaire pour les chrétiens de croire en Dieu et en leur prophète mort, ressuscité, puis monté au ciel. C'est aussi une garantie de l'amour de Dieu pour l'humanité à qui il a donné son fils unique Jésus-Christ dont la mort devait racheter les péchés des hommes, avant sa glorification. Cet événement ne peut donc être célébré que dans la réjouissance, dans une joie incommensurable. Mais hier, les fidèles chrétiens massés à la Cathédrale ont été dans le même temps envahis par des vagues de tristesse. Une mélancolie due à la disparition de leur guide spirituel, le cardinal Hyacinthe Thiandoum qui a maintes fois célébré avec eux la fête de l'Ascension, qui les a vaillamment conduits aux praires de la confiance en soi en tant que chrétiens enracinés dans l'évangile, mais aussi ouverts et tolérants envers les autres. Comme on pouvait donc s'y attendre, l'ombre du défunt ecclésiaste a plané durant toute la cérémonie religieuse. Une minute de silence a été observée avant le démarrage de l'Homélie. De même, l'essentiel de la prière universelle lui a été dédié. En gros, les fidèles chrétiens rassemblés hier à la Cathédrale de Dakar ont ardemment prié pour le repos de l'âme du cardinal Thiandoum arraché à leur affection dans la nuit du mardi passé. À la sortie de la messe, les témoignages ont également fusé de partout. “ La disparition du Cardinal Thiandoum nous a plongés dans un gouffre sans fond. Je me demande même si nous aurons un autre guide religieux comme lui ”, a confié Mme Hélène Sarr, étreinte par l'émotion. Pour le sieur Barthélemy Ndiaye, la mine grave, Mgr Thiandoum était un homme de bien, aussi bien aux yeux de ses coreligionnaires que des frères musulmans. “ Nous continuons de prier pour lui ”, a-t-il indiqué. La date exacte des obsèques du défunt cardinal n'est pas encore connue. Mgr Hyacinthe Thiandoum devrait normalement être enterré dans la cathédrale à moins qu'il n'ait émis le souhait d'être inhumé ailleurs. Mais le testament à même d'édifier l'opinion attend encore le retour de l'archevêque de Dakar Mgr Théodore Adrien Sarr. Une série de prières en faveur du défunt cardinal devait démarrer hier. Ces prières auront lieu à la Cathédrale tous les soirs à partir de 19 heures et cela jusqu'aux obsèques, selon le père Roger de Benoît. JOSEPH BIRAME SENE Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004 La retraite de Gouloumbou a réuni de nombreux fidèles pour un pèlerinage catholique. La célébration de l'Ascension a été mise à profit pour d'intenses prières dédiées au Cardinal Yacinthe Thiandoum, ce jeudi 20 mai. Les abondantes prières au sanctuaire mariale de Gouloumbou précéderont la messe de requiem prévue après celle de Dakar.
Le deuil qui frappe le pays a aussi été lourdement ressenti à Tambacounda. Monseigneur Jean Noël Diouf, l'Evêque de Tambacounda, retient du disparu sa maîtrise du Français, sa délicatesse envers ses prochains. Aussi note-il que “ce vieux a lutté jusqu'à deux jours de l'anniversaire de son ordination ” - le 20 mai 1962 à Dakar. L'Evêque de Tambacounda dit du Cardinal Thiandoum, “il est pour moi un père et le chantre du dialogue islamo-chrétien ” (dont le Sénégal va abriter la première rencontre). “J'ai appris le décès le lendemain car la veille, avec la Communauté Saint Kisito, le curé de la cathédrale, les prières nous ont menés jusque tard le soir. C'est sûr, dira Mgr Diouf Jean-Noël, l'Eglise du Sénégal perd un grand homme, un père, mais le pays également perd quelqu'un de très grand”. Le Cardinal, a-t-il ajouté, aura marqué l'église du Sénégal et le pays en 42 ans d'épiscopat. “ En 1962, j'étais en 4e : j'ai vécu la cérémonie à Dakar ” dit-il. Sa réaction en apprenant son décès, c'est de dire que le vieux a lutté jusqu'à deux jours de l'anniversaire de son ordination épiscopale à Dakar. Celui qu'il appelle affectueusement “ un père ” est celui-là même qui l'a ordonné prêtre le 3 avril 1972 à Djoine, “ dans son village ”. Ajoutant : “ il m'a aussi ordonné évêque le 12 novembre 1989 à Tambacounda ”. “ La grâce de Dieu est passée par ses mains, puisque après 9 ans de ministère sacerdotal, il a décidé de m'envoyer poursuivre mes études supérieures à Rome pendant 5 ans. Je remercie Dieu en premier lieu, mais je crois que cette grâce est passée par ses mains”, précise Mgr Diouf. Ce qu'il retient