Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004 Décédé, Hyacinthe le Cardinal Thiandoum continue d'inspirer le dialogue islamo-chrétien dont il est a été de son vivant un ardent défenseur. Pour pérenniser cette œuvre, le Collectif des artistes du Sénégal (Cartis) et l'Union nationale pour la Paix (Unp) rendent un hommage à l'Archevêque émérite disparu le 18 mai dernier. Dans ce sens, un concert sera organisé le vendredi prochain au Théâtre national Daniel Sorano «pour rappeler les bienfaits du Cardinal». Dénommée «concert de la fraternité Islamo-chrétienne», la manifestation est placée «sous le signe de la paix et de l'entraide et à la mémoire de Mgr Thiandoum, chantre de la Paix et apôtre du dialogue Islamo-chrétien». Les chorales de Notre Dame du Liban, de Palmarin, de St Jean Bosco et de St Pierre de Baobabs animeront cette soirée d'hommage qui, invite Charles Foster du Cartis, «reste ouverte à tous les artistes sénégalais». Abdou Rahmane Mbengue
Chrétiens, musulmans… Tous sont unis dans la prière et la ferveur. Temps clément, foule nombreuse, cosmopolite et multiconfessionnelle. Silence et recueillement. De temps en temps, les hauts-parleurs viennent rompre le calme pour rappeler les consignes à respecter pour un bon déroulement de l'événement. L'arrivée de la dépouille mortelle du cardinal Hyacinthe Thiandoum est prévue pour 15 heures, mais la foule est là depuis les premières heures de l'après-midi. Ni pleurs excessifs, ni bruit. Le recueillement est total. Chrétiens, musulmans… tous sont unis dans la prière et la ferveur. Calme aux alentours de l'aéroport, calme à l'intérieur du Salon d'honneur où on aperçoit l'Archevêque Théodore Adrien Sarr en compagnie du Nonce Apostolique Jean-Paul Goebel, des autorités religieuses musulmanes et gouvernementales. Les minutes passent, la prière se fait plus intense.15 heures tapantes, le chant des chorales Notre Dame des Anges et Saint - Christophe déchire le ciel. L'Archevêque de Dakar et sa suite sortent du salon d'honneur. Ils précèdent le cercueil porté par six prêtres, et posé quelques instants après devant la foule. Autour de la dépouille, on entame le " Notre Père " et le " Je vous Salue Marie ", prières d'intercession adressées à la Vierge Marie. Sur le cercueil recouvert d'un voile mortuaire mauve, une couronne de fleurs à dominante jaune est délicatement posée. Une couronne. Une seule. Simplement. Comme pour traduire la simplicité dont à fait montre le Cardinal Hyacinthe Thiandoum toute sa vie durant. C'est l'abbé Adolphe Faye de la cathédrale de Dakar qui le disait un jour, au détour d'une conversation : "Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum n'aimait pas les choses compliquées. "Il est 15 heures 15 minutes lorsque l'Archevêque Théodore Adrien Sarr s'adresse à la foule, la voix cassée, il confie : "Alors que j'étais encore à Rome, j'ai lu à travers la presse tout le bien que les Sénégalais, de toutes confessions religieuses, de toutes catégories et de tous rangs, ont rendu à notre cher Cardinal. C'est cela le Sénégal. Et je vous invite tous à plus de mobilisation pour lui offrir (Ndlr : le Cardinal Thiandoum) les plus belles funérailles que nous lui devons." Et l'Archevêque de conclure : "Sénégalais, Sénégalaises, faisons de ce jour celui de la gratitude envers Dieu le Tout Puissant, comme nous l'avons toujours fait." Puis le silence de Monseigneur est aussitôt suivi de la lecture, par le père Jean-Claude Angula, du livre de l'Apocalypse de Saint Jean. Un livre qu'on a l'habitude de lire lors des décès et dont le sens est chevillé autour des termes et expressions " espérance ", " victoire du Christ ". 15 heures 30 minutes, c'est la fin de l'accueil de la dépouille. Le cercueil prend la direction des badamiers la résidence dakaroise du cardinal Thiandoum située au quartier Fann-résidence. La foule suit. Dans le calme et la prière. 18 heures 25. Le cercueil arrive à la Cathédrale Notre Dame des Victoires après qu'il a quitté les Badamiers où a eu lieu une cérémonie de recueillement et de présentations des condoléances des autorités religieuses et politiques aux membres de la famille du défunt cardinal. (Lire article de Ibrahima L. Faye). Sur le hall de la cathédrale c'est Monseigneur Jacques Sarr, évêque de Thiès, qui accueille la dépouille. En ces termes, il s'adresse ainsi aux fidèles : "Ici prend fin le séjour sur terre de Hyacinthe cardinal Thiandoum. C'est ici qu'il va se reposer de tout son labeur. Recueillons-nous pour demander au Seigneur de l'accueillir dans son Paradis." Et Monseigneur Jacques Sarr de rappeler aux fidèles que "la mort n'est pas la fin de tout, mais la porte de la vie éternelle." Il bénit le cercueil et l'on fait entrer la dépouille à l'intérieur de l'église. Demain, jeudi 27 mai, aura lieu la messe que va présider le cardinal Bernardin Gantin, doyen du Collège des Cardinaux. Dans la cathédrale Notre Dame des Victoires où, à partir de septembre 1960, il posa pied, le cardinal Hyacinthe Thiandoum sera inhumé. Félix NZALE
APS – Le président de la République, maître Abdoulaye Wade s'est rendu hier, mardi, à 16 heures 30, à la villa des Badamiers qui était le domicile du défunt Cardinal Thiandoum pour présenter ses condoléances à la famille du disparu , à l'Eglise sénégalaise et au représentant du Pape Jean Paul II. Ce geste fait partie d'un ensemble d'actions que le chef de l'Etat a décidé de faire pour " soutenir la communauté chrétienne " du Sénégal dans l'organisation de obsèques du Cardinal Hyacinthe Thiandoum prévues jeudi à la Cathédrale Notre Dame des Victoires de Dakar. Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar entre 1962 et 2000 est décédé le 18 mai dernier dans une clinique d'Aix-en-Provence (sud de la France). Le président Wade a offert 10 millions de francs CFA aux populations de Poponguine, village natal de l'ancien archevêque de Dakar " pour la préparation des obsèques ", a précise une source. Une autre somme de 5 millions de francs a été dégagée pour les dépenses mortuaires. Par ailleurs, le président de la République a débloqué 10 millions de francs CFA " pour les jeunes marcheurs qui se rendront au pèlerinage marial de Poponguine prévu lundi prochain ". En plus, une enveloppe d'environ 150 millions de francs a été dégagée "pour goudronner tous les axes menant à la Maison du Pèlerinage, l'Eglise, le sanctuaire et l'entrée du campement ".
