Message NOEL 2009

Mgr Théodore Adrien Sarr invite à la reprise des négociations avec
le MFDC
Le chef de l’Eglise catholique du Sénégal Mgr Théodore Adrien Sarr a
fait part, jeudi à Dakar, de son souhait de voir reprendre les
négociations qui, seules, a-t-il estimé, peuvent amener la paix en
Casamance (sud). ‘’Je me joins, en cette veille de Noël, à tous nos
compatriotes sénégalais qui réclament la reprise des négociations, qui,
seules, peuvent amener la vraie paix en Casamance’’, a déclaré Mgr Sarr.
Mgr Sarr livrait, à son domicile à Dakar, le traditionnel message de
l’Eglise, à l’occasion de la fête de Noël, commémorant la naissance du
Christ.
‘’Nous savons bien qu’aucun traité de paix, si bien paraphé soit-il, ne
tiendra si le silence des armes ne s’accompagne pas de mesures justes et
dignes pour chacune des parties en conflit’’, a-t-il d’abord expliqué.
Le gouvernement et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance
(MFDC) avaient signé un accord en 2004, qui devait stabiliser le sud du
pays, en proie à une rébellion depuis 1982. Mais, des attaques armées
souvent imputées au MFDC continuent de faire des victimes, dont une
dizaine de soldats tués cette année.
La reprise des négociations est nécessaire, a souligné le cardinal, dans
un contexte où ‘’le silence des armes ne s’accompagne pas d’accords
soucieux du bien de tous, de tous les hommes et de toutes les dimensions
de l’homme, non seulement corporelle et matérielle, mais aussi
spirituelle’’. ‘’En 1992, l’évêque de Ziguinchor (sud) Augustin Sagna
avait mis en place un comité chargé de faciliter les négociations entre
le gouvernement et le MFDC, parce qu’il avait estimé que nous (les
hommes d’Eglise) ne devions pas mener des négociations. En 2000, quand
on nous a dit qu’il y avait trop d’intervenants en Casamance, ce comité
a arrêté’’ sa démarche de paix, a-t-il rappelé.
Il dit avoir pris langue ‘’avec quelques personnes’’ pour la reprise des
négociations, ajoutant : ‘’Nous croyons fermement qu’il faut que le
gouvernement et le MFDC reprennent les négociations’’. ‘’Parfois, a-t-il
argué, il faut être discret sur ce que l’on fait’’, a-t-il poursuivi, à
propos de la démarche de l’Eglise, pour la reprise des négociations.
‘’Que la soif du pouvoir et des richesses ne prennent pas le dessus sur
l’intérêt de la nation et du peuple, dont ils ont sollicité les
suffrages, et envers qui ils ont une lourde responsabilité’’, a souhaité
le chef de l’Eglise catholique.
‘’Le temps est venu, a-t-il fait remarquer, de changer les habitudes de
mal gouvernance et de gabegie, pour l’amour des générations présentes et
futures.’’ ‘’Je présente mes vœux très chaleureux pour l’année 2010.
Puisse-t-elle être porteuse de paix, de justice et de réconciliation
entre les personnes, les familles, les communautés, les peuples et les
nations !’’, a-t-il encore dit.
MESSAGE DE
L'ABBE LEON NDOFE DIOUF, VICAIRE
EPISCOPAL, ARCHIDIOCESE DE DAKAR :
« Noël, c’est Dieu qui vient par amour vivre avec
les hommes »
La fête de Noël célébrant la naissance de Jésus-Christ
sera célébrée ce soir et demain. Dans cet entretien, l’abbé Léon Diouf,
chargé de la pastorale sociale et religieuse de l’archidiocèse de Dakar,
revient sur le sens, l’origine et le caractère religieux de cette
célébration.
Quelle est l’origine de la fête de Noël qui sera célébrée aujourd’hui et
demain ?