de lui ? “C'était un homme qui avait un grand respect pour les hommes ” Et l'Evêque de donner un exemple : “ Lorsqu'il m'a convoqué dans sa maison de campagne à NGazobil pour m'annoncer qu'il avait l'intention de m'envoyer poursuivre les études à Rome, il a eu la délicatesse de me demander mon choix. En voyant que mon cœur balançait sur deux options, la vie sainte ou la philosophie, il m'a demandé de réfléchir pendant une semaine. Je suis revenu avec ma décision : “l'écriture sainte”. “ J'avais lu cela comme une grande marque de respect même pour des jeunes. Il pouvait décider seul, mais il m'a permis de choisir. C'était un homme de Dieu très certainement et un homme des hommes. C'est ça l'idéal d'un prêtre. Il avait noué des amitiés dans toutes les couches de la population (politique, culture, etc). De partout, on allait recueillir ses conseils. Il avait une affection particulière pour les frères dans le Sacerdoce, surtout dans ses voyages à Rome. Il prenait soin de nous contacter en faisant face à ses responsabilités pour s'imprégner de nos parcours et donner des nouvelles. Il avait de grandes responsabilités au niveau du Vatican dans plusieurs commissions importantes. Enfin, c'était quelqu'un qui avait la maîtrise de la langue française. Comme il était un grand latiniste, très jeune, son style et sa manière de parler faisaient école”, dira Mgr Jean Noël Diouf. À Tambacounda, après ses obsèques, une messe de requiem sera célébrée. Elle va regrouper tous les Chrétiens, des prêtres, les religieux et les religieuses et des prières seront dites pour ce grand homme de Dieu. Au cours de la célébration de l'Ascension, tous les Catholiques se sont donné rendez-vous pour un pèlerinage au sanctuaire mariale de Gouloumbou. Des moments mis à profit pour prier pour lui. Pape Demba SIDIBE Article publié dans l'édition du Vendredi 21 mai 2004 Le père Roger de Benoît a longtemps cheminé avec le cardinal Hyacinthe Thiandoum. En marge de la fête de l'ascension, il nous a livré son témoignage sur la vie et l'œuvre du défunt prélat. Le père Roger de Benoît lui alloue trois mérites liés à l'implication des laïcs dans son apostolat, à sa position devant la rébellion du monseigneur Lefèvre contre le Pape et à sa diligence dans l'application des décisions du Concile Vatican II.
“ On peut dire beaucoup de choses après une vie si longue surtout en épiscopat. C'est difficile de sélectionner exactement ce qu'on peut dire. Mais je voudrais souligner deux ou trois choses. La première, c'est que j'ai connu Monseigneur plutôt l'abbé Thiandoum en 1952. Il était directeur des œuvres catholiques. On a beaucoup travaillé ensemble sur l'apostolat des laïcs. La première chose que je veux dire c'est que, il a très tôt vu l'importance d'associer les laïcs à son activité apostolique. Il a beaucoup favorisé le développement des différents mouvements d'action catholique, en particulier - et je regrette que cela n'ait pas continué - l'action catholique des familles. Nous étions dans les années 1952-53 et nous avions ensemble un mouvement d'action catholique des familles. Le deuxième point a été évoqué par Monseigneur Théodore Adrien Sarr, ce matin (hier, NDLR) sur Radio France internationale, RFI. Et c'est pour cela que j'admire le Cardinal Thiandoum. C'est qu'il était lié avec monseigneur Lefèvre par une très grande affection, un très grand respect, puisque c'est Mgr Lefèvre qui l'avait ordonné prêtre. Il lui a succédé et il l'a accompagné le plus loin possible. Il a vraiment tout fait pour éviter que Mgr Lefèvre ne rompe avec l'Eglise. Et il a l'a fait, mais au moment précis où monseigneur Lefèvre a passé un seuil. En 1978, en effet Mgr Lefèvre avait signé un accord avec le Saint-siège qui semblait mettre fin à la crise (née du fait que Mgr Lefèvre était animé par un conservatisme contraire aux mesures de souplesse prônée par le Concile Vatican II). Mgr Thiandoum a dénoncé cet accord le lendemain matin. Et à ce moment-là, il a dit ceci : “Nous avons été trop impossibles. Maintenant, nous ne pouvons plus aller plus loin ”. Il a donc désavoué ce geste de Monseigneur Lefèvre et c'est ça qui a valu à son diocèse et église le fait de n'avoir pas été pollué, si j'ose dire, par ce problème d'intégrisme. Tous les Chrétiens ont suivi. Mais comme Monseigneur Théodore Adrien