Par Chérif Elvalide SEYE Absent du pays, je ne suis hélas pas de la procession qui te conduit aujourd'hui à ta dernière demeure. En guise d'hommage et de condoléances, ces quelques lignes de la biographie que tu m'as fait l'honneur de me confier. Un extrait de l'avant-propos que j'avais tenu à te soumettre parce que j'y citais un auteur qui n'est pas des plus catholiques mais qui n'illustrait pas moins pour moi, les propos que nous avions échangés sur le silence. Et puis parce qu'il vous permettait de voir comment j'entendais présenter les nombreux entretiens que nous avons eus plus d'un an durant. Heureusement tu as dit l'essentiel, me pressais-tu devant mon insistance à découvrir toujours un peu plus d'une vie pleine et entière. " Chérif, tu ne pourras pas tout écrire sur moi. Tu ne finiras jamais ainsi. " Oui, je vais devoir me contenter de ce que tu m'as déjà livré et qui ne laisse rien dans l'ombre. Promis, les Sénégalais et les chrétiens du monde liront bientôt ton message. Le second passage est l'extrait d'un de ces entretiens, où avec beaucoup d'embarras, j'avais enfin abordé la question difficile toujours, de la mort. " Le premier archevêque du Sénégal a pris sa retraite. Depuis, c'est le silence du côté des Badamiers, sa résidence de toujours, sur la Corniche Ouest de Dakar, face à l'Atlantique. " Tandis que toutes choses gardaient un profond silence, et que la nuit atteignait, dans sa course, le milieu de sa route, ta Parole toute-puissante, Seigneur, s'élança de son trône royal ". " Dum medium silentium tenerent omnia... ". . Moins spirituellement, Nietzsche disait " Les plus grands événements - ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais nos heures les plus silencieuses. Ce n'est pas autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde : il gravite inaudible ment ". Silence pesant de la part de celui dont la voix avait tonné si fortement déjà en 1962. Le Sénégal musulman à plus de 90%, est alors dirigé par un chrétien, Léopold Sédar Senghor. Quand les vicissitudes de la politique opposent Léopold Senghor à son ami et président du conseil de gouvernement Mamadou Dia, et que se comptent dans la déchirure les amis de l'un et de l'autre, l'intervention du chef de l'Eglise pour le musulman, contre le chrétien, devient une page de notre histoire, une page d'honneur. Thiandoum témoignera pour Mamadou Dia, non sans avoir franchi le Rubicon, en demandant et obtenant de Senghor, de pouvoir lui rendre visite, au Petit Palais où il était détenu. C'est de ce jour, sans doute, que l'Eglise au Sénégal, a acquis une influence, un poids moral sans comparaison avec son poids démographique. Cette communauté a été la première à conduire les destinées du Sénégal indépendant. Cette Eglise, la première d'Afrique, petite par le nombre, a aussi accueilli le Pape Jean Paul II. Cette Eglise dont le premier chef a un frère musulman, est bien singulière, bien exemplaire. Son histoire est d'abord celle d'un homme, Hyacinthe Thiandoum. Il s'est senti en devoir de témoigner, de prendre date, avec son pays et sa religion. Et pour l'y aider un peu, un choix symbolique : un journaliste sénégalais et musulman. Ce livre est donc une biographie. Celle de Mgr Thiandoum, mais il est aussi, nécessairement, l'histoire du christianisme au Sénégal car suivre le sillon de Thiandoum, c'est explorer le champ de l'Eglise du Sénégal. Extrait de l'entretien du jeudi 13 novembre 2003 Mgr THIANDOUM : " J'AI VECU EN FAISANT MON TRAVAIL LE MIEUX POSSIBLE ET SELON LA VOLONTE DE DIEU ". Chérif Elvalide SEYE : (…) Vous avez dit : je prépare le grand voyage. Y pensez-vous souvent ? Mgr THIANDOUM : J'y pense de temps en temps parce que j'ai 80 ans. Ce n'est pas une obsession pour moi mais comme évêque, on ne peut pas ne pas penser au grand passage. Je suis obligé d'y penser de temps à autre parce qu'avec l'âge et je ne suis pas en bonne santé. Je sens mes forces diminuer mais j'ai pris comme décision de ne pas en faire une obsession parce que j'ai vécu d'une façon normale en faisant mon travail le mieux possible et selon la volonté de Dieu. Le grand passage, c'est Dieu qui décide, qui dit quand est-ce qu'on y va. Et ce n'est pas sain d'en faire une obsession de passer tout son temps à cela comme si on n'avait pas d'espérance, comme si on n'avait pas bien travaillé pour cela. C.E.S. : Et comment peut-on s'y préparer ? Mgr THIANDOUM : pour préparer le grand passage, il y a en qui pensent qu'il faut stopper toute activité et centrer sa pensée sur le grand passage. Non, non, parce que l'écriture sainte a dit quelque part, parlant de Dieu et nous " pour ceux qui aiment Dieu, tous les jours sont des grands passages " ou bien si on préfère, ceux qui aiment Dieu ne sont pas surpris par la mort parce qu'ils vivent dans cette optique d'obéissance à Dieu. Je préfère cette option là. Ceux qui vivent en amitié avec Dieu sont prêts en permanence. Ce qui leur donne la paix, la sérénité. Ils ne font pas du grand passage une obsession. C.E.S. : Parlant de vous-même, vous dites, " j'ai fait le point, j'ai vécu une vie normale ". Vous arrive-t-il d'essayer de faire un bilan, de dire finalement, cette vie là méritait d'être vécue telle que je l'ai vécue ou bien avez-vous quelques regrets ? Mgr THIANDOUM : Mon regret et qui sera le regret du grand jour du grand départ, c'est de n'avoir pas pu faire tout ce que j'ai voulu faire (rires). Et quand je pense, quand je jette un coup d'œil sur le passé, je me dis tiens, il y a ceci que tu aurais pu faire… On souffre pour le programme qu'on avait au début et on souffre devant le programme qu'on n'a pas pu faire dans la vie humaine. Les événements nous changent, les événements changent le monde. Mais il faut marcher. La vie, ce n'est pas une marche en arrière, c'est une marche en avant. C.E.S. : Ya-t-il plus particulièrement des choses que vous regrettez de n'avoir pu faire ? Mgr THIANDOUM : Oui je crois. Sur le plan apostolique, j'aurais voulu avoir vivifié davantage les secteurs pastoraux du diocèse et les populations rurales. Bien que j'ai toujours dans mon apostolat privilégié le secteur rural d'abord parce que moi je suis de ce secteur et puis les besoins y sont plus pressants. Le secteur rural a besoin d'être vu, d'être consolé, d'être soutenu. J'aurais voulu cela. Mais je me suis trouvé, il faut que je vous le dise, je me suis trouvé dans un dilemme. Au moment où j'ai pensé me consacrer davantage au secteur rural pour les voir tout le temps, c'est le moment où j'étais happé par mon travail à l'extérieur, c'est à dire en dehors du diocèse parce qu'il y a beaucoup de questions portant sur le continent et portant sur l'Eglise universelle. Je n'ai donc pas fait le choix de m'investir dans les tâches de l'Eglise universelle. On m'a imposé le choix de l'église universelle. Et on ne peut pas faire les deux en même temps. Et c'est cela qui a démoli mon état de santé parce que je me suis arrêté trop tard. Il fallait prendre le repos avant mais je ne pouvais pas parce que cela ne dépendait pas de moi. Cela a été un drame pour moi. Je faisais face à deux tâches, une tache universelle et une tache particulière, locale. Oui j'aurais voulu faire plus pour le secteur rural.
Un homme qui fait l'unanimité " Il a beaucoup travaillé pour le rapprochement entre les musulmans et les chrétiens, c'est un homme de Dieu généreux, ouvert et de dialogue ". Tel un leitmotiv, ces mots ont été prononcés à plusieurs reprises par des parents, amis ou simples fidèles qui sont venus nombreux avant-hier, mardi 25 mai, assister à l'arrivée de la dépouille mortelle de Mgr Hyacinthe Cardinal Thiandoum, de France où il a rendu l'âme, le 18 mai dernier dans une clinique d'Aix-en-Provence au sud. ABDOUL AZIZ SY JUNIOR : " Il fut un homme ouvert et généreux " Je suis venu représenter le Khalif général des Tidianes, Serigne Mansour Sy et toute notre communauté. Mgr Hyacinthe Cardinal Thiandoum était un homme généreux, qui avait de bonnes relations avec tout le monde. Malgré son appartenance à la religion catholique, il avait de bons rapports avec les autres hommes religieux, il les respectait beaucoup. Il fut un homme large, ce qui fait qu'il aimait par tout le monde et c'est ainsi que le jour où il a été rappelé à Dieu, toutes les franges de la société ont fait le déplacement pour s'incliner devant lui et faire des prières pour que Dieu l'accueille dans on paradis. ABBE JACQUES SECK : " Obligation de préserver les bonnes relations entre Chrétiens et Musulmans " Cardinal était un homme d'ouverture, de foi, de prières, de dialogue. A nous responsables derrière lui, il nous laisse de redoutables héritages à préserver. Il faut tout faire pour qu'à partir de ce que nous disons, ce nous vivons nous sénégalais que le pays puisse gagner en amitié, en confraternité, en convivialité. Avec le Cardinal, tout le monde sait qu'il a pu éviter le catastrophe en se déplaçant vers les khalifes généraux entre autres. Alors, il nous revient donc de cultiver avec ces guides religieux ces mêmes relations. Nous avons l'obligation d'entretenir la flamme en maintenant le contact, en s'appelant mutuellement. Si chaque sensibilité maîtrise bien les vertus de sa religion, cela ne fera que solidifier, fortifier l'entente, la solidarité. C'est donc là le défi à relever qui est possible. Nous devons faire en sorte que l'amour qui est