Noël n’est pas un anniversaire parce que, souvent, les gens se trompent
là-dessus. Noël, c’est la célébration des mystères chrétiens les plus
spécifiques. A savoir le mystère de l’incarnation. Quand, vous prenez
l’Evangile de Jean, il dit tout au début ceci : « Au commencement était
le verbe, le verbe était auprès du bon Dieu, le verbe s’est fait chair
et il a habité avec nous ». Autrement dit, Dieu, à travers Jésus-Christ,
est venu habiter avec les hommes. Un autre grand texte tiré de l’Epitre
aux Hébreux dit à son tour : « Dieu, après avoir parlé à nos pères, aux
hommes de multiples manières, nous a enfin parlé en ce jour par un Fils
qu’il a établi héritier de tous et par qui il fait le monde ». Donc,
pour les chrétiens, la fête de Noël, c’est Dieu qui vient par amour
vivre avec les hommes parce qu’il les aime.
En France les statistiques révèlent que seuls 14 % des Français croient
au caractère religieux de la fête de Noël. Pouvez-vous revenir sur le
caractère religieux de cette fête ?Pour ce qui concerne le caractère
religieux de la fête, il y a un certain nombre de questions que les gens
se posent. Avant d’aborder la le caractère religieux de cette fête, il y
a la question de la crèche. Aujourd’hui, tous ceux qui ont une crèche
avec un arbre de Noël chez eux pensent au sens religieux de la fête. Les
14 % des Français que vous évoquez ont ce sens religieux, mais
beaucoup d’autres ne l’ont pas. La crèche signifie le mystère de
l’incarnation pour ceux qui y croient. L’arbre de Noël est justement
l’un des symboles qui est le plus religieux parmi les symboles de Noël.
Vers le 11eme siècle, la communauté chrétienne, surtout en Occident,
célèbre le mystère chrétien, c’est-à-dire avant la célébration de la
messe de minuit : on fait un théâtre qui récapitule l’histoire biblique
jusqu’à la naissance de Jésus-Christ.
. Mais quand on
faisait ce théâtre, le centre du théâtre était l’Eglise,
particulièrement son autel, parce que c’est sur l’autel que l’on
reçoit le Christ symbolisé par le pain et le vin dont il a fait son
corps et son sang. Plus tard, vers le 15eme siècle, le théâtre sort
de l’église et se fait au vestibule de l’église, dehors, juste à
l’entrée.
Maintenant, comme il n’y a pas d’autel, on plante un arbre garni de
fruits. Quant on prend cet arbre à travers toute la Bible, il
devient signe de la vie. L’arbre dans le jardin du paradis, selon le
texte de la Genèse, c’est l’arbre de la vie, de la connaissance du
mal et du bien. Mais quand je prends nos traditions africaines «
garab », c’est l’arbre, et il soigne l’homme. Mais ceux qui
utilisent l’arbre de Noël comme ces vendeurs qui occupent les rues
de Dakar n’ont pas de sens de Noël, alors que c’est un sens
profondément chrétien.
Pourquoi cette fête est célébrée à la
date du 25 décembre ?
Il y a trop de confusion sur cette date. Ce qu’il faut retenir en
premier lieu est que Noël n’est pas un anniversaire. Il ne faut pas
en chercher une date. Car la date de la naissance de Jésus-Christ,
personne ne la connaît. Nous n’avions pas d’état-civil à cette
époque. Quant on dit l’an 1, ce n’est qu’une convention du
calendrier occidental. D’autres peuples comme les Chinois ont leur
calendrier et l’Islam a le sien. Donc, la date du 25 décembre, on
l’a choisi parce qu’au 4ème siècle, après que les chrétiens eurent
subi toutes les persécutions depuis le 2nd et le 4ème siècle, le
Christianisme a été reconnu par l’empereur Constantin. A partir de
ce moment, Constantin lui-même a donné des temples romains païens
aux chrétiens pour leur servir d’églises. Connaissant les fêtes
célébrées par les païens, les chrétiens ont pris ces célébrations
pour en faire des fêtes chrétiennes. Le 25 décembre est le jour où
le soleil descend au plus bas dans l’hémisphère nord et dans son
mouvement autour du centre et commence à remonter. C’est à partir ce
mouvement du soleil que l’on a choisi la date du 25 décembre pour
signifier le Christ, ce Dieu qui naît parmi les hommes. C’est le
soleil invaincu. De même que les païens célébraient le soleil par
adoration mal placée, de même les chrétiens le célèbrent, mais cette
fois-ci de manière bien placée. Donc la fête de Noël célébrée le 25
décembre n’est qu’une convention.
Que signifie la crèche pour un
chrétien ?