Sarr l'a rappelé ce matin (hier, NDLR) sur RFI, ayant vécu pleinement comme jeune évêque le Concile Vatican II, Monseigneur Thiandoum a épousé pleinement les décisions prises et il les a appliquées tout de suite. Pour moi, ce sont les trois grands mérites du monseigneur Hyacinthe Thiandoum. C'est d'avoir très tôt fait confiance aux laïcs en les associant dans son apostolat, deuxièmement c'est d'avoir été lucide, courageux et en même temps pleinement respectueux en face de Monseigneur Lefèvre. Ce qui a vraiment évité à son diocèse et à son église un dérapage. Et en troisième lieu, c'est d'avoir beaucoup travaillé, mais surtout d'avoir très vite appliqué le Concile Vatican II. Je crois que ce sont les grands mérites de quelqu'un qui restera comme le premier archevêque africain du Sénégal qui a vraiment marqué la vie de l'Eglise Propos recueillis par J.B. SENE
Un des derniers «gardiens du temple»
Le Cardinal Hyacinthe Thiandom : Les siens ont prié hier pour qu'il monte au Ciel, en compagnie du Christ. Avec la disparition du cardinal Hyacinthe Thiandoum, c'est un des remparts les plus sûrs de la stabilité sociale qui s'affaisse. Et par-delà l'inquiétude que suscite cette perte, c'est un défi qui est posé quant à la grandeur qu'il y a encore dans ce pays à transcender les contingences politiques, sociales ou religieuses.
Décrit comme un homme de conciliation et d'apaisement, sa démarche entrait en droite ligne de celle d'hommes de la dimension de Seydou Nourou Tall ou d'Elhadj Abdoul Aziz Sy. De l'ancien khalife général des tidjanes, un "témoin de notre temps" (qui a préféré garder l'anonymat) retient qu'il a joué un rôle essentiel à des moments où le pays était à un doigt de l'embrasement. Il en fut ainsi pendant les événements consacrant la rupture du premier tandem post-indépendance, entre Mamadou Dia et Senghor. Il en sera, également, ainsi pendant la grève générale de 1968. "Abdoul Aziz Sy n'intervenait que dans des cas extrêmes, au moment où la passion était élevée et que la raison devenait la chose la moins partagée", renseigne notre source. Qui poursuit que "Le vénéré homme le faisait avec le dégagement et l'humilité nécessaires pour capter l'attention". Dans une logique de comparaison, il trouve que ces vertus, Elhadj Abdoul Aziz Sy les partageait avec le cardinal Thiandoum dont il garde l'image d'un homme qui ne "voyait pas en adversaires les croyants des autres religions". Avec le degré d'incarnation qui est le sien, il "s'oubliait pour ne voir que le contenu de la réalité nationale et mondiale". Le dénominateur commun de ces hommes de Dieu est que c'était des gens dégagés de toute inféodation et "qui ne comptent sur l'appui de qui que ce soit pour vivre". Toutes choses qui en faisaient des interlocuteurs écoutés des différents régimes et des «icones» incontestées de l'exception sénégalaise qui manquent à certains États de la sous-région. Parce que, selon notre interlocuteur, "s'il y avait des gens comme ceux-là au Nigeria, c'est-à-dire ayant une conception humaniste de la religion et qui sont écoutés, tout ce à quoi nous sommes en train d'assister là-bas aurait pu être conjuré". Maintenant que le cardinal Thiandoum a rejoint, dans l'au-delà, Thierno Seydou Nourou Tall et El Hadj Abdoul Aziz Sy, le pays a de quoi s'inquiéter de la disparition, l'une après l'autre, de ces "soupapes de sécurité" pour ne pas dire de ces régulateurs sociaux. Non pas qu'ils étaient les seuls à incarner une telle dimension de sagesse et de religiosité, mais qu'ils incarnaient un engagement social qui faisaient pratiquement d'eux des «sociétés civiles» individuelles. Pour autant, notre source ne désespère pas en l'avenir. Parce qu'il existe encore des hommes de Dieu qui peuvent continuer à porter le flambeau. Il pense, particulièrement, à Thierno Mountaga Tall qui, malgré le fait qu'il ne soit "pas porté sur les choses bassement terrestres" est "un homme de Dieu, véridique". Par-delà cet homme, notre interlocuteur croit trouver en l'homo senegalensis des ressorts qui font qu'il parvient toujours à transcender les rivalités à garder les pieds sur terre. Il n'en veut pour preuve que le récent accord obtenu entre le Cpc et le président de la République. Et notre sage de souhaiter qu'"on maintienne cette tradition" léguée par nos illustres disparus.