le maître mot de toute vie humaine, s'intensifie, que le respect et l'entente s'intensifient afin que les sénégalais se sentent heureux devant tout. GRANG SERIGNE DE DAKAR, BASSIROU DIAGNE COUMBA AÏTA " Un homme qui rapprochait les différentes confessions religieuses " Le Sénégal a perdu un grand homme, un être généreux, un homme religieux qui a consacré toute sa vie au rapprochement, à la communion entre les musulmans et les chrétiens. Dieu l'a beaucoup aidé dans sa démarche pour l'entente de ces deux sensibilités religieuses du Sénégal, ce qui lui a valu son amitié avec feu El Hadji Abdou Aziz Sy, avec Serigne Ibra Niasse, avec également Seydou Nourou Tall. Il n'a dédié sa vie qu'à de bonnes œuvres. Nous le pleurons et regrettons énormément son départ. Mais, c'est Dieu le tout puissant qui l'a voulu ainsi ABBE THEODORE NDIAYE " C'était un père pour tous les sénégalais " La présence chrétienne est très attristée par la disparition de Mgr Hyacinthe Cardinal Thiandoum. La communauté catholique mais aussi nationale est très endeuillée. On l'a dit pendant toute cette semaine, le Cardinal n'était pas simplement un père pour les catholiques, il était un père pour tous les sénégalais. Il est intervenu à des moments difficiles de l'histoire de ce pays. Il est présenté comme étant un médiateur. Connaissant sa dévotion et sa piété à Marie, il n'a cesse de prier la vierge Marie pour que le Sénégal vive cette entente. Vous savez, il a dédié la vierge Marie au Sénégal, notre pays peut implorer la vierge Marie à Popenguine pour obtenir ce qu'il veut avoir dans la paix. ABDOULAYE WADE CHEF DE L'ETAT DU SENEGAL " Nous avons toujours maintenu de bonnes relations " Je suis venu ici comme de nombreux sénégalais pour m'incliner devant la dépouille de Mgr Hyacinthe Cardinal Thiandoum. Un fils du Sénégal, un des fils les plus connus, les plus valeureux que le destin a arraché à notre affection. Je viens m'incliner devant sa dépouille au nom de ma famille et au nom de la République. Mon témoignage n'aura pas de valeurs que quand il sera une expérience personnelle. J'ai connu Mgr Thiandoum, il y a une trentaine d'années, au moment où j'étais dans l'opposition. Nous avons toujours maintenu les mêmes relations. Chaque fois que je le rencontrais dans une manifestation publique, il y a certainement ici des témoins, dès qu'il m'aperçoit, il venait ostensiblement vers moi devant tout le monde pour qu'il sache que pour lui, je n'étais pas l'opposant pestiféré qu'il fallait fuir. Cet homme était au-dessus des considérations partisanes. Je dois ajouter que cette amitié qui nous lie avait commencé depuis très longtemps. Je rappelle à mes frères et sœurs du Pds que si je suis connu en Afrique c'est grâce à l'église catholique qui a publié mon premier article retentissant dans " Afrique nouvelle " en 1958. Ce journal était diffusait de Dakar à Madagascar. C'est ce journal qui nous a soutenu pour notre indépendance avec les Daniel Cabou, les Christian Valentin, Joseph Ki Zerbo. À l'époque très peu de gens osaient prononcer le mot " Indépendance ". C'est parce que nous nous exprimions dans un journal que le pouvoir temporel ne pouvait pas saisir et nous avons bénéficié de cette opportunité. Je voudrais adresser mes condoléances à tous ces parents, à sa sainteté le Pape, à vous même et à toute l'église du Sénégal, nous prions chacun auprès de son Dieu pour que ce Dieu unique nous reçoive dans son paradis. GOUVERNEUR SALIOU SAMBOU Un homme qui a toujours joué un rôle de sapeurs pompiers au Sénégal Nous avons perdu aujourd'hui un grand homme. Les sénégalais, toute religion confondue reconnaissent cet homme pour sa valeur intrinsèque et les efforts qu'il a toujours fait. Voilà deux hommes, en l'occurrence Serigne Abdou Aziz Sy et Mgr Hyacinthe Cardinal Thiandoum qui ont toujours été à nos côtés et chaque fois que le Sénégal était en danger, ils intervenaient d'une seule voix pour nous rappeler que le tout puissant est le maître de tout, que notre passage ici est éphémère. Mais que nous comptons en fait sur la miséricorde divine. MOUSTAPHA NIASSE SECRETAIRE GENERAL AFP " J'ai perdu un ami, un confident " J'ai perdu un ami, un confident, Il m'a dit dans cette petite salle qui a été transformée en salon et en bureau que je suis la première personne au monde à m'être assise avec lui là, et ça c'est historique. Nous avons perdu un homme de Dieu, un homme de paix et de dialogue. Propos recueillis par Ibrahima Lissa FAYE
DISPARITION DE SON EMINENCE HYACINTHE CARDINAL THIANDOUM Des enjeux d'une presse libre et indépendante du pouvoir politique et du pouvoir spirituel Par Jeanne LOPIS-SYLLA* Il est des moments exceptionnels dans l'évolution de notre pays où il est bon, sans nul doute, d'être Sénégalais. Les jours que nous vivons depuis ce soir du 18 mai 2004, à l'annonce de la disparition du Cardinal Hyacinthe THIANDOUM sont de ceux-là et demeureront dans la conscience collective et individuelle. Dès lors, les témoignages se multiplient et illustrent l'attachement des uns et des autres aux valeurs que le Cardinal a incarnées durant des décennies. Il a tout fait pour partager ses convictions intimes et son sens élevé de l'unité nationale avec son entourage et avec tous ceux qui ont bien voulu l'écouter à un moment donné de l'histoire de notre pays. Beaucoup d'autres en parleront encore et à juste titre, car cet événement a atteint au cœur les Sénégalaises et les Sénégalais dans leur diversité. Les réactions et les déclarations sont à la dimension du personnage qu'il fut chez nous, en Afrique et à travers le monde. Les réactions des hommes politiques portant témoignage, annulant ou interrompant, comme Moustapha NIASSE, leurs tournées, les réactions de certaines figures de la société civile, celles d'artistes comme Youssou NDOUR ou Fallou DIENG annulant leurs programmes, celles des simples citoyens ou des religieux et dignitaires membres d'une autre confession cristallisent l'envergure de cet homme de Dieu qui a su nouer des relations au-delà de sa religion et au-delà de l'Eglise. Le Cardinal THIANDOUM appartenait à tout le Sénégal uni par des valeurs fortes cultivées par la République laïque et démocratique. Tout le monde peut et devrait même parler de cet homme d'exception à plus d'un titre. Je ne mentionnerai, pour ma part, que son homélie lors d'une messe célébrée un 1er mai en l'Eglise St Joseph de Médina. C'était avant l'alternance. Saint Joseph " le travailleur ", en plus du 19 mars, est aussi célébré le 1er mai. Et Mgr THIANDOUM a beaucoup magnifié ce jour-là l'engagement des citoyens à travers les syndicats, à travers la politique, dans tout ce qui touche à la vie de la cité. A l'analyse, c'est là qu'a dû germer l'idée de mon propre engagement politique, par-delà la lecture des encycliques et des lettres épiscopales et mon cheminement personnel. Assurément, cet homme de Dieu a su mesurer, sa vie durant, et compris la place du citoyen dans la démocratie, la nécessité d'œuvrer au renforcement des libertés d'expression et d'opinion, un visionnaire, un catalyseur pour des libertés démocratiques dont, évidemment, la liberté d'expression et d'opinion ; celle-là même qu'il illustra personnellement dans cet entretien fameux qu'il avait accordé à Jeune Afrique et qui est resté gravé dans nos mémoires. La presse nationale, quotidienne, hebdomadaire et les radios ont participé activement à rendre compte de cette disparition et des sentiments exprimés par des franges significatives de notre société. Tous unanimes à porter témoignage sur le religieux, profondément engagé dans les questions touchant au devenir de la nation sénégalaise. Il aura été un visionnaire par son engagement inébranlable à préserver l'unité de toute la nation et le respect des différences religieuses. De ce point de vue, ce moment que nous vivons est celui de rendre aussi hommage à la presse de notre pays dont on ne soulignera jamais assez les responsabilités dans la préservation de notre unité nationale et l'indépendance vis-à-vis des pouvoirs politique et spirituel. La mort du Cardinal THIANDOUM aura été un moment saisi par toute la presse pour aider à mieux faire comprendre le sens de la vie de cet homme de Dieu, son apport dans l'unité du pays et les batailles qu'il a menées ici et là pour l'être humain et la justice sociale. C'est là une fierté partagée que les journalistes doivent cultiver tous les jours que Dieu fait. La paix sociale, les grands équilibres de notre société et l'expression de toutes les croyances sont au prix de l'effort que la presse nationale fournira en tant que première sentinelle de la démocratie et faisant droit à l'information des citoyens. Il faut, à mon sens, remercier la presse dans son ensemble pour l'information juste et objective qu'elle nous porte, souligner sa contribution à l'éducation des populations au respect de la différence religieuse, culturelle, dans l'esprit du partage et de l'unité, qui sont le ciment de notre nation. Reconnaissante à toute la presse de notre pays, je suis heureuse de saluer son professionnalisme Je voudrais, cependant, que l'on me permette de terminer par une mention spéciale à SUD-FM pour avoir mis en quelque sorte " les drapeaux en berne " en diffusant, tout au long de la journée du 19 mai, du chant grégorien ou de la musique propice au recueillement ; les seules périodes d'interruption étaient consacrées aux informations. Vivement des télévisions libres et indépendantes ! Et que Dieu garde le Sénégal ! *Chercheur à l'IFAN-Ch. A. DIOP