Quand un chrétien est devant une
crèche telle qu’elle est fabriquée maintenant avec un enfant Jésus
et sa Mère Marie, il doit adopter un comportement d’amour, de la
tendresse, mais aussi de la confiance parce qu’il vient d’accueillir
un enfant. Il doit savoir qu’il a affaire à quelqu’un qui mendie
parce que n’ayant rien apporté et attend tout de nous. C’est ce qui
fait que c’est une fête populaire. C’est la fête de l’enfance.
L’enfance, c’est quelque chose d’extraordinaire. Or, pour les
chrétiens que nous sommes, c’est dans le visage des enfants que Dieu
se manifeste pour nous dire : « il ne faut pas me craindre, je suis
votre Père et je vous aime comme vous êtes capable d’aimer un enfant
». C’est vraiment l’amour de Dieu qui s’est manifesté dans une
crèche. Dieu prend le visage le plus proche de l’homme pour qu’il
sache que Dieu l’aime, que lui-même se mette à aimer Dieu de tout
son être et à aimer son prochain. Quant, il a fait cela, il a résumé
tous les commandements : « tu adoreras le Seigneur ton Dieu et Lui
seul. Tu aimeras ton prochain. Tu ne voleras pas. Tu ne commettras
pas d’adultère. Tu ne mentiras pas... » Tous les commandements se
résument dans cet amour de Dieu et du prochain devant un enfant à la
crèche.
En dehors des confessions organisées dans les différentes paroisses,
comment un chrétien doit se préparer à accueillir l’enfant Jésus ?
Pour la préparation de Noël, les confessions signifient que le
chrétien a déjà fait toute la préparation et vient au sacrement de
pénitence pour célébrer le changement. Quand on vient pour se
confesser, on a déjà demandé pardon à Dieu, et on est pardonné. Mais
on vient pour célébrer ce pardon. La fête de Noël ne se prépare pas
au moment de la confession, c’est bien avant. Nous avons quatre
dimanches de l’Avent. Il y avait une tradition dans les pays
occidentaux où une bougie est allumée à chaque dimanche de l’Avent.
Tout ceci est une préparation du mystère de Noël. Les chrétiens
préparent Noël depuis quatre semaines déjà ; cette préparation va
aboutir le jour des confessions par la célébration de toute la
pénitence intérieure par l’acte de la confession pour bien préparer
la nuit de Noël.
La fête sera certainement un grand moment pour les prêtres de
prêcher la solidarité entre les hommes, le retour de la paix, la
réconciliation, etc. Est-ce que vos appels sont souvent entendus ?
Dès que l’on parle de grandes choses,
il faut toujours regarder l’homme tel qu’il est. L’homme veut et
cherche à faire de grandes choses, mais il est souvent comme le jet
d’eau. Le jet d’eau monte, mais si l’on le laisse à lui-même, il va
retomber. C’est une image d’un grand philosophe sénégalais, Gaston
Berger, qui disait : « l’homme est un jet d’eau, mais laissé à
lui-même, tôt ou tard, il va retomber ». Par contre, quand les
prêtres prêchent la réconciliation, la justice et la paix comme le
synode romain l’a fait, s’ils prêchent pour le retour de la paix en
Casamance et dans le monde et que tout le monde prie et accueille
l’aide pour cette paix, on sera comme le jet d’eau qui ne part pas
de sa force, mais qui est attirée par une force d’en haut. Alors là,
on monte. Mais si nous comptons sur nos seules forces pour faire la
paix, la réconciliation, la justice, attention ! Même nous qui
prêchons, nous allons tant parler, mais ce sera toujours un jet
d’eau qui risque de retomber. Je crois que le sommet de Copenhague
que l’on vient de vivre l’a bien montré. Tout le monde veut que l’on
sauve cette planète, mais en même temps, il y a des gens qui ne
veulent pas faire des sacrifices et certains veulent garder leur
bout d’autorité et d’intérêt, d’où l’échec. C’est pourquoi il faut
prier que Dieu nous aide à protéger la planète.
Est-ce que les couples chrétiens sont
prêts aujourd’hui à subir ce que Joseph et Marie ont vécu avec tout
ce qu’il y a eu autour de la naissance de l’enfant Jésus ?
