|
require $DOCUMENT_ROOT.'/leftmenue.php'; ?>
|
De Popenguine, les Sénégalais retiennent
souvent le pèlerinage catholique du lendemain de la Pentecôte.
La localité a eu une histoire tumultueuse avant de devenir
aujourdhui lendroit sacré pour les catholiques
du Sénégal, et le lieu de brassage inter religieux.
Selon les témoignages du septuagénaire Baïtir
Dione, un des quelques rares légataires du passé du
village, Popenguine est un village vieux de 340 ans. A lépoque,
les éléphants venaient sabreuver dans les rivières
et marigots des parages, nous raconte M. Mbengue, un autre notable
aux origines lébou et sérère.
Les premiers habitants nétaient pas les
ancêtres des Sérères qui composent aujourdhui
lessentiel de sa population, mais appartenaient à lethnie
Socé. Ce phénomène de préséance
des Socés est fréquent dans plusieurs localités
sérères. On se rappelle que la noblesse du Sine trouve
une partie de ses racines dans cette ethnie. Mais à Popenguine,
les Socés ont été réfractaires à
tout contact avec les nouveaux venus. Dans le Sine, ils ont été
quasiment phagocytés. En cette période de traite des
Nègres, ils ont préféré laisser la place
aux Sérères Safènes et aux Lébous venus
de lOuest.
Selon le vieil homme, le premier habitant se nommait
Mbougane Faye. Il navait pu jouir à son aise du village
quil a fondé. En effet, en venant sétablir,
comme de coutume, lhomme a allumé un feu qui devait
délimiter sa propriété foncière, selon
la surface embrasée. Malheureusement, le feu emporta dans
sa fureur Fatim Samb, une femme dun village qui était
situé à lemplacement de lactuelle ville
de Rufisque. Ses proches exigèrent alors, comme dédommagement,
la moitié de laire débroussaillée. En
sy établissant, ils venaient de fonder Popenguine.
Que signifie ce nom ? Devant notre curiosité, le patriarche
a opposé un silence.
Le secret, ou bien une des nombreuses versions, nous
a été révélé par le Père
Marie Jean de la basilique mariale qui explique que le nom vient
de pop et nguine qui veulent dire
venir se cacher . Cest en référence aux
guerres tribales qui opposaient les Sérères du Sine
et ceux du terroir Safène. Mais, le prêtre nous sert
une autre version, cette fois ci venant des Wolofs, qui donne
bopp jinn , cest-à-dire
le lieu où se trouve la tête du génie .
En fait, il sagit de lesprit Coumba Thioupam qui veille
sur les lieux. Le génie, qui est muni dune lampe-tempête,
assure la sécurité des voyageurs et demande courtoisement
aux noctambules ou ceux qui roupillent dehors, sous la fraîcheur,
jusquà des heures tardives, daller se coucher.
Daprès la légende, lesprit du village
a comme demeure le Cap de Naze, une colline qui surplombe Popenguine
et qui fait face à la mer. Une autre explication servie par
un autre vieux identifie le nom à Tonghor, donné par
les Lébous venus de Yoff Tonghor.
A cette époque, les Sérères navaient
pas encore connu lIslam et étaient restés accrochés
à leurs croyances ancestrales. Les rares Toucouleurs musulmans
qui osaient saventurer dans les parages étaient dépouillés,
puis tués, nous apprend Baïtir Dione. Il affirme que
Cheikh Oumar Foutiyou Tall a fait un bref passage dans le coin.
Devant les menaces des païens, il leur aurait demandé
de lui laisser faire au moins sa prière. En manque deau,
il aurait creusé légèrement avec la main pour
faire jaillir leau de la terre et faire ses ablutions. Après
lavoir observé terminer ses obligations religieuses,
les autochtones se dispersèrent de peur. Mais cette version
est réfutée par certains qui affirment que le cheikh
na pas mis les pieds dans la localité.
Un
Missionnaire venu d'Alsace
Le premier contact réussi avec lIslam
allait se produire avec un marabout venu du Saloum du nom de Tafsir
Khaly Sarr. Le prosélyte réussit à convertir
le roi Mbagnick Diouf, avant dépouser sa fille qui
lui donna six enfants, dont deux érudits. La greffe venait
de prendre. En réussissant à attirer vers la nouvelle
foi Alassane Gueskel, le chef de Popenguine et ancêtre de
Mgr Hyacinthe, cardinal Thiandoum, le marabout venait de marquer
un point déterminant, puisque le notable entraîna avec
lui beaucoup de monde et fit édifier la première mosquée
du village.