DECES DU CARDINAL THIANDOUM UNE VOIX DE L'AFRIQUE S'EN EST ALLEE… Par Antoine Ngor FAYE Qu'il nous manquera désormais la belle voix, toute communicative, chaleureuse et pleine de punch du Cardinal Thiandoum ! Car qui pouvait résister à l'écoute de ses messages aussi bien soignés dans le fonds que dans la forme, et qui rapprochaient sur bien des aspects ce pasteur de l'Eglise universelle d'un autre homme de Dieu, l'Imam de la Grande Mosquée de Dakar, Maodo SYLLA, lui aussi rappelé auprès du Seigneur ! Mais par delà les hommages unanimes rendus au Cardinal Thiandoum depuis sa mort, hommages reflétant l'œuvre multidimensionnelle du Prélat, bien des raisons d'espérer et d'être fier de ce digne fils du Sénégal doivent habiter chacun de nous ! Hyacinthe Cardinal Thiandoum fait partie de ces personnalités religieuses qui ont marqué de manière indélébile, à la fois l'Histoire du Sénégal mais aussi l'évolution de l'Eglise Catholique, depuis notamment le Concile Vatican II dans les années 60. Cette autre facette de la riche personnalité du Pasteur, ne devrait pas être occultée par l'image de l'apôtre du dialogue islamo-chrétien et de chantre de la convivialité et du commerce solidaire entre citoyens d'un même pays, unis et riches de leur diversité. Car au " banquet de l'universel ", expression chère à un autre illustre Sénégalais dont il partageait la même foi – Léopold Sédar SENGHOR –, que le Cardinal Thiandoum aura fait briller l'étoile du Sénégal au firmament dans les multiples fora où sa belle voix, son pragmatisme, et son obsession à vouloir rapprocher les hommes, auront marqué le Collège. des guides de l'Eglise à Rome ou dans d'autres endroits de la planète. Ce globe-trotter de l'Amour du prochain, en véritable ambassadeur de son pays et de son continent aura par conséquent séduit, convaincu et semé l'unanimité dans toutes les instances décisionnelles, où venant de tous les continents, les Pasteurs de l'Eglise Universelle débattaient du Message de Jésus Christ et de l'avenir d'un monde plus juste et plus solidaire. Membre de la gouvernance de l'Eglise Catholique, pour un fils d'un pays où ni le poids démographique, encore moins le nombre de sa population chrétienne ne militaient pas forcément en faveur des charges mondiales qui lui étaient confiées, Hyacinthe Cardinal Thiandoum a incontestablement fait bénéficier au Sénégal sur la scène internationale du rayonnement et de la place fort enviée dont il continue de tirer profit, de son aura. Car cette voix de l'Afrique, était fort bien écoutée au sein du Synode Episcopal mondial, des sessions conciliaires de Vatican II, à côté d'autres prestigieux fils du continent comme Mgr Zoungrana, Cardinal Bernardin Gantin, qui malgré l'âge, a tenu par sa présence aux obsèques à magnifier toute l'estime de l'ami, le Pape Jean Paul II à l'égard du Cardinal Thiandoum. Ce geste pour celui qui ne considérait pas le Cardinalat " comme un honneur " mais " une invitation puissante au travail ", à l'occasion de la remise de la barrette et de l'anneau cardinalices par le Pape Paul VI, en mai 1976, est aussi une preuve agissante de la solidarité du Vatican à l'égard de l'église particulière du Sénégal. Mais continuer à magnifier l'œuvre gigantesque de ce Semeur de la bonne graine de l'Amour dans un continent déchiré par les guerres et les violences gratuites, c'est pour l'Eglise du Sénégal poursuivre l'incarnation du Message de Jésus Christ par des exemples de vie se traduisant au quotidien dans l'amélioration des conditions socio-économiques de vie des populations, mais aussi un engagement à mettre le Sénégal au service de tous les fils du continent ayant besoin de son recours dans telle ou telle circonstance. La bonne graine semée donc par ce précurseur qui aura largement contribué à porter notre jeune Etat sur les fonts baptismaux, doit continuer à germer pour le bien de ce pays et de tout le continent. Ce communicateur hors pair, dont l'éloquence n'avait d'égale que la profondeur de la pensée toujours inspirée de l'Evangile et de la Vierge Marie, doit continuer à inspirer tous ceux qui aspirent à porter haut le flambeau du Sénégal, dans leur engagement professionnel respectif. Vade in pace, Cardinal Thiandoum, et là haut, dans la Félicité continue de confier à la Vierge-Marie ce pays que tu as tant aimé et servi . antoinefaye@hotmail.com
Article publié dans l'édition du Vendredi 28 mai 2004 La messe a été dite hier matin à la cathédrale de Dakar, au bout d'une cérémonie empreinte d'émotion et de souvenirs. Le rituel liturgique spécial s'est achevé par le dernier adieu et l'ensevelissement de la dépouille mortelle du Cardinal Hyacinthe Thiandoum dans cette cathédrale de Dakar dont il fut l'archevêque pendant 38 années de sa vie. Les projecteurs illuminaient le chœur de la cathédrale enveloppé par les chants grégoriens. Toutes les places étaient occupées et les invités à qui des sièges étaient réservés ont rapidement rejoint leurs places. Dans les allées latérales, la nef et au balcon, l'atmosphère est devenue subitement très poignante après l'entrée des célébrants et le déplacement du cercueil de l'allée centrale où il était depuis mardi soir, vers le chœur, entouré par le collège des évêques. Requiem éternel, la musique des cors d'harmonie monte alors que six prêtres portent le cercueil sur le piédestal qu'il va occuper tout au long de la cérémonie et jusqu'au moment où il est transporté derrière l'autel pour être déposé dans le caveau préparé pour l'inhumation. L'âme de ce bon Pasteur de Dakar, dont parlait le Cardinal Bernardin Gantin dans son homélie, s'en est allé vers les lieux célestes et au bout de ces 83 années bien remplies. Tout le monde lui a souhaité un repos mérité au paradis de Dieu. Les témoignages n'ont pas tari d'éloges et de reconnaissance pour tout ce que cet homme a fait au nom de sa foi chrétienne et pour l'amour de Dieu. Le Cardinal Hyacinthe Thiandoum était sans aucun doute un homme aimé pour les actions généreuses qu'il a eu a faire au cours de sa vie pleine et fructueuse, comme disciple de la foi catholique, pasteur de l'Eglise du Sénégal et d'Afrique, et Cardinal, parmi les conseillers de Sa Sainteté le pape Jean Paul II. Dans un message du Pape, lu par le Nonce apostolique, il est précisément évoqué «la voix éclairée de l'Afrique» que Mgr Thiandoum a été auprès du souverain pontife. Dans une « profonde communion spirituelle » au deuil de la Nation, le Pape a rendu hommage à «ce noble fils de la Nation sénégalaise qui s'est dépensé généreusement pour ses frères en servant le Christ et l'Eglise... » Le cardinal Gantin a ému plus d'un fidèle et des cris hystériques de douleur ont fusé de la foule, au-dehors, lorsque la voix trop émue et pathétique du Doyen émérite du collège des cardinaux, compagnons de longue date de feu le cardinal Thiandoum, évoquait ce « frère et ami très cher ». Il a exprimé la gratitude du Sénégal et de l'Afrique pour la sollicitude du Pape qui a manifesté sa proximité spirituelle et sa prière en cette douloureuse occasion. Gantin a évoqué le défunt à travers son esprit de fraternité, d'humilité et d'écoute, son ouverture et son ardeur à consolider les relations fraternelles et solidaires dans une terre d'Islam. A ce sujet, le Cardinal Gantin a invité l'assemblée et les chef religieux de différentes confessions présents dans cette cathédrale à cultiver les germes de paix qui résident dans l'Afrique et que la fraternité puisse rapprocher ses fils, comme les membres d'une grande famille . La fidélité à Dieu et à l'Eglise de Thiandoum, surtout cette « fidélité viscérale à l'Afrique », ce continent que le Pape Paul VI appelait « la nouvelle patrie du Christ », a été évoquée. L'action efficiente du cardinal Thiandoum à la présidence des instances épiscopales africaines (CERAO, SCEAM) et au synode africain où il déploya son énergie pour faire , selon les mots de Jean Paul II, que l'Afrique poursuive sa « mission évangélisatrice pour faire de tous les peuples de ce continent des disciples du Seigneur en leur apprenant tout ce qu'il a prescrit ». Dans le chœur de l'église ont pris place un peu plus d'une vingtaine d'évêques. Le Cardinal Bernardin Gantin, Doyen émérite du Collège des cardinaux et Délégué du Pape aux obsèques a présidé cette messe, auprès du Nonce Apostolique Guisseppe Pinto, de l'Archevêque de Dakar Mgr Théodore Adrien Sarr et une vingtaine d'évêques de la Conférence épiscopale du Sénégal, de Mauritanie , du Cap Vert et de la Guinée Bissau qui ont accueilli leurs confrères des conférences épiscopales de la Côte d'Ivoire, de la Guinée Conakry, du Mali, du Togo, de la Gambie et de Sierra Leone. Mme Viviane Wade, épouse du président de la République a conduit une délégation représentant le Chef de l'Etat et comprenant plusieurs membres du gouvernement dont Sadibou Fall, ministre de l'Intérieur. Solennelle et pathétique, l'adieu de toute une nation pour l'un de ses plus dignes fils fut un adieu dans la dignité, quoique les cœurs fussent intérieurement déchirés par cette séparation. L'attitude générale de compassion pour cette douloureuse perte est sans doute à la dimension de la grande affection et de l'estime que le défunt Cardinal Hyacinthe Thiandoum a suscité au Sénégal, en Afrique et dans le monde, autour de sa personnalité exceptionnelle. Jean PIRES