REQUIESCAT IN PACE* L'engagement a marqué la vie entière de Monseigneur le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, cet intrépide prélat, prêtre de Jésus- Christ, et témoin engagé de la Vérité de notre histoire. Il a inscrit sa vie religieuse et citoyenne dans une fidélité absolue aux idéaux de sa jeunesse, de sa foi, de sa génération. Une fidélité tenace qui demeure l'honneur le plus authentique des hommes politiques. 1962, est dans l'histoire politique du Sénégal, l'année du " coup d'Etat ". Le rôle qu'il a joué alors entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia au cours de cet épisode avait déjà, à l'époque, mis sous les feux de la rampe, un prêtre n'ayant pas manqué de courage pour faire connaître sa position. 1962, c'est aussi, dans l'histoire de l'Eglise catholique, l'année de l'ouverture du Concile Vatican II. En janvier, 1959, le Pape Jean XXIII, fait sensation en mettant en chantier, une réforme du droit canon. Un siècle auparavant, Vatican I n'avait réuni que des hommes d'Eglise, à majorité européenne et avait proclamé l'infaillibilité du Pape. Vatican II convoque 3000 prêtres de 93 nationalités différentes et venant de 136 pays. Il faut y ajouter 453 experts, 58 auditeurs laïcs (une nouveauté) et 101 observateurs non catholiques. En ouvrant les portes de l'Eglise catholique, Jean XXIII voulait la rafraîchir un peu. Mais c'est un vent violent qui s'y engouffra et décoiffa l'auguste assemblée d'évêques, d'archevêques et de cardinaux. Le Concile, ouvert en 1962, est clos le 8 décembre 1965. Entre temps, Paul VI remplace Jean XIII, décédé. L'expansion missionnaire que l'Eglise catholique avait lancée au 19ème siècle s'était ralentie avec la naissance de clergés autochtones et la responsabilité grandissante des laïcs commençait à bouleverser les rapports prêtres-laïcs. L'Eglise venait d'accepter de s'interroger sur elle-même. Cette très longue période de réflexion laisse deviner que l'unanimité n'a pas pu se faire. Il y eut une majorité, sensible aux changements et à la nécessité de s'adapter, ouverte au dialogue œcuménique. La minorité, dont un des chefs de file était, Monseigneur Lefèvre, Archevêque de Dakar, était attachée à la " stabilité de l'Eglise " et très soucieuse de la " sauvegarde du dépôt intégral de la foi ". Hyacinthe Thiandoum remplace Monseigneur Lefèvre en 1962. Il est nommé à la pourpre cardinalice en 1976. Il n'a jamais cessé de convaincre son prédécesseur, devenu symbole des traditionalistes catholiques qui ont ouvert un schisme dans l'Eglise. Ce qui leur valu d'être excommuniés par le Pape Jean Paul II, qui n'a jamais accepté aucune " désobéissance " au sein de sa hiérarchie. Il n'est nul besoin de partager les choix du Cardinal Thiandoum pour reconnaître la sincérité, l'ardeur, le courage et parfois même un volontarisme. Sa vie a été marquée par ses relations avec les hommes politiques d'une part (de Senghor à Abdou Diouf et dans une moindre mesure avec Abdoulaye Wade), et d'autre part avec les guides musulmans du Sénégal. Mais sa position " politique " par rapport aux hommes d'Eglise était claire : "Un poste politique ne sied pas au prêtre qui doit être un rassembleur". L'allusion on ne peut plus claire, était adressé à l'abbé Diamacoune Senghor, leader du Mfdc. Il n'a jamais cherché la facilité que lui donnait son rang, ni les astuces