Crucifix

LE ROSAIRE DE MARIE

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort rapporte dans son œuvre : « Le secret admirable du très saint Rosaire, pour se convertir et pour se sauver » que, d'après le témoignage du Bx Alain de la Roche, la Sainte Mère de Dieu apparut en 1214 à Saint Dominique, après trois jours et trois nuits de prière et de pénitence continuelles de celui-ci dans une forêt proche de Toulouse, et lui dit :

— « Sais-tu de quelle arme la Sainte Trinité s'est servie pour réformer le monde ? »
— « O ma Dame, vous le savez mieux que moi, répondit Dominique, car après Votre Fils Jésus-Christ, Vous avez été le principal instrument de notre salut »
— « Sache, lui dit alors Marie, que la principale pièce de batterie (1), a été le psautier angélique (2) qui est le fondement du Nouveau Testament. C'est pourquoi, si tu veux gagner à Dieu ces cœurs endurcis (3), prêche mon psautier ».

(1) Au XIIIème siècle, la « batterie » signifiait un « échange de coups au cours d'une querelle ».
(2) Ainsi appelé parce qu'il contient autant de « salutations angéliques », que le psautier de David, de psaumes.
(3) « Les hérétiques albigeois ».

 

Ainsi vit le jour le très saint Rosaire de Marie, que Saint Dominique († 1221) mit en œuvre aussitôt pour extirper l'hérésie des Albigeois.

Le saint Rosaire tel que nous le connaissons aujourd'hui s'est formé lentement, progressivement, du VIIIème au XVIème siècle exactement. La seconde partie de l'« Ave Maria » était devenue d'usage courant dans l'Eglise, dès le XVIème siècle, elle y a été admise officiellement et définitivement à partir du bréviaire de saint Pie V, en 1568.

Le Rosaire est la prière des petits, des humbles, et des opprimés, des persécutés, des malades, des personnes âgées, des jeunes garçons et jeunes filles, de ceux qui regardent avec amour et confiance, dans le déroulement des Mystères, à leur Maman du Ciel en disant inlassablement : « Je Vous salue Marie... priez pour nous, pauvres pécheurs...»

Saint Charles Borromée († 1584) appelait le Rosaire : « la plus divine des prières après le Saint Sacrifice de la Messe ». Plus tard, saint François de Sales († 1622) exprima la même pensée. Le Padre Pio, qui mourut le 23 septembre 1968, son chapelet à la main, disait du Rosaire : « Il est la synthèse de notre Foi, l'explosion de notre charité, le soutien de notre Espérance ».

C'est au Bienheureux Alain de la Roche, en 1460, que Notre-Dame fit la promesse suivante, lors d'une apparition à Dinan, en Bretagne, en lui demandant de remettre en honneur la dévotion du Rosaire : « Le Rosaire sera une arme très puissante contre l'Enfer; il détruira le vice, délivrera du péché et démasquera l'hérésie ».

St. Louis Marie Grignion de MontfortOui, le Rosaire est une arme, comme à Lépante, mais une arme pacifique, une arme d'union, une arme d'unité. Aussi Satan et ses suppôts n'en veulent-ils à aucun prix !. Elle gêne, elle entrave leur action. Sœur Lucie l'a solennellement affirmé : « [...] La décadence qu'il y a dans le monde est sans aucun doute la conséquence du manque d'esprit de prière. Ce fut en prévision de cette désorientation que la Sainte Vierge a recommandé avec tant d'insistance la récitation du Rosaire. Et puisque l'oraison du Rosaire est le moyen le plus propice après la sainte liturgie eucharistique pour conserver la foi dans les âmes, le démon a déchaîné sa lutte contre lui. Malheureusement nous voyons les désastres qu'il a causés. »

C'est en action de grâces pour la victoire du peuple chrétien à Lépante, le 7 octobre 1571, sur les forces turques musulmanes, victoire obtenue par la récitation du Rosaire, que saint Pie V institua la fête de Notre-Dame des Victoires (1571), qui devint par la suite la fête de Notre-Dame du Très Saint Rosaire.