Article publié dans l'édition du Mercredi 26 mai 2004 Après l'arrivée de la dépouille mortelle du cardinal Hyacinthe Thiandoum, une messe a été célébrée à la Cathédrale de Dakar pour le repos de son âme. Tristesse, espérance et gratitude. Tels ont été les maîtres mots qui ont transparu dans l'homélie de monseigneur Théodore Adrien Sarr au cours de la messe dédiée au cardinal Hyacinthe Thiandoum, quelques heures après l'arrivée de sa dépouille mortelle. Dans une Cathédrale éclairée par une lumière diffuse, signe du deuil, l'archevêque de Dakar a justifié la tristesse qui animait l'assemblée par le fait “ que nous ne verrons plus ce visage toujours souriant qui invitait à la communication, encore moins cette silhouette si frêle mais si attachante ”. La perte du cardinal Thiandoum est d'autant plus douloureuse qu'il aura marqué l'Eglise catholique sénégalaise. Il a été un guide ferme et éclairé, avec le sens de la paternité en bandoulière, un serviteur inlassable des hommes et de Jésus-Christ, un chantre incontestable du dialogue islamo-chrétien, etc. L'archevêque de Dakar n'a pas d'ailleurs manqué de louer toutes les qualités sacerdotales du cardinal émérite “ un homme de foi, qui a donné sa vie et sa personne au seigneur Jésus-Christ ”. Le don de sa vie, dira-t-il, s'est traduit par son ordination sacerdotale. “ Le cardinal Thiandoum s'est prosterné devant l'autel. Il nous est apparu comme un homme qui s'est entièrement donné au bon pasteur. Par son sacerdoce, il a permis à Jésus de continuer à servir Dieu son père ”. Et l'archevêque de poursuivre : “ Rendons grâce à Dieu pour tant de merveilles dans une vie humaine. Le cardinal Thiandoum a accueilli et fait valoir tous les talents que Dieu lui a confiés. Disons-lui merci pour tout ce qu'il a fait pour nous ”. Espérance Mgr Théodore Adrien Sarr a justifié l'espérance en ces moments poignants en se fondant dans la foi chrétienne, en ce qu'elle rassure dans la vie de l'au-delà. Et la mort du cardinal Thiandoum, intervenue deux jours seulement avant la fête de l'ascension, est un événement heureux qui autorise à croire que le fils de Dieu a emporté notre regretté cardinal dans sa montée miraculeuse au ciel. “ Laissons cette espérance grandir dans nos cœurs et nos esprits ” a laissé entendre le successeur de l'enfant de Popenguine. “ Nous sommes habités par la foi et l'espérance, mais nous sommes également habités par la gratitude. Depuis l'annonce de son décès, les témoignages n'ont cessé d'être proclamé de tout bord. Des témoignages dans le sens positif, puisque chantant les éloges de la vie et de l'action de l'illustre disparu ”. L'archevêque de Dakar dira ensuite que la grandeur d'un homme n'apparaît dans toute sa grandeur qu'après sa mort. Animé par une gratitude sans borne, il a remercié les auteurs de tous ces témoignages francs et sincères proclamés à l'égard de son prédécesseur. Il n'a pas non plus omis de formuler des remerciements envers toutes les bonnes volontés qui n'ont ménagé aucun effort pour offrir au cardinal Hyacinthe Thiandoum des obsèques dignes de sa personne. Ainsi, il citera deux de ses collaborateurs, l'abbé Adolphe Faye qui a su prendre le relais en son absence pour la formation de commissions devant organiser la cérémonie des obsèques, et l'abbé Léon Diouf qui a su diligenter les choses en France pour le rapatriement de la dépouille mortelle du regretté cardinal. Théodore Adrien Sarr a également marqué toute sa gratitude à l'égard du Saint père, le pape Jean Paul II qui a envoyé un télégramme de condoléances mais aussi et surtout délégué le cardinal Bernardin Gantin pour qu'il le représente aux funérailles de son ami Hyacinthe Thiandoum. Avant son inhumation demain jeudi à la Cathédrale, une messe sera célébrée aujourd'hui toutes les heures pour que Dieu lave le défunt de toutes ses défaillances sur terre et l'inonde de toutes ses grâces pour qu'il repose en paix. JOSEPH BIRAME SENE
Article publié dans l'édition du Jeudi 27mai 2004 L'émotion et le recueillement. Deux sentiments qui ont animé la foule venue rendre un dernier hommage au Cardinal Thiamdoum. Ils sont nombreux en effet dans leur différence, les Sénégalais qui ont fait le déplacement hier à la Cathédrale pour saluer la mémoire de l'illustre disparu. Anonymes, artistes, hommes d'affaires, diplomates et autres se sont retrouvés comme un seul homme pour rendre hommage au Cardinal Thiamdoum. Devant la grande bâtisse de la Cathédrale raide et silencieuse, flottent deux drapeaux : celui du Sénégal et celui du Vatican, balancés par un vent chaud et sec. Sur la marche des escaliers de ce haut lieu de culte de la chrétienneté des enceintes acoustiques, comme des caisses de résonances, donnent de larges échos de la prière qui se déroule à l'intérieur de la Cathédrale. La foule ne cesse de grossir au fur et à mesure que les rayons du soleil deviennent moins scintillants. Une longue file indienne s'allonge à perte de vue. Jeunes, femmes et hommes sont alignés dans un ordre impeccable. Les yeux de certains sont embués de larmes, la tristesse se lit sur les visages qui affichent malgré tout, la dignité. Dans la foule silencieuse de fidèles qui défilent depuis les premières heures de la matinée, le recueillement semble être une règle d'or. Debout depuis des heures les personnes âgées font figure de proue par leur courage et leur ferveur. Comme c'est le cas de cette vielle dame gagnée par l'émotion et qui demande à se recueillir. Elle a du mal à se tenir correctement sur ces deux jambes, mais elle tient à faire la queue. Comme cet homme d'une quarantaine d'années qui du haut de ses 1 mètre 90 soutient que le décès du cardinal est une immense perte pour le Sénégal et surtout pour le dialogue islamo-chrétien. Un dialogue cher au défunt Cardinal et que l'un des frères Guissé tente de magnifier. Selon Cheikh Guissé, le Cardinal a toujours encouragé ce dialogue. Pour preuve, se rappelle le musicien, «lors du décès de Serigne Abdoul Aziz Sy, il était à la tête de tous les Chrétiens qui ont tenu à rendre hommage au khalife par leur mobilisation à l'époque». Mais ce que Cheikh Guissé retient le plus du Cardinal, c'est «sa disponibilité». «Nous venons de perdre un support pour l'instauration du dialogue islamo-chrétien, un homme qui a donné au Sénégal une certaine capacité de tolérance», ajoute Mallé Mbow dirigeant une délégation de membres de la Rencontre africaine des Droits de l'Homme (Raddho). A l'intérieur de la Cathédrale, c'est le paroxysme de l'émotion et du recueillement. La dépouille mortuaire installée au milieu de l'église aiguise toutes les curiosités. Alors que des prières sont formulées pour le repos de l'âme du cardinal, une femme d'un âge assez avancé a du mal à cacher sa peine. Entre deux prières, elle sèche ses larmes avant de plonger dans une profonde méditation. C'est à croire que la salle de cette énorme bâtisse de la Cathédrale risque d'être trop exiguë pour l'inhumation en ce jour, du défunt Cardinal. Cependant entre les deux bords de la cathédrale de grandes tentes sont dressées pour accueillir le flot de personnes qui va faire le déplacement sur les lieux. Hyacinthe Thiandoum n'est plus certes, mais les personnes qui ont tenu à lui rendre hommage hier veulent qu'il aille au ciel avec l'image d'un Sénégal uni dans sa différence. En tout cas les automobilistes qui empruntent le boulevard de la république n'ont pas manqué de compatir à la douleur qui frappe les Chrétiens qui en klaxonnant, qui en jetant un coup d'œil furtif dans cette foule compacte avant d'appuyer sur l'accélérateur. C'est ça aussi la vie ! Mor Talla GAYE
Publié dans l'édition du Jeudi 27 mai 2004 C'est aujourd'hui que sera inhumé le défunt cardinal Hyanchinte Thiandoum à la Cathédrale de Dakar. Les Sénégalais, dans leur diversité, ont continué à rendre un dernier hommage l'homme de Dieu, au parcours exceptionnel. Toute la journée d'hier durant, ils n'ont cessé de défiler à la Cathédrale pour se recueillir à la dépouille mortelle. Assistant aux messes dites. Nous revisitons, avec de larges témoignages, la vie et l'œuvre du « pèlerin » qui n'a cessé d'être un fervent artisan du dialogue islamo-chrétien et un témoin politique averti de la scène sénégalaise. De sa Popenguine natale à sa paisible retraite, l'homme a toujours œuvré au service de son prochain, contribuant, ainsi, à faire de ce Sénégal un havre de paix où la cohabitation heureuse entre Musulmans, Chrétiens, adeptes de la religion traditionnelle est plus qu'une réalité. Guide religieux, berger, témoin de son époque… Plusieurs qualificatifs traduisent la vécu de l'homme que nous vous proposons de revisiter dans ce spécial. Dossier réalisé par : Les ultimes hommages de la Nation La mort du Cardinal Hyacinthe Thiandoum est un coup dur qui a frappé non seulement l'Eglise, mais le peuple sénégalais dans toute sa profondeur. L'engouement, notée hier, à la Cathédrale Notre Dame des Victoires, des populations qui n'ont cessé d'envahir les lieux pour se recueillir sur sa dépouille montre combien de fois les gens sont si touchés par cette perte. On ne pouvait lire que la tristesse et la douleur sur leur visage. Pendant toute la journée des messes ont été dites uniquement par des Evêques, tout cela