Le Christianisme fit son apparition dans la zone en
1887, plus exactement dans le village de Guérew, nous apprend
le père Marie Jean. A cette époque, le Père
Strub venu dAlsace sillonnait les villages pour répandre
lEvangile. Le missionnaire nétait pas bien reçu
au début. Cest en édifiant une case de santé
quil se fit accepter et réussit à baptiser,
avec Mgr Picarda, plusieurs Sérères. Mais, de lavis
de Baïtir Dione, les thiédos (animistes)
Sérères ont embrassé le christianisme pour
avoir été émerveillés par des produits
européens de peu de valeur qui leur étaient inconnus.
Cest un certain Fara Ndiaye qui aurait introduit la religion
du Christ, ajoute-t-il. Les secours en vivres distribués
par les hommes déglise, en période de soudure
ou de disette, ont aussi fait pencher le cur de certains,
ajoute-t-il. Le contact sans heurts avec ces deux religions révélées
na pas perturbé lentente sociale qui existait
au sein de cette communauté. Le paganisme a cédé
la place aux messages de Mohamed (Psl) et de Jésus-Christ
sans faire éclater la cohésion au sein de la famille.
Une
famille, deux religions
Grande a été la surprise de Diavol Coulibaly
dentendre une dame de Popenguine invoquer Allah et le prophète
Mohamed (PSL) pour le succès du séjour de la Caravane
multimédia dans le village. Je croyais que Popenguine
était un village exclusivement composé de chrétiens
, se désillusionne-t-il. Lorsque lhomme sen
est expliqué à un notable du village, celui-ci lui
a fait remarquer que Poponguine, contrairement à ce que beaucoup
de Sénégalais croient, nest pas peuplé
que de chrétiens. Mieux, le vieil homme ajoute que la population
musulmane est de très loin supérieure, numériquement.
Une affirmation qui est confortée par Ibra Fall Ndoye, le
chef de village par intérim, qui déclare, sans donner
de chiffres, que les adeptes de Mohamed font plus du double. Lillustration
nous a été donnée par la liste des visiteurs
de la Caravane. Les noms comme Mamadou, Alioune, Ibrahima, Fatou,
etc., submergeaient les noms hérités des disciples
du Christ, des saints et bienheureux de lEglise.
Certainement le pèlerinage catholique, au lendemain
de la Pentecôte, et la place quoccupe le sanctuaire
marial dans le cur des Catholiques du Sénégal
fait croire à beaucoup de gens que dans ce village, lappel
à la prière du muezzin ne retentit pas cinq fois par
jour. Au cur même du village, sérige le
minaret de la mosquée, visible de loin, à quelques
encablures de léglise et du sanctuaire marial. Contrairement
à latmosphère volcanique qui prévaut
à lesplanade des mosquées jouxtant le Mur des
Lamentations en Terre Sainte de Palestine, ici, le vent souffle
la paix et lentente entre personnes de différentes
confessions, rassure le vieux Baïtir Dione. Alléluia
! ny gène en rien Allahou Akbar ! .
Lorsque le Christianisme faisait son entrée
dans le village, se rappelle la mémoire de Poponguine, rien
de grand navait été bouleversé.
Les premiers missionnaires secouraient les gens en période
de disette ou de soudure. Les populations ont répondu par
la tolérance. Plein de sagesse, le vieux ajoute que
lIslam et le Christianisme ont trouvé les gens
dans la cohésion au sein des familles et de la collectivité.
Ce sont les mêmes familles, de part et dautre. La religion
ne peut nous séparer .
Selon Modou Diaw Diouf, un descendant de Tafsir Khaly
Sarr, celui qui introduisit lIslam dans la localité,
il ny a jamais eu de malentendu, en ma connaissance,
entre musulmans et chrétiens . Ces deux religions viennent
sajouter à ce que nous avions déjà comme
richesses culturelles . Pour illustrer ces propos, la plupart
des notables et jeunes citent la construction de léglise
et de la mosquée. Comme une seule communauté, tout
le monde sétait mis à lédification
de ces deux lieux de culte.
Jérusalem a une mosquée et un
temple pour les juifs, et pourtant cest fait pour le même
Dieu . Modou Diaw Diouf invite à méditer ce
fait. Lors de la visite du Pape Jean-Paul II au Sénégal,
en 1992, les Popenguinois sétaient tous activés
pour réserver un accueil chaleureux au souverain pontife.
Au sein des familles, il est devenu banal de voir
des frères et surs de confessions différentes.
Cest le cas de notre guide qui a rejoint les rangs des musulmans,
il y a six ans. Chez les Thiandoum, contrairement à ce qui
se dit, tout le monde nest pas chrétien, dément
Baïtir Dione. Le père du cardinal, Fary Thiandoum, qui
est un descendant dAlassane Gueskel, avait des enfants
gourmettes (chrétiens) sauf un qui sétait
converti à lIslam : Souléye. Lactuel muezzin
de la mosquée est le fils du frère de lancien
archevêque de Dakar, ajoute le notable. Cette union des curs
nest pas pour déplaire au Père Marie Jean qui
prie à chaque fois pour tous. Durant le pèlerinage
marial, musulmans et chrétiens cèdent une partie de
leur concession aux pèlerins, comme cela se fait à
Touba et Tivaouane, pour les fêtes religieuses. Comme le dit
un jeune du village, ce que partagent les adeptes de Mohamed et
du Christ est plus important que ce qui peut les diviser.