Après avoir délivré Son peuple du péril des infidèles au XVIème siècle, Notre-Dame lui donnera à nouveau la victoire sur le danger, infiniment plus grave, des « anti-Dieu », si on la prie avec suffisamment de confiance et d'amour.
En effet, comme à Fatima face au péril, notre Sainte Mère reste la Reine du Très Saint Rosaire, victorieuse de toutes les grandes batailles de la chrétienté.

La Mère du Christ désire être honorée et invoquée sous le nom de Notre-Dame du Très Saint Rosaire. Que ceux qui croient en Elle implorent donc la Miséricorde divine et combattent le mal avec les armes de la foi, de l'amour, et de la prière. Que, surtout, le Rosaire médité, qui est un Arc-en-ciel de paix que Dieu, dans sa Miséricorde, a tracé dans le firmament de Son Eglise, monte sans cesse vers le Ciel. Il est comme une guirlande de roses qui relie nos cœurs d'enfants à Son Cœur maternel. Oh ! oui, que la prière, qui est le seul moyen d'unir les cœurs, la seule arme contre les armes, monte vers Celui de qui, seul, peut venir tout secours.

La très Sainte Vierge est venue pour nous apporter l'arme la plus puissante contre le démon : le Rosaire.

Comme l'écrivait saint Louis-Marie Grignion de Montfort dès le début du XVIIIème siècle : « L'Ave Maria est la plus belle de toutes les prières après le Pater. L'Ave Maria bien dit est, selon les saints, l'ennemi du diable, qu'il met en fuite, le marteau qui l'écrase, la sanctification de l'âme, la joie des anges, la mélodie des prédestinés, le cantique du Nouveau Testament, le plaisir de Marie et la gloire de la Très Sainte Trinité ».

Déjà saint François d'Assise († 1226) avait dit : « La récitation de l'Ave Maria réjouit le Ciel, terrifie l'enfer, chasse les démons comme le vent dissipe la poussière ». Rien d'étonnant alors à ce que depuis sept siècles, les papes aient écrit sur le Rosaire plus de deux cent documents, pour demander aux fidèles, avec les plus vives instances, la pratique de cette dévotion.

Le premier document pontifical sur le Rosaire (qui ne s'appelait pas alors ainsi) date du pape Urbain IV († 1264) : « Il y a un rite pieux selon lequel, contre les dangers que court le monde, on récite... l'Ave Maria autant de fois qu'il y a de psaumes de David, en faisant précéder chaque dizaine d'une oraison dominicale... Avec notre autorité apostolique, nous approuvons ce psautier de la Vierge Marie ».

Que nous ont enseigné les papes qui ont suivi ?

Leon XIIIGrégoire XIII († 1585) : « Le Rosaire est un moyen donné par le Ciel pour apaiser la colère de Dieu ».
Grégoire XIV († 1591) : « Le Rosaire est le moyen merveilleux pour détruire le péché et recouvrer la grâce ».
Paul V († 1621) : « Le Rosaire est le trésor des grâces ».
Benoît XII († 1730) : « Le Rosaire est le remède souverain aux erreurs et aux vices ».
Léon XIII († 1903), surnommé « le pape du Rosaire », disait : « Le Rosaire est l'expression la plus accomplie de la piété chrétienne ». « [...] entre les diverses formules et manières d'honorer la divine Marie, il en est qu'il faut préférer, puisque nous savons qu'elles sont plus puissantes et plus agréables à notre Mère; et c'est pourquoi Nous Nous plaisons à désigner en particulier et à recommander tout spécialement le Rosaire. » (Encyclique du 22 septembre 1891). Huit ans plus tôt, il engagea « vivement tous les chrétiens à s'appliquer soit en public, soit dans leur demeure particulière et au sein de leur famille, à réciter ce pieux office du Rosaire [...] » et désira que le mois d'octobre soit consacré entièrement à la Sainte Reine du Rosaire. (Encyclique du 1er septembre 1883).
Pie X († 1914) : « Le Rosaire est, de toutes les prières, la plus belle, la plus riche en grâces, celle qui touche le plus le Cœur de la Mère de Dieu [...] Si vous voulez que la paix règne dans vos foyers, récitez-y le chapelet en commun » (Testament).
Pie XI († 1939) à Mgr Richaud, évêque de Laval : « Dites à vos prêtres qu'ils prient beaucoup. Tant que le pape n'a pas dit son Rosaire, sa journée n'est pas finie ».
Pie XII († 1958) : « Nous estimons que le Saint Rosaire est le moyen le plus efficace et le meilleur pour obtenir l'aide maternelle de la Vierge ». « La récitation même de formules identiques, tant de fois répétées, loin de rendre cette prière stérile et ennuyeuse, possède au contraire l'admirable vertu d'inculquer la confiance à celui qui prie et de faire une douce violence au Cœur maternel de Marie. » (Encyclique du 15 septembre 1951 sur la récitation du rosaire durant le mois d'octobre)