pour marquer la grandeur et la valeur de l'homme. Après l'aéroport Léopold Sédar Senghor et la villa des Badamiers, le peuple sénégalais continue à rendre toujours hommage, à la Cathédrale Notre Dame des Victoires de Dakar, au défunt Cardinal Hyacinthe Thiandoum où son corps est exposé depuis hier et jusqu'aujourd'hui, le jour de son enterrement. La Cathédrale a affiché, hier, le plein. Le climat n'était pas celui des temps des fêtes que connaissait d'habitude ce lieu saint où l'on prêche la bonne nouvelle. Il était même difficile, pour les fidèles d'effrayer un passage pour se recueillir sur la mémoire de cet illustre homme de l'Eglise que le Sénégal a perdu. Des milliers d'individus ont assailli les lieux très top le matin. C'est toute la communauté chrétienne et musulmane qui s'est mobilisée dans les environs de la Cathédrale de Dakar où une messe spéciale pour les écoles du Sénégal a été dite à 11 heures par Mgr Benjamin Ndiaye, Evêque de Kaolack. Ils tenaient coûte que coûte, ces jeunes et vieux à se recueillir sur la mémoire de son Eminence Thiandoum. L'espace de la Cathédrale Notre Dame des Victoires était trop étroit pour accueillir cette foule d'individus venus de partout. Il a fallu une organisation stricte pour permettre aux gens d'accomplir leur devoir qui est celui de remercier ce grand homme ayant participé activement dans l'éducation du peuple. L'hommage unanime rendu au Cardinal par ces nombreux sénégalais de différentes confessions religieuses et de tendances diverses qui ont parcouru des kilomètres pour se retrouver à la Cathédrale témoigne de la valeur de l'homme de Dieu, de l'homme de l'Eglise. Ainsi, souligne Mgr Benjamin Ndiaye “cet hommage multiforme prouve notre reconnaissance pour tout ce que nous avons reçu du Cardinal et à travers lui de Dieu”. Cet hommage, ajoute Mgr Ndiaye, est aussi une invitation fervente “adressée à nous tous à vivre en témoin de fils de Dieu, en serviteur de l'Eglise et des hommes et en citoyens sénégalais soucieux de défendre et de promouvoir le bien commun”. Les fidèles sont venus entourer de leurs prières le corps du Cardinal Thiandoum. “Parmi nous, il avait reçu la mission d'être notre éducateur pour nous permettre de bien saisir la parole de Dieu afin que nous vivions mieux les réalités de la vie” dira Mgr Benjamin Ndiaye. À la Cathédrale où des messes ont été célébrées toute la journée par les Evêques, les sénégalais se sont rassemblés autour la mémoire du défunt pour que désormais qu'auprès de Dieu, le Cardinal continue à être présent parmi la Nation sénégalaise par sa prière et sa bénédiction du peuple. Mgr Benjamin Ndiaye a rappelé au cours de la messe que le cardinal Thiandoum “a marché avec nous pour faire grandir et vivre de la vie de Dieu”. Le Cardinal n'a cessé d'inviter les peuples à vivre dans l'unité et a être des artisans d'unité. Mgr Benjamin Ndiaye a aussi convié les élèves, les membres de la communauté éducative et les enseignants à s'imprégner de la fermeté du Cardinal dont il était capable dans l'exercice de ses hautes responsabilités. Une fermeté qui, selon Mgr Ndiaye, fait partie de la pédagogie éducative. Les élèves ont prié pour le repos de l'âme du Cardinal et pour la paix au Sénégal et plus particulièrement en Casamance, cette région verte du pays longtemps meurtrie par un conflit armé. MATHIEU BACALY ·
Le nom du village de Popenguine faisait souvent penser à son célèbre pèlerinage marial annuel et à la résidence secondaire du président de la République du Sénégal. Mais cette petite bourgade, bercée par la fraîcheur et les bruits des vagues de l'océan Atlantique, a eu l'heur de voir naître un homme d'une dimension spirituelle et humaine exceptionnelles. Ce mardi 25 mai 2004, jour du retour de la dépouille du fils prodige au pays natal, le Cardinal Thiandoum, le village sérère s'est montré très digne et croyant devant cette lourde perte. À l'entrée du village, on ne sentait pas encore le deuil même si les femmes et autres passants croisés à la place du marché se sont montrés très dignes voir stoïques. Les rues sont encore vides en ce milieu de matinée où le soleil est couvert par une légère couche de nuages. Les populations sont dans les maisons, elles préparent, malgré le deuil le pèlerinage marial qui reste un motif de soulagement. Cette année l'accent sera mis sur le recueillement et la prière, nous confie un fidèle qui soutient que le Cardinal le mérite. Après quelques mètres à travers les ruelles du village, nous sommes devant l'église de Popenguine, un habitant nous indique que la maison familiale du Cardinal est à deux pas devant nous sur la gauche. Notre arrivée n'a pas surpris les femmes commerçantes qui veillent sagement sur leurs étals de petit commerce. Elles ont fini par prendre l'habitude de voir les confrères depuis l'annone du décès du leur concitoyen. À l'odeur du poisson encore frais, mêlée à celle des légumes, il ne manque que le bruit traditionnel des conversations de femmes et autres vendeurs pour faire de cette place centrale du village un marché. Attaché au village Quelques salamalecs d'usage échangés, les femmes nous indiquent le chemin de la maison des Thiandoum. Une petite ruelle sablonneuse et tortueuse donne sur une mosquée mitoyenne à la maison. Le temps pour le photographe de fixer l'image, nous le devançons dans une grande concession traditionnelle où trônent trois bâtiments en dur. En face, deux femmes assises au milieu de la cour couverte à moitié d'une terre rougeâtre nous accueillent chaleureusement. La plus jeune tout en continuant de donner le sein à son bébé, nous regarde avec attention pendant que l'autre répondait à nos questions. Les explications sur l'objet de notre visite fournies, elle nous signifie qu'il faut s'adresser à son frère cadet, Babacar Thiandoum. Le monsieur qui ne semble pas porter ses cinquante-cinq bougies, sort du bâtiment principal. En réalité, nous sommes dans la maison où le Cardinal a passé une partie de son enfance. Le neveu du Cardinal nous invite à le suivre à l'intérieur. Sur la porte du salon trône une plaque portant l'inscription “Maison François Fari Thiandoum - Anne Ndiémé Sène”, noms des parents du disparu. Malgré leur confession, la partie musulmane de la famille du Cardinal Hyacinthe Thiandoum accroche sur leurs murs des photos de dignitaires de l'église comme Pie XII. Babacar Thiandoum qui nous installe dans une chambre d'intérieur, nous remet un manuscrit encadré d'un verre décroché du mur. C'était pour lui une forme de réponse à notre première question. Nous pensions que c'était l'arbre généalogique de la famille mais il n'en était rien. C'est plutôt la prière des parents du Cardinal, dite en avril 1949, à l'occasion de son ordination sacerdotale. Nous avons pris bonne note après tout avant de discuter de ses rapports avec le Cardinal et des témoignages qu'il peut apporter sur l'homme. Babacar Thiandoum est le fils du grand frère du Cardinal. Il nous confie qu'il entretenait des relations fortes et étroites avec son oncle qui lui est resté proche jusqu'à son dernier voyage en France. Il garde encore frais, dans sa mémoire, les conseils que le prélat lui donnait surtout en ce qui concerne la famille qu'il doit toujours entretenir. Évoquant le dialogue très intense entre les deux religions au sein même de leur famille, Babacar explique que c'est son père Souleymane Thiandoum, Jacques de son nom de baptême, qui s'est converti à l'Islam. La mère de Babacar Thiandoum est la sœur de l'actuel imam de la mosquée de Popenguine. Babacar s'est proposé de nous montrer quelques personnes comme son oncle, l'imam qu'on a trouvé devant la mosquée avec deux amis. Peu bavard, le vieux accepte de nous parler du Cardinal en précisant qu'il n'a pas vécu avec l'homme. La première chose à retenir pour lui du Cardinal, c'est son attachement très fort à son village. Aliou Ciss souligne, pour sa part, que Hyacinthe n'a jamais tourné le dos à Popenguine malgré ses charges. Il a confirmé ce que Babacar Thiandoum nous avait dit à propos de la constance des dons de vivres que le Cardinal faisait pour les populations surtout à l'approche de l'hivernage. L'imam a aussi rappelé que l'homme avait l'habitude de convier les notables du village pour échanger avec eux sur les problèmes de leur localité et du pays en général. Sa conclusion a porté sur le dialogue constant entre les Chrétiens et les Musulmans que le Cardinal a toujours entretenu au point de ne pas faire de différence entre eux. Agriculteur Après cet entretien, Babacar Thiandoum nous conduit à travers les méandres des ruelles du village jusqu'à la grande maison familiale. Lorsque notre guide nous désigne la maison, on s'est rendu compte que, sans le savoir, notre véhicule s'était garé au pied du mur de la maison où le Cardinal a vu le jour. Nous retrouvons l'ambiance de la place centrale du quartier Ndioumbodekh. Nous retrouvons quasiment le même décor des bâtiments en pente, des femmes qui devisent calmement dans la grande cour, traversée par un rideau de linge encore mouillé. “Attention, mon cousin Louis a quelques petits problèmes d'ouie”, averti Babacar dès l'entrée de la maison. À l'arrière-cour du premier bâtiment, nous retrouvons trois femmes entrain de s'affairer autour de la cuisine. Quelques échanges en Sérère, la langue locale, Babacar nous fait signe d'attendre son parent. La