consistant à déplacer sur d'autres, ou sur le cours naturel des choses, la responsabilité des décisions prises et qui lui ont valu dans son propre camp religieux des critiques violentes. Le Cardinal Thiandoum a toujours été un excellent diplomate, qui a su maintenir un équilibre parfois fragile, mais toujours présent entre ses coreligionnaires, ses collègues, les politiques et ses concitoyens de confession différente. Il n'est pas étonnant, d'ailleurs, que le fait qu'il fut considéré comme " Le " chef de l'Eglise du Sénégal, par un pays tout entier, n'est contesté " officiellement " par personne Il a été le chantre du Dialogue Islamo-Chrétien. Ses origines et son éducation " dans une famille aux deux religions ", l'ont peut-être prédestiné à cette qualité. Ce dialogue, islamo-chrétien, ce dialogue de la vie tout court, qui prend mille tonalités et sonorités selon les lieux, les moments et les langues. Il n'est significatif que par les attitudes et les comportements des personnes et des institutions qui entendent guider et représenter les croyants. Mais jusqu'à présent, on nous sert trop souvent des discours parallèles qui ne prennent que rarement en compte la recherche, les questions et les valeurs du partenaire. Trop souvent, encore, ces discours de pure forme " oublient " d'exalter les valeurs de prière, de silence et de méditation : à mieux se mettre à l'écoute de Dieu, les partenaires du dialogue réduiraient d'autant la part du politique ou même de l'agressivité de leurs interventions, en vue de mieux s'écouter les uns les autres. Il aimait, semble t-il répéter Théodore Monod qui déclarait : "Pour moi, il y a une montagne unique, la même pour tous, que nous gravissons les uns et les autres par des sentiers différents. Les uns montent par ici, les autres par là. Mais nous avons tous, les uns et les autres, l'ambition et l'espoir de nous retrouver au sommet dans la lumière, au-dessus des nuages". A l'heure actuelle où les religions ne sont pas tellement un facteur de stabilité mais plutôt de crise, tout le Sénégal est convié à se recueillir et à prier pour lui. Nous ne pouvons manquer à ce devoir de citoyenne reconnaissance. *Qu'il repose en paix! Henriette Niang Kandé (Sud Quotidien)
Il a élevé très haut le niveau de l'Eglise sénégalaise Les Sénégalais retiennent fortement du cardinal Hyacinthe Thiandoum un chantre du dialogue islamo-chrétien, un homme de Dieu discret et modeste. Il fut aussi celui qui s'employa à élever l'Eglise sénégalaise à un niveau très haut. Tant du point de vue de l'Education que de la Santé… La dépouille mortelle du Cardinal Hyacinthe Thiandoum est attendue le mardi 25 mai aux environs de 15 heures. Sauf changement de programme, elle sera exposée à la Cathédrale du Souvenir africain de Dakar toute la journée du mercredi afin de permettre aux Sénégalais de se recueillir. Ce, en attendant les funérailles prévues le jeudi 27 mai. Dès l'annonce du décès du Cardinal Thiandoum survenu dans la soirée du mardi 18 mai à Aix-en-Provence (Marseille, France), l'éventualité de son inhumation en terre française est revenue comme un serpent de mer. Comme Cardinal, Mgr Thiandoum est citoyen de Rome, mais il n'en est pas moins Archevêque de Dakar et, comme tel, "il sera inhumé dans ce qui est sa cathédrale à moins qu'il n'ait rédigé un testament dans lequel il indique un autre