S’il s’agit des questions socio-économiques
et politiques, Marie et Joseph étaient des pauvres qui appartiennent
à une race qui est dominée par les Romains. Donc, la domination
socio-économique, politique que Joseph et Marie connaissaient,
beaucoup de chrétiens la connaissent aujourd’hui. Nous ne sommes pas
mieux logés, je pense que le problème ce n’est pas d’accepter ou
pas. C’est plutôt d’assumer. Les chrétiens, à mon avis, en sont
capables aujourd’hui. Je crois que nous ne sommes pas autres que
Joseph. C’est lui que je vois de mieux dans cette affaire parce que
Joseph, quand il apprend que Marie était enceinte alors qu’il ne la
connaissait pas encore, il s’est retiré. Il y a ceux qui pensent
qu’il s’est retiré parce qu’il est offensé comme on le montre dans
certains films. Ce n’est pas ça, parce que Marie lui a expliqué et
Joseph, croyant, se dit : « non, je ne suis pas capable d’assumer ce
mystère ». Mais en songe, Dieu lui a fait savoir qu’il est capable.
« Si tu veux marcher avec moi, tu en est capable ». Joseph prend
avec lui Marie comme sa femme et adopte Jésus comme son enfant.
Devant un enfant, les couples chrétiens font face à un mystère à la
fois joyeux et douloureux. Noël, c’est vraiment la fête de l’enfance
ou Dieu prend ce visage de l’enfant Jésus pour nous dire combien il
nous aime.Pourtant certaines femmes continuent de jeter les nouveau-nés
dans les rues. Quelle est la position de l’Eglise par rapport
à cette attitude ?
Depuis le début du christianisme, l’infanticide a toujours été le
péché le plus grave. L’infanticide pour l’Eglise est un crime.
Aujourd’hui, l’Eglise va plus loin en condamnant l’avortement
qu’elle qualifie aussi de crime. La foi chrétienne, parce qu’elle
regarde l’enfant comme l’image de Dieu, ne peut accepter
l’infanticide.
Quand une femme jette ou tue son enfant,
l’Eglise fait toujours une distinction entre ce péché, ce drame, ce
crime que cette femme a commis. Elle s’interroge aussi sur les
conditions dans lesquelles était cette femme pour commettre ce
crime. Au lieu de la lapider, Jésus dit à la femme fautive, comme il
dit aujourd’hui à toutes ces femmes qui abandonnent leurs enfants :
« ne recommence plus ». Mais il ne condamne pas. Donc l’Eglise fait
toujours la distinction entre le péché et le pécheur. Le péché, il
faut le condamner, mais le pécheur, il faut le sauver, c’est ce qui
fait la force de la foi chrétienne.
Est-ce que l’Eglise va un jour revoir sa position pour que
l’avortement soit reconnu comme un droit ?
Certainement pas, parce qu’à partir du moment où l’on tue, l’Eglise
ne peut pas accepter. Au contraire, l’Eglise va beaucoup plus loin
en condamnant ceux qui tuent pendant la guerre. Elle ne connait pas
de guerre légitime comme le fait de défendre certaines personnes. Si
tu veux la paix, disaient les païens romains, prépare la guerre.
Jean-Paul II a changé cet adage en disant : « si tu veux la paix,
prépare la paix ».
Donc, l’avortement, l’infanticide et les tueries à la guerre sont
des crimes que l’Eglise ne peut pas accepter parce que l’homme est
le seul être que Dieu a voulu pour Lui-même. Dans le texte de la
Genèse, il est écrit que « Dieu a créé l’homme à son image ». La
grandeur de l’homme, c’est quelque chose d’extraordinaire, c’est ce
à quoi nous allons assister à Noël, Dieu vient habiter chez les
hommes parce qu’il les aime.
Quel message lancez-vous au peuple
sénégalais en ce jour de la Nativité ?
Ma prière et mon désir est que cette fête de Noël soit un jour de
réconciliation profond pour tous les Sénégalais, qu’il s’agisse pour
la paix en Casamance ou des difficultés du dialogue politique ou des
problèmes dans les couples. Je souhaite que Dieu, à travers cette
fête, nous aide à trouver cette paix. Car partout où il y a justice,
il y a possibilité de réconciliation et on va vers la paix. Noël,
c’est la paix.