soixantaine dépassée, l'homme tête tondue laisse encore pousser des cheveux blancs. Il nous salue tout en sourire. Mais on se rendra compte que c'est le cœur gros qu'il parle du Cardinal Thiandoum. Dans un premier temps, il tente de nous renvoyer en disant qu'il a déjà assez parlé aux journalistes qui n'ont pas cessé de défiler chez lui. Pour gagner du temps voire nous décourager, Louis Thiandoum disserte sur la langue dans laquelle l'entretien devra se faire. Nous le mettons à l'aise avant qu'il ne commence à parler. Curieusement les problèmes d'ouie sus annoncés ne sont pas sentis ; pour dire qu'on n'a pas eu besoin de crier pour nous faire entendre. Un moment de silence, il affirme que “ Le Cardinal, c'est un homme de bien qui aimait ses parents et son village. Il était plein de générosité, d'indulgence et avait tout le temps son chapelet à la main même s'il ne faisait pas de différence entre le Musulman et le Catholique ”. Comme dans les autres témoignages, Louis Thiandoum n'a pas manqué de revenir sur les nombreuses actions humanitaires du Cardinal qui aidait les villageois sans distinction de confession. Il finit par dire qu'on ne peut pas parler de tout ce que cet homme a fait pour eux, les mots ne suffisent pas pour le qualifier. À peine nous avons terminé l'entretien, apparaît, à notre grande surprise, l'ancienne présidente de la communauté rurale de Diass, Oulimata Thiaw. Nous interrompons la petite conversation, le temps de la saluer et de lui demander de ses nouvelles. Oulimata Thiaw nous fait savoir qu'elle est de la famille. Elle revient sur les excellentes relations que la famille entretenait avec le Cardinal avant de relancer Louis Thiandoum qui a apparemment n'a pas voulu tout dire. L'ancienne Pcr de Diass nous a révélé que c'est Louis qui préparait pour le Cardinal le “ Thiéré talalé ” (couscous) dont il raffolait chaque fois qu'il venait à Popenguine. Un souvenir très fort que le cuisinier préféré de prélat accepte d'évoquer avec joie. “Après la prière à l'église, le Cardinal, en bon Sérère, me réclamait toujours son “thiéré talalé” que je lui préparais avec soin,” commente l'homme qui dit que la recette était toute simple. Il lui suffisait d'avoir du couscous avec une sauce à base d'oignon et du poisson frais avec un peu d'eau. L'évocation de ce goût culinaire du Cardinal ouvre sur ses autres qualités d'homme du territoire dominé par deux activités économique principales. Le village de Popenguine est fortement marqué par la pêche et l'agriculture et le Cardinal était connu pour être bon pêcheur et cultivateur. Oulimata Thiaw nous explique que son père, compagnon d'enfance de Hyacinthe Thiandoum s'était vu confié, au milieu des champs, par le Cardinal de son souhait de devenir berger un jour ce qu'il préfère de loin à l'agriculture. La dame pense qu'au terme d'une longue vie bien remplie au service de Dieu et de la Vierge Marie, le Cardinal a été un “berger au sens propre comme au figuré”. MBAYE SARR DIAKHATE, Envoyé spécial · MGR THIANDOUM DANS LA VIE POLITIQUE NATIONALE : Prince de l'Eglise, citoyen et conscience morale Évêque, puis archevêque de Dakar aux premières années de l'indépendance, en 1962, cardinal en 1976, Monseigneur Thiandoum qui vient de se coucher face à l'Éternité est un véritable Prince de L'Église dans toute son acception du terme. Dans sa carrière pastorale, cet homme habité par la grâce aura connu quatre Papes, Jean XXIII, Paul IV, Jean-Paul Ier, et Jean-Paul II, en participant à l'élection des trois derniers. Bon pasteur, HYacinthe, cardinal Thiandoum, aura guidé ses ouailles, durant tout le long de son ministère qui s'étale sur plusieurs décennies, sur le chemin de l'amour du Dieu unique, de la vérité, de la justice, de la solidarité, de l'amour du prochain, de la charité envers les plus faibles et les plus démunies. Ardent adepte du dialogue inter-religieux, le Cardinal Thiandoum savait bien de quoi il parlait. Né dans une famille qui comportait et comporte toujours à la fois des Musulmans et des Chrétiens, il n'a eu de cesse, sa vie durant, d'œuvrer à l'unité et à la mutuelle compréhension entre tous les gens du Livre, pour faire du Sénégal un pays fait de tolérance envers tous les habitants qui vivent et meurent sur ce bout d'Afrique. Sénégalais authentique Sénégalais authentique, Mgr Thiandoum était également un citoyen intégral dans toute l'acception du terme. Dans ses prêches dominicaux, il n'a eu de cesse d'appeler la communauté chrétienne à prendre toute sa part dans le devenir de la cité en s'intéressant à la chose politique, à militer dans les partis et à voter pour le choix des dirigeants ayant en charge la conduite de la Nation. Les Sénégalais un peu plus âgés se souviennent sans doute du courage politique dont fit preuve le jeune archevêque au lendemain de l'indépendance, lorsque la dyarchie qui s'est installée au sommet de l'Etat, et qui s'est traduite en une lutte de pouvoir entre Senghor et Mamadou Dia, avec comme achèvement l'emprisonnement du dernier. Le Cardinal Thiandoum s'était désolidarisé de cet acte de Senghor. Durant toutes les longues années de l'emprisonnement de Mamadou Dia et de ses compagnons d'infortune, l'archevêque n'a eu de cesse de joindre sa grande voix à toutes celles, à travers le monde qui appelaient le Président Senghor, devenu seul maître à bord du pays, à la clémence envers son vieux compagnon de lutte des années d'avant indépendance. Mais également à l'ouverture de la société politique pour permettre à toutes les opinions plurielles de s'exprimer librement sur la vie nationale. Après le départ du Président Senghor, et sous le long magistère du Président Abdou Diouf, le premier archevêque noir, successeur de Mgr Lefèvre à la charge épiscopale du Sénégal, devenu entre-temps cardinal, a continué à prendre toute sa part dans les grandes questions nationales qui ont agité le pays pendant ses dix-neuf ans. A plusieurs reprises, à chaque fois que la situation nationale était tendue, suite à l'arrestation des leaders de l'opposition pour fait de marches interdites par le pouvoir, troubles à l'ordre public ou autre, Mgr Thiandoum ne s'est jamais réfugié dans son Aventin, ou se murer dans un silence complice. A chaque fois, que ce soit à l'occasion des messes, sa crosse d'évêque à la main, ou au cours d'audiences avec le Président de la République, il n'a également eu de cesse d'en appeler le pouvoir à la clémence, au retour à la sérénité et au dialogue entre les hommes politiques, si tant est qu'ils cherchent tous à assurer le bonheur des Sénégalais. Malgré les crispations, voire les incompréhensions, au bout du compte, il sera toujours écouté par les uns et les autres. Sans qu'il ait eu à le clamer sur les toits, les hommes politiques savent quel rôle discret et efficace le Cardinal Thiandoum a joué dans l'ouverture du pouvoir politique à l'opposition par le Président Abdou Diouf au début des années 90, et ce pratiquement, jusqu'à ce qu'il quitte le pouvoir au début de l'an 2000. Pacifiquement, sans effusion de sang ou autres phénomènes d'anomie. Homme du peuple L'histoire retiendra également, que Mgr Thiandoum, catholique fervent, Prince de l'Eglise a été parmi les premiers Sénégalais à croire à un destin national pour Moustapha Niasse, homme d'Etat, leader politique de confession musulmane, à qui il n'a pas hésité à demander de briguer la magistrature suprême, pour conduire le pays à l'alternance. Tel que semblait le souhaiter un bon nombre de nos compatriotes à l'orée de l'an 2000. Il faut sans doute préciser que Mgr Thiandoum n'avait aucune animosité ou un sentiment de ce genre, ni de défiance envers le Président Abdou Diouf et son régime, mais homme du peuple, totalement immergé dans sa société, recevant et discutant avec les puissants comme avec les humbles, Mgr Thiandoum savait que les Sénégalais avaient soif de changement pour n'avoir connu pratiquement qu'un seul régime politique- celui des Socialistes- depuis l'indépendance. Lorsque survint l'alternance, le bon Pasteur, qui venait de prendre sa retraite, après une première prolongation de son mandat au lendemain des 75 ans- âge de cessation de leur ministère pour les cardinaux - n'en continua pas moins malgré ses forces déclinantes, à s'intéresser à la vie politique de son pays. Recevant beaucoup de monde à sa résidence des Badamiers, il a accompagné par la prière et par ses conseils les premiers pas de l'Alternance dans notre pays. La douleur de cette immense perte est encore trop vive dans les mémoires pour permettre de dire avec la distance requise des historiens le rôle considérable que le Cardinal a joué dans le raffermissement des liens entre Musulmans et Chrétiens dans notre pays, mais également son rôle dans la pacification de la vie politique et la construction de la nation sénégalaise. Mais l'histoire retiendra qu'il a été un grand homme utile à sa société, qui a œuvré pour le salut de ses semblables et la consolidation de sa Nation. Et comme le dit Térence, les grands hommes ne meurent pas tout entiers. Ils s'effacent de la scène du monde, mais leurs œuvres leur survivent. Oméga. PAR BADARA DIOUF ·