lieu." Les éclaircissements de l'Abbé Patrice Coly de la cathédrale de Dakar viennent ainsi couper court aux nombreuses éventualités émises ici et là à propos du lieu d'inhumation de prédécesseur de l'Archevêque Théodore Adrien Sarr à l'Archevêché de Dakar. Par ailleurs, le décès du Cardinal Thiandoum ne saurait en rien accélérer le processus de nomination d'un nouveau cardinal comme d'aucuns ont tendance à le penser. On notera ici que dans la sous-région, nombreux sont les pays la composant qui n'ont pas de cardinal à la tête de leur Eglise. "La nomination d'un cardinal se fait sur la base de renseignements discrets et minutieusement menés. Elle relève exclusivement du pouvoir discrétionnaire du Pape. C'est dire donc qu'elle (Ndlr : la nomination d'un Cardinal) n'obéit donc en rien à une quelconque urgence." Du Cardinal Hyacinthe Thiandoum, la conscience collective sénégalaise en particulier retient fortement qu'il fut un chantre du dialogue islamo-chrétien, un homme de Dieu discret et modeste. Mais on ajoute qu'après avoir pris le relais de Mgr Lefebvre, Mgr Thiandoum s'est employé à élever l'Eglise sénégalaise à un niveau très haut. Tant du point du point de vue de l'Education avec la multiplication des écoles privées catholiques, que de la Santé, en passant par le raffermissement du dynamisme pastoral. Sous ce rapport, on oublie souvent que le Cardinal Thiandoum a été le premier directeur des œuvres catholiques et qu'à ce titre, il encouragea et accompagna le développement des mouvements et structures catholiques. Félix NZALE
"La disparition de Monseigneur Thiandoum est une immense perte pour la nation ". APS- Le chef de l'Etat, maître Abdoulaye Wade, a qualifié de " perte immense pour la nation sénégalaise ", le décès de l'ancien Archevêque de Dakar Monseigneur Hyacinthe Thiandoum, survenu, mardi à Aix-en-provence (France), dans sa 83ème année, annonce un communiqué parvenu mercredi à l'APS. " La disparition de Monseigneur Hyacinthe Cardinal Thiandoum, un des plus illustres fils de notre pays est une immense perte pour la nation sénégalaise ", a notamment dit le chef de l'Etat qui se trouve, depuis mardi à Taipei pour prendre part à la cérémonie d'investiture du président chinois Chen Shui-Bian, réélu récemment pour un second mandat de quatre ans. Tout en se disant " peiné " d'apprendre depuis la République de Chine la disparition de Monseigneur Thiandoum, Me Abdoulaye Wade a qualifié ce dernier d' "homme de paix, d'ouverture et de dialogue ". En le recevant récemment au Vatican, le Pape Jean-Paul, a-t-il rappelé, lui avait demandé des " nouvelles " de l'ancien Archevêque de Dakar.
APS– La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) a salué la mémoire du cardinal Hyacinthe Thiandoum, décédé mardi à Aix-en-Provence (France), estimant que le Sénégal vient de perdre " un homme de qualité exceptionnelle ". Dans un communiqué reçu mercredi à l'APS, la RADDHO a ajouté que l'ancien archevêque était " respectueux et respectable ", qui, " à l'image de feu El Hadji Abdoul Aziz Sy ", ancien khalife général des Tidianes, " a joué un rôle considérable pour un Sénégal stable ". Hyacinthe Thiandoum était " un fervent partisan du dialogue entre les religions ", selon la RADDHO. Archevêque de Dakar pendant plus de 35 ans (1962-1998), le cardinal Thiandoum était malade depuis plusieurs mois.