Il n'est pas difficile de consacrer une demi-heure chaque jour pour la récitation du chapelet en commun (une demi-heure en moins devant la télévision). Les grâces élevées obtenues compenseront ce que certains appellent une perte de temps. Pensent-ils que ce soit rien de donner à la très Sainte Mère de Dieu ce témoignage de leur affection ?

Lorsque les historiens chercheront l'événement qui a changé la face du monde, qui lui a apporté la paix et la prospérité, ils découvriront que ce ne fut pas la guerre mais une prière; et cette prière, c'est le ROSAIRE.
Car le Rosaire est la prière par excellence de la communion à Dieu, notre Père, et à Jésus, par Marie. Le Rosaire — ce dialogue que nous engageons avec la Sainte Vierge, un peu comme des petits enfants qui auraient perdu leur grand frère à la guerre et qui viendraient de temps en temps vers leur mère pour lui dire : « Mère, parlez-nous de Lui... », « Mère, parlez-nous de Lui... », ce sont les « Ave Maria » (Je Vous salue, Marie) de notre rosaire, les appels multipliés de nos Ave. Et la réponse de notre Mère, ce ne sont pas des paroles, mais c'est ce regard nouveau qu'Elle nous donne sur son Fils, sur le Visage et le Cœur de Jésus. Cette naissance, cette mort de Jésus, qui nous laissaient jusque-là un peu froids, et que nous voyons soudain comme avec Son regard à Elle...

Le Rosaire, c'est la prière de la communion à Dieu... Volonté de communion, que nous exprimons par le « Notre Père » :

« Notre Père, qui êtes aux cieux,
que Votre Nom soit sanctifié;
que Votre Règne arrive;
que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel [...] »

Mais cette communion ne peut se réaliser que par Jésus. Alors, on va contempler les Mystères, les choses de Jésus.
Mais ces Mystères, ces choses, c'est la Sainte Vierge qui en a été faite dépositaire; c'est Elle qui les connaît, comme une mère qui, d'une certaine manière, est toujours seule à connaître son enfant.

Alors on s'adresse à Elle : « Ave, Ave Mère, parlez-nous de Lui ». On lui demande, à Elle, de nous faire connaître Jésus; de nous faire entrer dans l'intimité de Jésus, pour qu'en Jésus nous trouvions le Père.
« Mon Père et moi nous ne sommes qu'un » (Jean XVII, 11 et 22). C'est cette communion finale au Père, en Jésus, par Marie, que nous exprimons dans le « Gloria » qui termine chaque dizaine. Cri de joie et d'admiration de l'enfant que Dieu fait asseoir à la table de la Sainte Trinité : « Gloire au Père, au Fils et à l'Esprit-Saint ». Quelle prière que le Rosaire !

Le Rosaire, c'est la prière qui nous communie à Dieu et qui, dans la même mesure, nous maintient dans la joie. Car la joie c'est cela : c'est de posséder son bien total, le bien qui rassasie toutes les faims, qui étanche toutes les soifs, pas seulement celle du corps, mais celle de l'âme.

« La joie, c'est de posséder Dieu en soi ».