Parler du Cardinal Hyacinthe Thiandoum relève, à la fois d'une déconcertante facilité et d'une complexité redoutable. La facilité réside dans le carnet civil et public. L'homme de Dieu est un prêtre catholique, ancien chef de l'Eglise sénégalaise et premier Cardinal du pays de Léopold Sédar Senghor. La facilité s'arrête là. Elle a, certes, sa valeur. Mais, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum est plus que des noms, des titres, c'est un homme plongé depuis l'aube du Sénégal, dans les trames décisionnelles de son pays. Traversant l'histoire du Sénégal, Monseigneur Thiandoum a su, par un sacré dosage, tracer les lignes fortes d'un pays particulier grâce à ses charges sociales. Pays à dominante musulmane, multiéthnique, mais riche en faits politiques, le Sénégal a développé une grammaire religieuse enviable. Il suffit pour s'en convaincre de voir le formidable élan unitaire qui structure les relations entre musulmans et catholiques. Chef d'Eglise dans un pays qui compte 5 % de catholiques, Hyacinthe Thiandoum, berger et gardien au sens heideggerien, insuffle un souffle nouveau dans la coexistence des croyances. Pèlerin de la foi divine Une méthodologie basée sur la commune volonté de respecter les cultes différents. Pas une tolérance, mais une acceptation de l'autre en tant qu'il incarne une autre possibilité divine. Le premier pas du Cardinal aura été de briser la glace de la distance entre les stations des croyances. Pèlerin de la foi divine, le Cardinal, bâton en bandoulière, s'ouvre au monde de la différence. Grandeur d'un homme de Dieu. “Connaître quelqu'un, c'est sentir qu'on cesse de l'ignorer” disait André Malraux dans “La condition humaine”. Voix royale pour la connaissance d'autrui. Pour le cardinal Hyacinthe Thiandoum, l'autre, dépositaire de la parole divine en sa foi subjective, n'est pas un vecteur de danger, mais autrui qui compléte la divine communauté de vie. Autrui, pour le cardinal, n'est pas le prolongement de la haine due à la différence, il différencie dans un élan unitaire. Dépositaires de religions révélées, les marabouts et l'Eglise ont su placer le débat dans le registre de la terre commune. C'est que les différentes religions se sont greffées dans un tissu socio-historique fait de parentés. Qui plus est, des religions qui posent en leur essence la mêmeté d'un Dieu, seigneur des mondes. Des religions qui ordonnent la paix sociale. C'est sur ce socle que le cardinal a axé ses rapports, depuis les lustres, avec les marabouts. Transcendant les valeurs de différenciation, ils ont su mettre à profit l'acte de création pour se retrouver autour de la table de la convivialité pour dresser ensemble les voies pour un Sénégal respecté. La parole de Jésus-Christ résonne près de celle de Mouhamed. Le son des clochers s'encastrent harmonieuement dans l'appel du muezzin. Les enfants partent, la main dans la main, dans les maisons de Dieu à la reconquête d'une spiritualité salvatrice. Les hommes, qui en grand boubou, qui en soutane, exaltent la face de Dieu sous les lambris de l'église ou de la mosquée. C'est le Sénégal religieux qui offre à la face du monde les vertus de la coexistence des cultes. D'un autre côté, le cardinal Thiandoum, c'est la claire conscience d'une responsabilité très tôt assumée devant les assauts des événements historico-politiques. D'abord l'acte de l'indépendance. L'absence des leaders politiques n'empêchait pas le prêtre Thiandoum de poser en visionnaire la continuation de la coopération sénégalo-française. Un principe partagé par ses pairs religieux. Aujourd'hui, le Sénégal en bénéficie. Lors de la première crise politique du Sénégal, qui a vu la dyarchie Senghor-Mamadou Dia voler en éclats et l'emprisonnement du dernier, Le cardinal Thiandoum, armé de sa foi en Jésus et du courage qui sied, demande au locataire du palais de libérer le président du Conseil. La quatrième République est enterrée. La cinquième inspirée de l'œuvre du solitaire de Colombey-les deux-Eglises, régente la vie Sénégalaise. Le parti unique de fait se pose au Sénégal, avec les procés, des tumultes des étudiants et des syndicats. L'année 1968 s'annonce grosse de dangers. Le prêtre Thiandoum, vêtu de sa soutane de piété et de paix sillone les arcanes des foyers de tensions pour apaiser la vie sociale. Aux bruits des bottes et des coups de poing, le cardinal répond par la parole de Jésus Christ dans l'Évangile. Parole de paix et de rédemption. Son travail de médiateur social s'accentua lors de la création du Parti Démocratique sénégalais (Pds). Devant l'obstination des uns et des autres, le prélat prend son bâton de pèlerin pour gagner les cœurs passionnés. Salut de l'humanité Au cœur de tous les procés qui émaillent le processus démocratique, le cardinal Hyacinthe Thiandoum a su semer la paix dans le foyer des partis politiques. Avant dernier acte. Quand l'opposant Moustapha Niass et le président Wade se retrouvent face à face à propos des 6 milliards, le cardinal, malgré la retraite, renoua les fils coupés. Dernier acte. Quand “ des excités ” envoient une lettre au chef de l'Église de Dakar, Monseigneur Théodore Adrien Sarr, c'est un cardinal Thiandoum, malade, fatigué qui est reçu au palais de la présidence. Reviennent en mémoire les images de l'homme de Dieu, stoïque, gravissant les marches de la présidence pour porter la parole du Christ qui s'est sacrifié pour le salut de l'humanité. Noble héritage assumé et assuré jusqu'au dernier souffle. Aujourd'hui que la communauté religieuse, en un bloc tendu vers Dieu, va loger le cardinal dans sa dernière demeure “ à la droite du Père ”, le peuple s'offre en cet homme exceptionnel des exemples et des motifs de fierté. • PAR ABDOULAYE SEYE
Vivre au Sénégal est synonyme de plongée dans la religion, omniprésente dans la vie de tous les jours. Mais au pays de la Téranga, la tolérance n'est pas un vain mot, et les relations inter-religieuses demeurent paisibles et respectueuses. Loin d'une vision idyllique, cette cohabitation religieuse pacifique est une réalité à consolider chaque jour. Fraîchement débarquée de France, je me rappellerai toujours de ma première nuit passée au Sénégal. Toute la nuit, des chants religieux ont retenti, m'empêchant de trouver le sommeil. Je compris le lendemain que les voix émanaient de la mosquée d'à côté. Je commençais seulement à entrevoir la prégnance de la religion dans la société sénégalaise et, surtout, à côtoyer l'islam. En France, la religion catholique et la pratique religieuse en général perdent du terrain. Quant à l'islam, il reste un sujet lointain que l'on appréhende le plus souvent par les médias au travers des questions du terrorisme, du voile ou de la condition de la femme. Pour la première fois, je rencontrais la réalité de la foi musulmane et sa mise en pratique plus ou moins rigoureuse. L'appel à la prière, le ramadan, les confréries et les gamous entrent peu à peu dans mon quotidien. Les fêtes religieuses, qui multiplient les jours fériés, rythment le calendrier. A chaque fois, ce sont de grandes festivités partagées par toutes les communautés. Pour la Tamkharit, c'est le couscous qui circule de maison en maison alors que pour Pâques, notre voisine chrétienne nous envoie un plat de ngalax. Cette entente entre chrétiens et musulmans reste un exemple de tolérance. Chacun respecte la croyance et les rites de l'autre. L'exemple du Chrétien Senghor à la tête d'un pays majoritairement musulman en reste la plus belle preuve, fièrement exhibée par les sénégalais. Mais cela se retrouve au jour le jour. Dans les buffets, les plats avec porc sont séparés de ceux qui en contiennent. La prière du vendredi correspond à un arrêt momentané de l'activité économique dont tout le monde s'accommode. Les mariages mixtes sont légion sans poser le moindre problème dans les familles. Une chose qui m'a surprise est la cohabitation au sein d'une même famille où l'un des frères peut être musulman tandis que l'autre est chrétien. Une ouverture que l'on est loin de retrouver dans les pays occidentaux. Cette cohabitation religieuse heureuse se reflète même au niveau ethnique, ou peut-être se nourrit-elle de la parenté à plaisanterie ? Toujours est-il que cet esprit de tolérance, gage de stabilité, a de quoi étonner les étrangers à l'heure du “ choc des civilisations ” si souvent mis en avant. Les Sénégalais nous apportent la preuve que le dialogue religieux est possible, une richesse dont ils sont conscients et qu'ils s'évertuent à maintenir. LAURE BOUTIN (STAGIAIRE) ·
L'idéal visé à travers le dialogue islamo-chrétien à savoir la coexistence pacifique entre différentes communautés religieuses, n'a jamais souffert dans le Sud du pays. Au contraire, la coexistence apaisée interreligieuse est l'une des réalités visibles qui sautent à l'œil dès qu'on foule le sol Casamançais, surtout au niveau de Ziguinchor, la capitale régionale. Ce phénomène tire ses sources de l'histoire de son peuplement, mais aussi de sa cosmogonie. Selon l'historien et chercheur, Nouha Cissé, cette coexistence particulièrement apaisée entre les différentes religions caractérise à la fois l'islam, le christianisme et la religion traditionnelle. En effet, selon le Pr Cissé, dans une région où la nature a joué un rôle important, la cosmogonie a permis de tisser un ensemble de réseaux d'intercession entre Dieu et les hommes. S'il est vrai qu'ailleurs la pénétration des religions révélées a été a l'origine de nombreuses fractures sociales, il est à noter que le Sud du Sénégal n'a pas connu cela. La région, pour l'essentiel, a ét& |