Père
Marie-Jean:

Lapparition
de Marie, ici, na pas été vérifiée
Le lieu est calme. Un calme perturbé par le
gazouillis des oiseaux. Mon guide de circonstance et moi faisons
face à la grotte où est lovée la statue de
la vierge Marie adorée par les chrétiens et les musulmans.
La représentation de la sainte femme la montre portant tendrement
son honorable fils, Jésus-Christ, plus connu sous le nom
dInsa chez les musulmans. Sur le parterre, des tâches
de bougies fondues sous le soleil rappellent le passage de gens
venus implorer Marie et son fils. Des bouquets de fleurs artificielles
accrochés, des bougies entamées finissent de planter
le décor.
Certains chrétiens affirment que la vierge
a fait son apparition aux hommes ici, comme à Fatima. Cette
croyance nest pas partagée entièrement par le
maître des lieux, le père Marie-Jean. Lapparition
de la vierge Marie à Popenguine na pas été
vérifiée , affirme le prêtre. Marie
a été invitée ici par lEglise par la
voie de Mgr Picarda. , poursuit-il dans un vocabulaire prudent
propre aux ecclésiastes. Cest en 1888 que le sanctuaire
a été édifié et sanctifié la
même année. Il y avait déjà une petite
communauté chrétienne qui avait fait le premier pèlerinage
à Popenguine, un mardi de Pentecôte. Cest par
la suite que le jour du pèlerinage a été ramené
au lundi, lendemain de la Pentecôte, explique le père
Marie-Jean.
Lors de sa visite au Sénégal en 1992,
le Pape Jean Paul II a confirmé la présence
mariale et reconnu la validité du lieu de culte , poursuit
le prêtre. La même année, on parle de vierge
Marie, refuge des pêcheurs. Cette présence mariale,
dénommée aussi Notre Dame de la Délivrande,
va former avec le site de la vierge de Fatima et celui de la Martinique
le triangle de la grâce. Ce triangle reliant lAfrique,
lAmérique et lEurope, est venu réparer
le tort causé à lhumanité par le celui
de la honte quétait le circuit nourrissant la traite
négrière. Beaucoup de catholiques visitent le lieu
pour prier et se repentir.
A quelques mètres se trouve limposante
basilique qui abrite les messes. La première pierre de lédifice
a été posée en 1888 et la dernière touche
a été apportée en 1988, soit un siècle
de construction, révèle le père Jean. La mission,
qui était tenue par des prêtres européens, a
été fermée 18 fois, souvent à cause
de problèmes comme les guerres. Cest à Popenguine
quétaient formées les jeunes surs au noviciat
de la congrégation autochtone, il y a de cela plus de 150
ans, nous apprend le père Marie-Jean. Popenguine abritait
aussi le séminaire, avant son transfert à Sébikotane.
Plusieurs ordres monastiques se sont succédé au lieu
de culte dont les pères spiritains, et les frères
de Saint Jean, présents depuis 15 ans. Ce ne sera quen
2000 que le premier prêtre africain, du nom de Gilbert Idabalo,
originaire du Togo sera fait curé de Popenguine.
Mgr
Hyacinthe Thiandoum, un destin ecclésiastique
Après la deuxième guerre mondiale, raconte
le père Jean, la mission de Popenguine devait accueillir
de nouveaux pensionnaires venus relever leurs prédécesseurs,
en 1921. Léquipe de missionnaires ne vit jamais les
côtes sénégalaises puisque le navire quils
avaient emprunté sombra au large de Bordeaux. Cet accident
émut la communauté chrétienne de Popenguine.
Parmi les affligés, il y avait François Thiandoum
qui fit le serment dhonorer la mémoire des missionnaires
en donnant à son fils le nom de Hyacinthe Jallabert, chef
de léquipe. François ne se limita pas à
cette promesse, il fit le vu de mettre au service de léglise
ce fils quil espérait.
Cest la même année que lenfant
tant désiré vint au monde et reçut le nom de
Hyacinthe Thiandoum. Le jeune homme, conformément aux vux
de son père, préféra suivre les traces de son
homonyme en se consacrant exclusivement au service du culte. Déchelon
en échelon, Hyacinthe arriva au summum de la hiérarchie
cléricale avec sa nomination comme évêque puis
archevêque. Le cardinal a terminé sa mission en laissant
une image positive de lui auprès des Sénégalais
de toutes confessions.
MALICK CISS
|