Mgr Thiandoum ou l'incarnation de l'exception sénégalaise APS – Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, Ancien Archevêque de Dakar décédé mardi à Aix-en-provence incarne on ne peut mieux l'exception sénégalaise, s'agissant de la tolérance religieuse qui existe au Sénégal entre musulmans (plus de 90% de la population) et chrétiens Son autorité morale s'étend au-delà de la seule communauté chrétienne et il a, par exemple, entretenu d'excellents rapports avec le marabout Thierno Saïdou Nourou Tall qu'il appelait " mon père ". Outre le fait que son enfance s'est passée dans un milieu composé de beaucoup de musulmans, un de ses frères est musulman et a eu des fils qui sont devenus imams. Né à Poponguine le 2 février 1921, Mgr Thiandoum va devenir Archevêque de Dakar le 2 avril 1962, après des études au séminaire de Ngazobil. Il sera maintenu à ce poste par le Pape Jean Paul II, après en avoir démissionné en février 1996, atteint par la limite d'âge. La carrière de Mgr Thiandoum dans les ordres a été comme le fruit d'une certaine prédestination. Son prénom, en effet, lui vient du souvenir de Mgr Hyacinthe Gallabert, évêque de la Sénégambie, bien avant les indépendances. Après sa formation scolaire et théologique entre Poponguine et Ngazobil, Mgr Thiandoum va poursuivre ses études à l'Université pontificale de Rome et sera nommé, à son retour au Sénégal, responsable des œuvres de l'archevêché. Il deviendra chef de l'église catholique (le 20 mai 1962) et douze ans plus tard (le 24 mai 1974), Cardinal. Excellent musicien, le fils de François Ndiémé (un pêcheur qui cultivait le mil et l'arachide pendant l'hivernage) et d'Anna Ndiémé Sène a exercé ses talents de maître de cœur partout où il est passé. Décédé à Aix-en-Provence (France) à 83 ans et à la suite d'une maladie, Mgr Hyacinthe Thiandoum s'était retiré depuis quelques années dans sa grande maison située à Fann Résidence (Dakar).
Hier les Chrétiens catholiques ont célébré la fête de l'Ascension. L'occasion a été pour eux de prier pour qu'avec Jésus, Mgr Hyacinthe le cardinal Thiandoum monte au ciel pour connaître la joie éternelle en attendant la parousie. «Le seigneur monte au ciel au milieu des chants de joie, il nous prépare une place auprès de lui au ciel. Alléluia.» C'est dans la ferveur de la fête de l'Ascension que les Chrétiens catholiques ont repris en chœur ce chant, propre aux rituels de la célébration de la montée de Jésus au ciel. Une célébration sous le signe du deuil avec le rappel à Dieu de Mgr Hyacinthe le cardinal Thiandoum. Ainsi les Chrétiens catholiques ont prié pour que l'âme de leur pasteur monte avec l'élévation de Jésus au ciel en ce jour solennel. A la cathédrale de Dakar, le père Michel Kama, qui célébrait la messe, a invité, avant de prononcer son sermon, les fidèles croyants à quelques minutes de silence en la mémoire de leur père et pasteur décédé, Mgr Hyacinthe Thiandoum. «Nous portons le deuil et nous vivons cet événement de l'Ascension dans la douleur. Mais nous devons vivre dans la foi, dans l'espérance et dans la prière en attendant la célébration des obsèques de celui dont cette cathédrale a été pendant longtemps le siège», déclare le prélat. Par ailleurs revenant sur le sens de la cérémonie d'hier, l'abbé Michel Kama explique que l'Ascension fêtée aujourd'hui, peut heurter le réalisme de notre 21ème siècle, surtout dans le monde chrétien où elle passe de plus en plus inaperçue. Et c'est pourquoi il notifie : «Pour beaucoup, la fête de l'ascension apparaît comme un fait extraordinaire que la raison et les lois de la nature n'expliquent pas. Et il urge de mener une réflexion beaucoup plus profonde sur le mystère de cette célébration afin que lumière soit faite.» En outre, affirme le prélat, l'Ascension est une fête de l'Église qui rappelle que Jésus, 40 jours après la Paques, est monté dans la gloire de Dieu le Père, en corps, en âme et par sa propre puissance au ciel. «L'Ascension, c'est la présence permanente du Christ au milieu du monde et c'est aussi la conclusion de l'existence visible de Jésus sur la terre.» Cette solennité de l'Ascension invite le croyant à espérer le retour triomphal de Jésus au jour du jugement dernier où, assis à la droite du Père, il invitera ses bons et loyaux serviteurs pour la noce éternelle. Voilà pourquoi l'abbé Michel Kama convie ses paroissiens à garder l'espérance et à prier. Prier et vivre dans l'espérance de la parousie mais aussi prier pour le repos de l'âme de Mgr Thiandoum. Et à cet effet, l'homme d'église fait savoir que des veillés de prière ont débuté tous les soirs à la cathédrale de Dakar afin que le seigneur Jésus, en faisant son Ascension, emporte avec lui, l'âme de celui qui s'est longtemps mis au service de son église pour la proclamation de l'Evangile. Gilles Arsène NTCHEDJI -
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